Archive de hotdocs
[Date Prev][Date Next][Thread Prev][Thread Next][Date Index][Thread Index]
HD: Pour une amélioration concrète des pratiques de recrutement
Bonjour,
Je vais apporter un son de cloche un peu différent de celui des derniers
messages sur les questions de recrutement.
[ATTENTION: Comme je poste ce mail sur deux listes (SLR + HotDocs),
merci de ne pas
faire "Reply all" sans avoir bien rédigé votre réponse de manière à ce
qu'elle
soit compréhensible par tout le monde.]
Je suis d'accord avec le fait que la dégradation de la situation de
l'emploi scientifique
a entrainé l'émergence de pathologies dans la manière dont se déroule
les processus de
recrutement.
Mais, je pense que c'est une erreur de ramener le problème du
recrutement et des difficultés
qu'on observe à "Il n'y a pas assez de postes". Le manque d'emplois est
un problème réél
mais tout ramener à cela ne nous rendra pas crédible.
En effet, je voudrais rappeler qu'il y a un certain nombre de problèmes
rééls qui
n'ont rien à voir avec le manque de postes. Permettez moi d'en citer
deux seulement:
(1) Les concours dans les EPST et en particulier au CNRS se déroulent selon
un mode absurde qui conduit à auditionner dans certaines commissions 150
personnes
en trois jours (auditions de 10 minutes) alors qu'il s'agit quand meme de
pourvoir des emplois permanents!
Entre 2002 et 2003 le CNRS, sous la pression populaire et ministérielle,
a souhaité commencer à envisager une évolution de cette règle de
fonctionnement.
Mais cela ne s'est pas fait parce qu'une fraction non nulle des collègues
siégeant au Comité National a freiné des quatre fers (information
obtenue et
confirmée par plusieurs sources)... Qu'est ce que la pénurie de postes a à
voir là dedans ?
(2) Depuis des années, on se plaint d'un manque d'ouverture des concours
universitaires: profils à moustaches, emplois attribués sans mise en
concurrence
des candidats. Or comme vous le savez, un des points importants -- cf le
message
de Pascal David qui dit "il nous est facile d'eliminer 70 % des dossiers
pour des raisons
thematiques" -- c'est la publicité. Si on affiche un profil clair,
longtemps à l'avance
et de manière large, on récupère un nombre moins élevé de dossiers qui
sont mieux ciblés.
Or là aussi, il y a une grosse réticence des universitaires eux memes à
vraiment
ouvrir le jeu. Les choses ont changé ces dernières années mais les
réticences
demeurent (cf les données issues de notre machine à profils).
Là encore, la relation de causalité avec le nombre total d'emplois
proposés ne me parait pas évidente.
Ces deux exemples montrent que même si le nombre d'emplois et ses
fluctuations
n'arrangent rien, il y a des problèmes rééls de pratiques. C'est cela et
pas autre
chose qui donne mauvaise presse aux processus de recrutement que ce soit
chez
les jeunes docteurs ou auprès de collègues étrangers plus confirmés ou
encore auprès
d'anciens docteurs travaillant dans d'autres secteurs d'activité.
Les jeunes chercheurs demandent une amélioration concrète des pratiques.
Le fait
que tout le monde ne puisse pas être recruté fait partie des choses
acceptées tout simplement
parce que les opérateurs de recherche et d'enseignement supérieur sont comme
tous les employeurs potentiels: ils recrutent suivant leurs besoins et
leurs moyens et
non pas pour faire plaisir aux candidats.
L'amélioration des pratiques de recrutement ne se réglera pas forcément
par une loi
mais plutot par la mise en oeuvre de "guidelines" pour le bon
déroulement d'un processus
de recrutement. Actuellement, certains opérateurs les pratiquent mais
ils sont loin
d'être majoritaire (NB: je ne considère pas que le CNRS fasse partie de
ceux là à cause
du point (1) mentionné ci dessus) et surtout, rien ne pousse les
opérateurs vertueux à le
rester (pas d'analyse de la qualité du processus de recrutement, pas de
récompense
des pratiques vertueuses...).
Le résultat c'est aussi que de moins en moins de gens sont prets à
s'investir dans
les commissions de recrutement. Claude Cohen-Tannoudji a rappelé ce
point concernant
la section 4 du CNRS mais je crois qu'il est bien plus large. A titre
personnel, je sais que
je n'ai aucune envie de participer à un processus de recrutement où il faut
auditionner 100 candidats en deux jours... et je ne suis pas le seul.
Ce que je vous propose concrètement, c'est de souligner ce point dans le
rapport des
Etats Généraux en faisant apparaitre des guidelines claires et
concrètes. Ca apparaissait
de manière plus ou moins claire dans les versions antérieures mais avec
les modifications
successives, ca s'est un peu dilué... (cf les observations du CLOEG JC
sur ce point).
Donc voilà une suggestion pour le texte basée sur des éléments concrèts
et directement
évaluables à postériori:
Guidelines pour la procédure de recrutement des chercheurs et ens.
chercheurs:
1) Avant le processus de recrutement
- améliorer la définition des besoins : veiller à l’élaboration de
profils pertinents
qui ne soient pas des profils de postes à moustache.
- faire des commissions de recrutement « ouverte » : plus d’extérieurs,
éviter
la cooptation (faire valider la composition de la commission d’une
manière ou d’une autre).
- faire de la publicité pour l’opportunité d’emploi suffisemment à
l’avance (cf l’opération
« Profils de Postes » de la Guilde qui est un bon exemple d’un outil
efficace et bien conçu).
2) Pendant le processus de recrutement
- Procéder en deux étapes : une sélection des gens convoqués à l’entretien
d’embauche puis l’entretien d’embauche à proprement parler. La décision
finale
étant prise par l'opérateur à l'issue du processus complet.
Concernant la première étape (sélection des personnes convoquées à
un entretien):
- prévoir 2 rapporteurs sur chaque candidature.
- communiquer systématiquement les rapports les concernant aux candidats:
indispensable preuve de transparence et outil de responsabilisation des
rapporteurs.
Concernant la seconde étape (entretien d’embauche):
- prévoir une durée longue pour l’entretien, qui doit être approfondi et
ne pas
se résumer à un « séminaire » du candidat.
- aborder non seulement l’activité passée du candidat mais aussi les
conditions
de son intégration dans le collectif (négociation d’un package
temps/argent etc associé à l’emploi)
- l’opérateur qui recrute doit défrayer les candidat si possible de
manière totale sinon partielle.
3) Après le processus
Veiller à :
- une évaluation de la politique de recrutement dans le cadre des
évaluations de l’établissement.
- l’affichage des informations comme des « indicateurs » (taux de
localisme convenablement défini
composition des commissions, bilan des campagnes de recrutement...).
Ce sont des choses simples mais que bien peu d'opérateurs mettent
pleinement en
oeuvre. Si on arrivait à ce que plus de recrutement suivent ces quelques
guidelines
ca serait déjà un immense progrès. Enfin cela jouerait un role important
pour garantir
qu'un plan pluriannuel de l'emploi scientifique ait une efficacité maximale.
Amicalement,
Pascal.
La GDD |
Index chronologique |
Index par sujets