Le rapport Lavroff (Mars 1995)
Ce rapport a ete remis au ministre Fillon par "la commission sur l'evolution
du premier cycle universitaire" presidee par Dmitri Lavroff, proffesseur de
Droit a Bordeaux-I. La lettree de mission mettait l'accent sur :
- une analyse fine selon les disciplines du taux d'encadrement
- la part des diverses categories d'enseignants
- l'analyse de l'augmentation du nombre d'enseignants du secondaire
- des propositions quand a l'amelioration de l'encqdrement
- une reflexion sur les avantages et inconvenients des enseignants du
secondaire
- une concertation avec la CPU, les directeurs d'IUT et d'ecoles d'ingenieur
Les principales recommandations de la commission pour ce qui nous concerne sont :
- une meilleure orientation des le secondaire, mais aussi dans l'universite
( plus de passerelles, formations plus diversifiees)
- plus de formations proffessionelles ouvertes aux bacheliers proffessionels
- developer des intermediaires entre filieres scientifiques et proffessionelles
- prendre en compte l'investissement des universitaires dans le premier cycle
pour leur carriere
- les agreges du secondaire sont plus ou moins a leur place dans en premier
cycle, mais pour les enseignements technologiques et les disciplines non
dominantes
- creer un statut d'agrege-doctorant et favoriser la mobilite secondaire <->
superieur.
Introduction
Les rapporteurs posent des questions prealables sur la fonction du premier
cycle :
- Le premier cycle n'est-il simplement qu'une preparation au second cycle,
ou a-t-il egalament une fonction de remise a niveau, de selection et
d'orientation ?
- Peut-il constituer une formation terminale pre-proffessionalisante ?
Les reponses a ces questions determinent en partie l'organisation a mettre
en place, et les personels enseignants a utiliser.
Sur le plan des chiffres, les premiers cycles representent 60% des etudiants
dont plus de la moitie se repartissent dans les premiers cycles universitaires.
Ces 10 dernieres annees, les effectifs ont cru de 46% par l'augmentation du
nombre de bacheliers, et la democratisation de l'enseignement superieur, not-
tament pour les bac techno et pro. Si cette croissance des effectifs sera
plutot stoppe dans les 5 prochaines annees, une nouelle augmentation devrait
intervenir a l'horizon 2000 essentiellement due aux bacheliers pros et techno.
Les taux de reussite en 3 ans sont de 60% en premier cycle universitaire,
compare avec 70%en STS et 80% en IUT. Au bout de ces 3 ans, 10% abandonent,
10% persistent, et 20% se reorientent. Ces taux sont variables suivant le
bac d'origine : + de 65% de succes pour les bacheliers generaux contre - de
30% pour les bacheliers technologiques. Ils sont aussi variables suivant les
filieres : + de 60% en sciences et lettres contre 52% en droit et sciences-eco.
Chapitre-1 : La fonction du premier Cycle
Le premier cycle general actuel n'est pas adapte a l'universite de masse
Jusqu'a present, le 1er cycle etait concu comme un enseignement preparatoire
au 2nd cycle, a une epoque ou l'universite debouchait apers 4-5 ans sur un
metier. A une epoque ou les etudiants qu'il accueille ne sont pas tous aptes a
poursuivre des etudes longues, le DEUG est maintenant inadapte. Les efforts de
renovation du DEUG ont bien porte quelques fruits (la probabilite pour un
etudiant entrant en 1er cycle d'acceder au 2nd cycle est passe de 46% a 56 %
entre 87 et 91), mais ils se sont reveles insuffisants.
Les bacheliers qui s'inscrivent en 1er cycle universitaire sont les moins
bien prepares.
Le dysfonctionement des orientations conduit les meilleurs eleves a integrer
les filieres courtes car elles sont selectives et contraint les bacheliers
technologiques qui reussiraient dans ces fillieres a s'inscrire en DEUG. De
plus, ces baxheliers qui auraient plus besoin que les autres d'etre remis a
niveau et orientes soufrent d'un moindre encadrement.
Les bacheliers technologiques disposent de places insuffisantes dans les
fillieres courtes. Si 47% d'entre eux s'inscrivent en STS, seulement 8%
trouvent leur place en IUT ou ils representent 30% de l'effectif total.
De nombreux bacheliers generaux sont attires par ces voies selectives ou ils
sont bien encadres et obtiennent un diplome reconu sur le marche du travail,
puiis tentent de poursuivre des etudes en second cycle (en 88, 30% des BTS et
50% des DUT). Cette poursuite d'etudes longues est parfois difficile car les
enseignements theoriaues qu'ils ont suivi n'etaient pas assez complets par
rapport au DEUG.
Les premiers cycles de lettre et d'hitoire et de droit sont composes d'etu-
diants de niveau heterogene (20% des bacheliers technologiques s'y inscrivent).
Il y a donc dansces DEUG une population d'etudiants inscrits par choix dans ces
fillieres et qui poursuivront des etudes longues sans difficultes ; et une
population population d'etudiants qui ne seront pas aptes a poursuivre en 2nd
cycle et quitteront l'enseignement superieur avec un DEUG peu, voire pas
reconnu sur le marche du travail.
Cette heterogeneite a tendance a retardes les meilleurs etudiants par le
travail en commun avec des etudiants moins bons.
Diversifier la fonction du premier cycle
Si l'Universite doit conserver pour role la formation des elites de la nation,
elle ne doit pas pour autant renoncer a l'enseignement superieur de masse, et
ne doit pas devenir selectie. Par ailleurs, il ne serait pas realiste de
maintenir dans le cursus universitaire tous les etudiants en tentant de reduire
l'ampleur de l'echec. 3 propositions sont a mettre en place :
- Il faut mettre l'accent sur l'orientation des le secondaire en donnant plus
d'informations aux eleves des la seconde sur les debouches des formations de
l'universite et sur les matieres enseignees. Il faut ouvrir plus largement
les STS et les IUT aux bacheliers professionels tout en leur maintenant un
droit d'acces a l'Universite.
- Il faut degager des periodes d'orientation a l'interieur du cursus universitaire,
et pouvoir offrir a tous les niveaux des formations professionalisees
permettant une adaptation rapide a la vie professionelle. Les passerelles
entre les diplomes devraient etre rationalisees (en terme d'equivalence).
- L'heterogeneite des candidats impose de diversifier les filieres. Il
faudrait creer de nouvelles formation generales ou professionelles, et
reamenager les premiers cycles existant.
La notion de college universitaire qui correspond a des antennes regionales
delivrant un enseignement plus proche des lycees (enseignants non-chercheurs)
et integre dans le tissu economique local ne recueille pas l'approbation de la
commission qui est atachee a une separation entre enseignement secondaire et
premier cycle et considere aue ses propositions quand a la diversification des
premiers cycles n'impose pas de creer des structures nouvelles.
Chapitre-3 : Les personels
Il est necessaire d'impliquer les universitaires dans l'enseignement en
premier cycle.
La participation des universitaires au premier cycle a fortement decru avec
l'augmentation du nombre des etudiants. En Droit, ils representent 20 a 45% des
intervenants, en lettre et sciences humaines entre 30 et 55%, et 40 a 70% en
sciences. Ce desengagement peut etre du a des charges pedagogiques trop
importantes qui penalisent la recherche ainsi qu'a l'heterogeneite et la faible
motivation des etudiants. Si la diversification des types d'enseignants en
premier cycle n'est pas forcement domageable, il faut en revanche que les
universitaires y assurent un role d'animation d'equipes pedagogiques.
Pour remotiver les universitaires, il faudrait mieux tenir compte pour leur
carriere de leur investissement (sur le plan qualitatif) en premier cycle.
Une plus grande autonomie pedagogique des premiers cycles serait aussi une
solution.
L'intervention des personels du secondaire
La place de ces personels (PRAG, PRCE) a particulierement augment entr 91 et 93
et represente 17% du personel enseiganant, soit autant que la proportion de
professeurs d'Universite. Plus de la moitie d'entre eux sont des litteraires
ou ils representent 34% des effectifs. Ils ne representent que 14% dans les
autres domaines.
La situation necessite une analyse diferenciee suivant les filieres, car
l'appel a ces enseignants dans les IUT et les enseignements technologique est
une pratique ancienne et reconnue. Il faut aussi noter qu'une pqrt importante
de l'augmentation de ces enseignants est du au transferts du budget des IUFM
vers l'enseignement superieur. On a recours a eux de facon differenciee
suivant les disciplines, mais ils representent moins de 12% dans en premier
cycle Universitaire.
Sur le plan budgetaire, il est clair qu'ils constituent une economie, mais
leur utilisation nuit aux docteurs ainsi qu'aux agreges-docteurs. Sur le plan
pedagogique, ils sont utiles dans les enseignements technologiques et les
matieres non-dominantes. En ce qui concerne les matieres dominantes, leur
emploi ne devrait se faire qu'a la condition qu'ils aient un profil de
recherche. Dans les disciplines literaires, les meilleurs etudiants se dirigent
plutot vers l'agregation que vers le DEA. Enfin, leur experience de
l'enseignement en lycee peut constituer une aide pour les etudiants.
Sur le plan du statut de ces enseignants au sein de l'Universite, plusieurs
problemes se posent : leur charge importante d'enseignement est une gene pour
faire de la recherche ; ils sont devavorises sur le plan de leur notation par
rapport a ceux qui exercent dans le secondaire ; enfin, le vivier d'agreges est
parfois trop faible, ce qui impose d'engager des professeurs certifies sur les
postes de PRAG (dans les disciplines technologiques).
Recommendations
- La participation des professeurs du secondaire a l'Universite doit se faire
exclusivement en premier cycle a l'exception des classes de preparation aux
concours du CAPES et de l'Agregation.
- Le recrutement des personels du secondaire doit faire appel a des professeurs
agreges qui sont les seuls statutairement habilites a exercer dans des
classes post-baccalaureat, sauf dans les disciplines ou il n'existe pas
d'Agregation.
- Plutot que d'imposer des quotats de professeurs agreges en premier cycle, il
faut degager pour eux des fonctions particulieres.
- Il faut creer un statut d'agrege-doctorant pour qu'ils puissent preparer une
these dans des conditions convenables.
- Il faut harmoniser les situations administratives des agreges dans le
superieur avec ceux du secondaire.
Conclusion :
L'essentiel des conclusions que tirent les rapporteurs est dans la synthese ci-
dessus. Le mot de la fin est que la reforme doit etre pragmatique (sans jeu de
mots). Elle doit tenir compte de la grande diversite des situations suivant les
disciplines et garantir la reconnaissance nationale des diplomes.
Annexes :
En annexe, on trouve les contributions de certains membres de la commission qui
n'ajoutent rien au rapport en lui meme, et de nombreuses donnees chiffrees qui
pouront eventuellement etre utiles en phase de redaction finale.
David SAMSOEN samsoen@cenbg.in2p3.fr