Le rapport ``Formation doctorale : enjeux, bilan, propositions'' a été
conçu par un ensemble de doctorants et de jeunes chercheurs répartis
sur toute la France, mais réunis à travers le réseau INTERNET.
Ce texte fait le point sur l'état actuel des formations doctorales, tant
au niveau de leur fonctionnement que de leurs
débouchés
. Il
s'articule autour d'une réflexion sur l'évolution du système
d'enseignement supérieur et de recherche français et sur son
articulation avec le secteur
économique
. Nous sommes
intimement convaincus qu'une telle réflexion constitue le préliminaire
obligé à toute proposition sur les formations doctorales.
Comme l'a montré la consultation nationale de 1994, le système de recherche et d'enseignement supérieur français doit aujourd'hui s'adapter à des changements profonds, dictés par la conjoncture internationale, caractérisée par une course en avant technologique et une compétition économique sévère. À ce facteur purement économique s'ajoute la menace constante et de plus en plus pressante de rupture sociale, dans tous les secteurs de la société, y compris, et peut-être surtout, dans le secteur de l'éducation. La démocratisation de l'université française, couplée au problème dramatique posé par le chômage des jeunes, rend plus que nécessaire une évolution et une réforme de l'enseignement supérieur et, indirectement, de la recherche. Enfin, avec la privatisation de grands groupes industriels, le développement de la politique européenne de recherche et l'émergence des collectivités locales comme nouveaux acteurs de la recherche, les modalités d'action de la puissance publique connaissent de profonds bouleversements. Ceux-ci rendent d'autant plus nécessaire la réflexion sur les moyens d'action de l'État dans l'enseignement supérieur, et en matière de recherche et de développement. Nous pensons que la formation doctorale est un puissant moyen d'action sur notre système d'enseignement supérieur et sur notre dispositif de recherche et développement tant public que privé.
Nos propositions visent à recréer et dynamiser le tissu académique français et ses relations avec le tissu industriel. Nous avons ainsi pu dégager trois directions d'action :
Premièrement, une diversification des filières de formation et de recrutement des ``élites'' françaises de l'industrie comme de la haute fonction publique dont, pour le moment, les cursus universitaires sont souvent exclus.
Deuxièmement, favoriser l'évolution des dispositifs de recherche publique et privée et de leurs relations. Celle-ci jouera un rôle important dans la capacité d'innovation des entreprises et contribuera, indirectement, au développement de l'emploi. Dans cette optique, l'irrigation du tissu industriel par des personnels formés par la recherche est un puissant moyen de transfert de compétences, de relations et de méthodes de la sphère académique (donc publique) vers les industries.
Enfin, l'évolution du système académique passe en partie par un renouvellement dans la régularité du corps enseignant universitaire. Celui-ci est rendu nécessaire par la vague des départs à la retraite à venir (2003--2010) mais aussi par la nécessité de permettre à l'université de répondre aux demandes pédagogiques de plus en plus variées de ses publics, tant étudiants qu'actifs en formation permanente. Ces objectifs ne pourront être atteints que par une gestion sur le long terme des ressources humaines et financières délivrées à l'enseignement supérieur.
En particulier, il convient de maintenir dans toutes les filières une dualité entre l'acquisition de méthodes de réflexion et la maîtrise de compétences opérationnelles. Cette dualité est nécessaire dans un monde où l'évolution des techniques et des métiers réduit la durée de vie d'une formation professionnelle à quelques années. Elle constitue en somme le ``terreau'' sur lequel une politique de formation permanente peut se développer.
Dans l'évolution des dispositifs de recherche publique et d'enseignement supérieur, un soin tout particulier devra être apporté au respect du réseau complexe et encore mal connu de diffusion des connaissances et des méthodes, des branches les plus fondamentales aux branches les plus proches de l'innovation industrielle.
Or, l'université, du fait d'une mauvaise définition chronique de ses missions, d'un manque de moyens, d'une gestion à court terme de ses budgets et des flux de personnels, jouit d'une très mauvaise image dans l'ensemble de la société française. Ces facteurs ont peu à peu fini par limiter considérablement la capacité de l'université à affronter les défis mentionnés ci-dessus.
En particulier, sa formation de plus haut niveau, le doctorat,
souffre des premiers symptômes d'une crise grave de l'emploi, qui selon
nos prévisions, surviendra à partir de 1996. Précisément, dans la
situation la plus favorable
, près de 1700 docteurs par an connaîtront des
difficultés sérieuses d'insertion professionnelle en 1996 et 1997. Nous
estimons qu'une telle crise, si elle se prolongeait ou s'aggravait aurait
des conséquences désastreuses : elle provoquerait une véritable
``fuite des cerveaux'' par l'envoi massif de jeunes docteurs en séjour
post-doctoral à l'étranger. Puis suivrait une démotivation des
personnels encadrants des universités et organismes de recherche.
À moyen terme, ceci ruinerait la politique de formation par la recherche
des dix dernières années, et probablement tout espoir de renouveau de
l'université. Par ricochet, le tranfert de technologies dans les secteurs
industriel et tertiaire en souffrirait également.
La mauvaise reconnaissance du doctorat dans le secteur privé est un des facteurs principaux de cette crise des débouchés. Selon nous, la perception du doctorat comme un diplôme exclusivement académique par les industriels est une des causes majeures de la mauvaise insertion extra-académique des docteurs. De plus, le doctorant souffre parfois de carences d'encadrement qui aggravent encore son enfermement académique : mauvaise définition du sujet, encadrement indisponible ou démotivé, abscence totale d'insertion dans la vie sociale et scientifique du laboratoire et abscence de relations avec le monde extra-académique.
De telles pathologies sont génératrices de gaspillages de ressources humaines et de deniers publics et privés (via le financement des thèses). De plus, elles empèchent le doctorat de jouer pleinement son rôle dans l'évolution de l'enseignement supérieur et le renforcement de la capacité d'innovation des entreprises.
Pour y remédier, nos propositions s'appuient sur deux principes directeurs : d'une part considérer la thèse comme une véritable première expérience professionnelle qui est en même temps une formation, d'autre part responsabiliser les acteurs de la formation doctorale : doctorant, directeur de thèse et de laboratoire, partenaires éventuels.
Le ``contrat de thèse'' proposé dans le rapport HOTDOCS constitue
la clef de voûte du dispositif. Il lie le doctorant, le directeur de
thèse et le directeur de l'unité de recherche au travers d'un projet
scientifique cohérent et clairement posé. Dans l'optique d'une
expérience profesionnelle, le financement du doctorant
est une
condition nécessaire à l'établissement du contrat de thèse,
contrairement à la situation actuelle où un doctorant peut effectuer
une thèse sans financement
. Enfin, le contrat ne peut développer son
potentiel responsabilisateur que s'il est utilisé comme instrument d'
évaluation de la formation doctorale dispensée par le directeur de
thèse et le laboratoire d'acceuil. Nous suggérons donc que les
procédures d'évaluation des chercheurs, enseignants-chercheurs et
unités de recherche comportent l'examen des contrats de thèse passés
par le chercheur ou l'unité examinée.
Par ailleurs, l'ouverture du doctorat au monde extra-académique (industrie, administration, etc.) et l'évolution de l'université, rendent indispensable l'intégration de formations complémentaires au doctorat. Ces formations sont de deux natures : d'une part des formations scientifiques de haut niveau qui sont en principe dispensées par les écoles doctorales, et d'autre part des formations interdisciplinaires, ou techniques (langues étrangères, techniques de présentation écrite et orale, technologies de l'information, compréhension des phénomènes socio-économiques, ...).
Les Centres d'Initiation à l'Enseignement Supérieur (CIES), mis en place en 1992, sont le lieu naturel de ces formations interdisciplinaires. Elles seront de plus en plus nécessaires aux futurs universitaires compte tenu de la complexité des situations auxquelles ils auront à faire face, et de l'émergence de multiples déclinaisons du métier d'enseignant-chercheur. Certaines de ces formations seront également indispensables aux futurs cadres de haut niveau du secteur industriel. Elles viendront compléter la formation par la recherche du travail de thèse et les formations spécialisées dispensées au sein des écoles doctorales.
Enfin, les écoles doctorales comme les CIES, parce qu'ils résultent d'une coopération entre plusieurs établissements d'enseignement supérieur, constituent un modèle intéressant d'enseignement fédéré qui pourrait, à l'échelle départementale ou inter-urbaine, aider à la diversification des formations de premier et second cycles proposées par un ensemble d'établissements d'enseignement supérieur sans pour autant conduire à un émiettement des ressources.
En conclusion, la suppression du monitorat et des CIES, proposée par le rapport Quenet, constitue à nos yeux une erreur stratégique majeure car elle supprime le seul lieu de formation des futurs enseignants du supérieur et un levier important de l'ouverture du doctorat au monde extra-académique.
Parallèlement, l'incorporation du doctorat dans les conventions collectives constituerait un signal fort et sans ambiguité en direction du monde industriel. L'importance du doctorat comme canal de transfert de compétences de la sphère publique vers le monde industriel serait ainsi soulignée.
Enfin, l'ouverture croissante de l'enseignement supérieur et le bon fonctionnement des organismes de recherche imposent une politique de recrutement régulière et volontaire. Cet effort en termes de moyens humains ne va pas sans un effort en termes de moyens matériels : il ne sert à rien de recruter des personnels hautement qualifiés si ces personnes n'ont pas, par la suite, les moyens de travailler dans de bonnes conditions. Force est de constater que cette régularité des moyens n'a pas toujours été assurée. Dans un contexte de maîtrise des dépenses publiques, nous soulignons la nécessité d'une clarification entre d'une part les moyens qui pourront être affectés au système d'enseignement supérieur-recherche dans les prochaines années, et d'autre part les missions que ce système devra mener à bien. Cette clarification, alliée à une mise en cohérence des ressources existantes, nous parait indispensable à une utilisation optimale des ressources publiques consacrées à la recherche et à l'enseignement supérieur.
This document was generated using the LaTeX2HTML translator Version 95.1 (Fri Jan 20 1995) Copyright © 1993, 1994, Nikos Drakos, Computer Based Learning Unit, University of Leeds.
The command line arguments were:
latex2html -split 0 General-FD.tex.
The translation was initiated by Pascal DEGIOVANNI on Wed Oct 9 14:16:35 MET DST 1996