Institut National de la Recherche Agronomique
Direction des Politiques régionales
THESARDS ET FORMATION PAR LA RECHERCHE A L'INRA : CONDITIONS D'EFFICACITE, PROPOSITIONS D'ACTIONS COMPLEMENTAIRES D'APPUI.
Jean -Pierre FREMEAUX
15 septembre 1995

INTRODUCTION

Cette note s'intègre dans le cadre de la mission confiée par le Directeur Général à J.-P. Frémeaux, relative aux besoins des thésards de l'lNRA, " en considérant aussi bien ceux des besoins qui concernent leur recherche actuelle que ceux qui correspondent à leur insertion professionnelle ", selon les termes mêmes de la lettre, Cette mission est réalisée en relation avec le Service de la Formation permanente.

Nous poursuivons ci-dessous la réflexion proposée à l'attention de la Direction en janvier (1), en précisant les conditions qui nous semblent préalables au renforcement d'une " formation de qualité par la recherche favorisant l'insertion professionnelle " et en proposant des actions complémentaires d'appui (de formation, d'information, de conseil, etc.) susceptibles d'être progressivement mises en oeuvre, les unes dans le cadre strict de l'INRA, les autres en relation avec différents partenaires (EPST, Ecoles Doctorales, Ecoles ou Universités, Associations pour l'emploi : Association Bernard-Gregory, APEC, APECITA, etc.).

Le but du document est essentiellement pratique : celui de proposer à la Direction Générale de l'INRA des actions concrètes, en s'appuyant plus particulièrement sur les Départements !intéressés par certaines d'entre elles qu'ils jugent prioritaires, et sur les Centres désireux de développer des actions à vocation locale ou nationale.

Compte tenu de la gravité des problèmes de débouchés, ces actions auront une portée nécessairement limitée. Une véritable réforme des modalités des études doctorales sera vraisemblablement inévitable : ce n'était pas l'objet de l'étude.

Mais tout en ayant une portée limitée, les actions complémentaires proposées seront d'autant plus efficaces qu'elles s'appuieront, selon nous, sur : a) une appréhension claire par les responsables de la recherche et les directeurs de thèse de l'INRA, de l'importance de la fonction de " formation par la recherche " que l'Institution assume - c'est l'objet du premier paragraphe - b) le perfectionnement nécessaire du cadre de travail - c'est l'objet du deuxième paragraphe -. Le troisième paragraphe décrit les actions proposées ; le dernier paragraphe en propose une esquisse de mise en oeuvre.

I. L'INRA ET LA FORMATION PAR LA RECHERCHE :

1. L'enjeu pour l'INRA d'une formation de qualité par la recherche, favorisant l'insertion professionnelle :

Il semble essentiel que 1'INRA prépare avec le plus grand soin aux concours de Chargés de recherche ou de maîtres de Conférences, les thésards qui se destinent à une carrière de chercheur (qu'ils soient ou non ASC) ou d'enseignant-chercheur, avec deux objectifs prioritaires :

Il semble également essentiel pour l'INRA de favoriser l'insertion professionnelle des autres thésards (qui ne se destinent ni à la recherche publique ni à l'enseignement) afin de les " fidéliser " en prévoyant qu'ils seront ultérieurement les interlocuteurs de l'INRA dans le cadre d'un partenariat recherche-entreprise, appelé à se développer largement au cours des prochaines années (3) et qu'ils participeront aux réseaux de collaboration scientifique tissées avec le secteur concurrentiel.

Dans le contexte actuel de stagnation des emplois publics et privés, former des chercheurs et des enseignants d'une qualité telle qu'ils puissent être recrutés dans de bonnes conditions, permettent par ailleurs aux autres jeunes docteurs d'accéder rapidement à des emplois (dans le secteur concurrentiel en particulier) doivent être en effet des objectifs majeurs pour une Institution qui accueille environ un millier de thésards, soit plus de 300 par an et leur assure, pendant trois années au minimum, une formation par la recherche.

Annexe 1 : Les débouchés des jeunes docteurs.

2. Les caractéristiques d'une formation par la recherche efficace :

Une confusion existe dans l'esprit de certain chercheurs (et directeurs de thèse) entre une véritable " formation par la recherche " et la préparation d'une thèse, conforme aux exigences de l'Université, adaptée aux contraintes fortes de temps des thésards et répondant aux préoccupations des directeurs de thèse ou d'Unités lorsque ceux-ci recherchent avant tout " les résultats ".

Or la finalité d'une formation par la recherche est l'acquisition de compétences applicables à (les métiers différents tels que ceux de la recherche et de l'enseignement publics, de la recherche et du développement industriels, de l'environnement et du développement régional. ,es capacités à acquérir dans ces conditions portent sur la façon de poser un problème et de le résoudre, sur le raisonnement et l'argumentation ; elles concernent également la sphère relationnelle, l'aptitude au changement et à l'autonomie. Ces capacités sont, en tout état de cause, différentes de celles qui sont nécessaires pour la préparation d'une thèse : plus exactement elles les dépassent en les enrichissant.

Une formation par la recherche qui développe de telles capacités devrait favoriser l'insertion professionnelle dans de meilleures conditions qu'une formation étroite sans réelle ouverture Elle devrait constituer également pour les futurs chercheurs et enseignants une réelle 'formation à la recherche ", ouverte vers l'extérieur et d'une qualité telle qu'elle améliore leurs chances de succès aux concours.

Annexe 2 : Formation par la recherche ; finalités et appréciations de son utilité.

3. La sélection des thésards :

Une sélection raisonnée des thésards nous semble la première condition à respecter pour que le dispositif de formation par la recherche soit le plus efficace possible : tous les candidats ne sont pas en effet adaptés à ce type de formation et à ses contraintes et il est probable que certains thésards s'engagent à tort dans cette voie qui leur permet d'éviter le chômage, temporairement du moins, et de disposer de ressources immédiates.

Le séjour de certains étudiants de DEA dans les laboratoires, l'implication des chercheurs dans les DEA, voire dans les maîtrises, doivent permettre à ces derniers de connaître bien les candidats et d'effectuer une sélection active, qui ne soit pas exclusivement basée sur les résultats aux examens, mais sur l'aptitude réelle à développer les capacités évoquées précédemment et à réussir de la sorte une véritable formation par la recherche.

Les conditions de réussite d'une telle formation sont de deux ordres : les unes se réfèrent au cadre de travail lui-même ~ les autres aux actions complémentaires d'appui à développer dans ce cadre.

II. FORMATION PAR LA RECHERCHE ET CADRE DE TRAVAIL.

Par " cadre de travail ", nous entendons d'une part l'environnement scientifique, d'autre part des éléments qui conditionnent de façon plus ou moins directe la qualité de la formation reçue et, à ce titre, semblent essentiels : un choix raisonné du sujet de thèse, un accompagnement du thésard par son directeur de thèse (assisté de préférence par un comité de thèse), l'élaboration progressive par le thésard d'un " projet personnel ".

1. L'environnement scientifique :

L'environnement scientiFique, les performances du matériel disponible, la qualité des relations de travail aveç les autres membres de l'équipe ou des çollègues de l'Unité (particulièrement appréciées au quotidien lorsque l'encadrement s'avère défaillant) sont trop variables pour donner lieu à des propositions générales qui sortiraient par ailleurs du cadre de ce rapport. L'environnement scientifique fait l'objet d'un développement dans l'annexe 3.

2. Un choix raisonné du sujet de thèse(4) :

Les contraintes plus ou moins fortes 6xées par les Universités pour la thèse et, dans le cas du secteur des " Sciences du vivant ", la nature aléatoire de l'expérimentation sont souvent invoquées pour expliquer, à elles seules, que les soutenances ont lieu en moyenne entre la troisième et la quatrième année (alors que l'allocation est en général de 3 ans) et pour justifier que la préparation " étroite " d'une thèse soit privilégiée à une véritable formation par la recherche.

C'est oublier que le choix du sujet de thèse, de sa nature et de son ampleur sont en grande partie déterminés par le directeur de thèse. Certes ce choix s'inscrit légitimement dans une politique scientifique et dans un cadre qui est à la fois celui du laboratoire et de l'équipe de recherche mais d'autres causes, internes à l'INRA, peuvent intervenir dans le choix et s'ajouter aux contraintes extérieures évoquées ci-dessus.

Citons en particulier :

  1. l'importance pour les laboratoires (et les équipes) de l'INRA d'obtenir d'excellents résultats dans une situation caractérisée le plus souvent par une stagnation du nombre des chercheurs et parfois une réduction des effectifs, de techniciens en particulier,
  2. intérêt pour les directeurs de thèse, dans la perspective de leur propre évaluation, de diriger es thèses jugées de grande qualité.

En d'autres termes, le choix du sujet peut revêtir un caractère stratégique sans lien obligatoire avec les contraintes objectives fixées par les Universités et sans relation nécessaire avec l'intérêt réel du thésard.

Or pour le thésard, son travail de recherche est le moyen d'acquérir à la fois de nouvelles connaissances scJenti6ques et des capacités d'ordre général, grâce en particulier à l'environnement scientifique et l'accompagnement dont il bénéficie pendant son séjour à l'INRA.

Nous proposons que le sujet de la thèse tienne le plus grand compte du statut du thésard, ASC, AERC (5) ou simple allocataire et, dans ce dernier cas, du type d'allocation : c'est ainsi que, dans certains laboratoires, les sujets dits " à risques " ou les thèses confidentielles sont plutôt confiés aux ASC (ou devraient l'être) et que le sujet de la thèse réalisée avec un partenaire industriel !convention CIFRE ou cofinancement INRA) est en général déterminé en concertation avec lui.

Pour les autres types d'allocations dont la durée est pratiquement connue d'avance, un choix raisonné du sujet semble devoir s'imposer en tenant compte de la contrainte de temps et en estimant également, quand cela est possible, l'importance des besoins complémentaires de formation du thésard (sous réserve qu'une première estimation de ces besoins soit faite dès la rentrée universitaire : nous reviendrons largement sur ce point).

3. Une fonction d'accompagnement (6) exercée par le maître de thèse :

En accueillant un thésard dans un de ses laboratoires, l'INRA se préoccupe de lui fournir les conditions d'environnement et d'encadrement nécessaires pour qu'il accomplisse un bon travail de recherche et qu'il soutienne une thèse de qualité.

Mais en même temps et implicitement, l'INRA demande au directeur de thèse, d'assurer, au profit du thésard, une formation par la recherche dans laquelle le travail de recherche est en principe le moyen, non pas la fin : la transmission de connaissances s'applique en priorité à la recherche même, mais elle sera d'autant plus efficace qu'elle s'accompagnera, comme nous l'avons déjà évoqué, de l'acquisition de capacités d'ordre plus général.

Dans cet esprit, le maître de thèse exerce une fonction d'accompagnement et cet " accompagnement " sera réussi si le thésard non seulement acquiert les connaissances et les savoir-faire nécessaires à son travail immédiat, mais s'il a également la possibilité d'en comprendre l'utilisation ultérieure, dans le métier auquel il se prépare.

Or les directeurs de thèse, voire les collègues auxquels ils délèguent parfois une partie de l'encadrement, n'ont pas été nécessairement préparés à cette fonction d'accompagnement et peuvent, sans que leur compétence scientifique soit en cause, avoir des difficultés pour l'exercer, soit qu'ils maîtrisent mal la relation entre formateur et formé, soit qu'ils se limitent à un encadrement avec, pour unique objectif : la réalisation du travail de recherche.

4. Le Comité de thèse :

La mise en place pour chaque thèse d'un Comité de thèse (7) présenterait l'avantage de soutenir le directeur dans sa fonction d'accompagnement. Le Comité peut être constitué de plusieurs personnalités choisies à l'initiative du directeur de thèse, en accord avec le Chef de Département et le Directeur de l'Unité.

Destiné à aider le directeur de thèse dans sa fonction de conseil et à suivre le thésard dans l'ensemble de sa progression, un tel Conseil présente de multiples avantages : il permet un suivi " collectif " du thésard à intervalles réguliers, l'élargissement d es réseaux de relation du thésard grâce aux " adresses " que peuvent lui donner les autres membres du Comité ; il peut faciliter des arbitrages en cas de litige éventuel entre le thésard et son directeur de thèse ; il permet enfin de favoriser une approche pluridisciplinaire quand cela apparaît souhaitable (8).

Annexe 3. Formation par la recherche à l'INRA : environnement scientifique, accompagnement des thésards et Comité de thèse.

5. Accompagnement et " projet personnel " du thésard :

En entrant à l'INRA dans un laboratoire, le thésard entre dans une Institution dont la vocation est essentiellement de faire de la recherche. Il s'attend à bénéficier d'un environnement scientifique de qualité et d'un encadrement efficace pour réaliser un travail de recherche dont l'objectif est la rédaction d'une thèse et la sanction, à l'issue d'une soutenance orale, l'obtention du titre de docteur. Au delà du titre même, le thésard recherche une formation de qualité qui lui donne le maximum de chances de passer Chargé de Recherches (ou Maître de Conférences) ou de trouver rapidement un emploi , en dépit de la crise actuelle.

Or nombreux sont les thésards qui, à I'entrée en thèse, n'ont aucun projet de carrière, voire d'emploi ; celui-ci se détermine alors " par défaut " après la thèse, lorsqu'ils sont docteurs. Tout juste peut-on considérer qu'ils savent, plus ou moins confusément, à l'issue d'un DEA, s'ils souhaitent ou non " rentrer " dans la recherche et/ou l'enseignement.

L'élaboration d'un projet personnel par les thésards qui n'ont pas encore fait de choix lorsqu'ils rentrent en thèse est le complément indispensable d'un accompagnement efficace car il donne un sens à ce dernier, du moins dans le long terme : projet personnel et accompagnement apparaissent alors comme deux termes liés et complémentaires.

Dans ces conditions, il est important que le thésard puisse disposer d'un minimum de temps afin d'acquérir les informations nécessaires dont il a besoin pour élaborer progressivement son projet personnel (d'emploi ou de carrière) et se fixer un objectif précis après la thèse.

III. FORMATION PAR LA RECHERCHE ET ACTIONS COMPLEMENTAIRES D'APPUI :

" Un bon thésard est un étudiant qui arrive avec un savoir récent, à la pointe, pour obtenir un résultat dans un délai donné. Il ne sait pas " maniper " ; il ne sait pas écrire et il a toute la démarche scientifique à acquérir et ça ne s'apprend que dans le travail quotidien.

Si un Directeur d'unité considère ses thésards comme des techniciens supérieurs, toute formation est inutile. On ne peut envisager la formation des thésards indépendamment de celle des maîtres de stages " (9).

Les actions complémentaires d'appui proposées ci-dessous visent les objectifs suivants :

  1. offrir aux thésards qui en ont besoin les connaissances qui leur manquent pour assurer un travail de recherche de qualité et une soutenance de thèse satisfaisante,
  2. Leur permettre d'acquérir un minimum de connaissances nécessaires à la recherche d'un emploi et l'exercice de leur futur métier.

Il serait souhaitable que l'élaboration d'un programme d'appui personnalisé du thésard identifiant les connaissances complémentaires à acquérir et intégrant son projet personnel, fut expérimentée par certains Départements, afin d'évaluer dans quelle mesure l'élaboration et le suivi de ce programme favorisent la réalisation des objectifs des actions complémentaires d'appui.

Annexe 4 : Les actions complémentaires d'appui. Généralités.

1. Renforcement des compétences nécessaires pour le travail de recherche et la soutenance de la thèse :

11. Les formations de " mise à niveau " :

Les thésards ont des origines diverses et, quelles que soient par ailleurs leurs aptitudes, ils peuvent avoir des lacunes, en particulier dans les domaines suivants : la méthodologie de la recherche, la recherche bibliographique, l'analyse et le traitement des données (spécialement les méthodes statistiques), l'anglais (écrit, lu et parlé), l'informatique.

Des " mises à niveau " s'imposent le plus souvent et justifient, selon les cas, des formations regroupées avec l'appui de la Formation permanente ou des formations en auto-apprentissage (avec l'aide d'une personne-ressource, locale ou nationale selon le cas).

Le développement de ces actions sera envisagé en tenant compte des initiatives déjà largement développées par la formation permanente de l'INRA et des résultats obtenus pour différents types de publics, dans les domaines des statistiques ou de la recherche bibliographique par exemple.

En ce qui concerne la connaissance de la langue anglaise, tout thésard recruté dans un laboratoire de l'INRA devrait avoir des connaissances de base de cette langue ; nous développerons ce point particulier et essentiel dans l'annexe 5.

Annexe 5 : Les formations de mise à niveau.

12. La rédaction des articles et de la thèse :

Ce problème est très souvent évoqué et apparaît crucial dans la mesure où cette rédaction (en Français ou en anglais) est l'occasion privilégiée d'un dialogue entre le thésard et son directeur le thèse, d'un transfert de savoirs de la part de ce dernier et d'un approfondissement de connaissances qu'appelle souvent la mise en forme écrite de résultats. Ainsi cette activité complémentaire de la recherche fait partie intégrante d'une véritable formation par la recherche.

Encore faut-il pour cela que le maître (et/ou le directeur) de thèse rédige(nt) de façon satisfaisante et sache(nt) transmettre les connaissances appropriées.

Le recrutement d'une linguiste ayant déjà animé des stages de perfectionnement à l'écrit scientifique en anglais et en français pour environ 200 chercheurs, augure de larges progrès dans ce sens à l'INRA. La création d'une équipe pour mettre en place " un cycle de formation des chercheurs aux activités de communication, de diffusion et de formation " permettra aux thésards de profiter progressivement de la politique décidée en la matière.

L'acquisition de connaissance simples relatives à d'autres types de documents écrits (posters, rapports, notes de synthèse, schémas de présentation, élaboration de projets, etc.) doit également être envisagée. Cette acquisition sera évoquée à la fois dans l'annexe 6 (Préparation à la communication écrite et orale) et dans l'annexe 7 (Préparation à l'insertion professionnelle).

13. La soutenance orale :

Une majorité de thésards y est de fait préparée au moyen des exposés qu'ils ont eu l'occasion de faire devant l'équipe, devant le laboratoire ou à l'occasion de manifestations diverses.

Ils ne sont pas pour autant préparés à d'autres situations de communication orale qu'ils rencontreront dans la recherche d'un emploi et à l'occasion de leur intégration dans un nouveau métier. L'organisation de formations complémentaires relatives à l'entretien d'embauche, à la prise de parole en public, etc. semble nécessaire. Cette organisation sera évoquée à la fois dans les annexes 6 et 7.

Annexe 6 : Préparation à la communication écrite et orale.

2. Développement des compétences nécessaires pour favoriser l'insertion professionnelle des futurs docteurs :

La situation de l'emploi pour les futurs docteurs, préoccupante depuis environ deux ans, devrait encore s'aggraver au cours des prochaines années. Le nombre de postes créés dans les Universités a tendance à diminuer ; il stagne dans la recherche et le relais n'est pas actuellement pris par l'industrie. Au nombre croissant des thésards qui deviendront docteur dans les prochaines années, s'ajouteront ceux qui se trouvent actuellement dans des " anneaux de stockage " : ATER et post-doctorants (10).

Dans ces conditions, le souci de l'INRA doit être de rendre ses thésards plus performants que les autres pour s'insérer dans la vie professionnelle à l'issue de leur thèse Une véritable formation par la recherche en est la condition ; des actions complémentaires de formation et d'information en sont le corollaire.

Ces actions auront pour but le développement des compétences nécessaires pour la recherche d'un emploi et l'intégration dans un nouveau métier, conditions d'une insertion professionnelle réussie.

Nous évoquons l'intégration dans un métier, non l'exercice de celui-ci. En effet l'INRA n'a pas vocation à préparer des thésards à l'exercice de métiers spécifiques (à l'exception de celui de chercheur). L'aurait-elle que ce serait une tâche impossible tant sont divers les métiers auxquels peuvent prétendre les jeunes docteurs qui sortent de l'INRA, En revanche l'intégration dans un métier requiert un minimum de compétences que tous les thésards doivent acquérir parce qu'après plusieurs années d'Universités (ou d'Ecoles) et de paillasse, ils ne connaissent rien en général de l'entreprise et surtout ne disposent d'aucun cadre de référence pour en comprendre le mode de fonctionnement et en estimer les contraintes.

Annexe 7. Préparation à l'insertion professionnelle.

Le problème des post-doctorants n'a pas été évoqué jusqu'à maintenant bien que son importance, en particulier dans le secteur des " Sciences du vivant ", se traduise par des pourcentages de post-doctorants largement supérieurs à la moyenne générale, toutes disciplines confondues Or, si le stage post-doctoral est devenu pratiquement une nécessité pour un futur chercheur, il ne semble pas établi que les administrations et les entreprises aient un besoin important de docteurs ayant acquis des connaissances scientifiques supplémentaires à l'occasion de séjours à l'étranger. Il nous semble toutefois intéressant de retenir l'idée de séjours à l'étranger pour des docteurs à la recherche d'un emploi à condition qu'il s'agisse de stages dans des administrations ou des entreprises correspondant à leur projet de métier.

Annexe 8 : Projet de stages en entreprise proposé dans le cadre du programme européen Leonardo.

IV. ESQUISSE D'UN PLAN DE MISE EN OEUVRE :

1. Des actions pourraient être mises en oeuvre rapidement :

11. La rédaction d'une Charte de l'accueil, en précisant les avantages actuels auxquels peut prétendre le thésard et les règles qu'il doit respecter, devrait confirmer l'intérêt de l'INRA pour une démarche de qualité dans ce domaine. Un accueil ofl1ciel des thésards (au cours duquel l'Institution leur serait en particulier présentée) soulignerait l'intérêt de l'INRA pour la formation des thésards et témoignerait de son souci que le séjour s'effectue dans les meilleures conditions possibles, c'est-à-dire dans l'esprit de la Charte (11) . Il pourrait avoir lieu dès 1995 dans quelques Centres et se développer en 1996.

Annexe 9 : Accueil des stagiaires.

  1. La création d'une rubrique " thésards " à l'intérieur du serveur WWW de l'INRA, permettrait de mettre à la disposition des thésards de l'INRA des informations spécifiques, complémentaires de celles existant déjà et constituerait en quelque sorte les éléments d'un " guide du thésard " accessible par voie informatique et susceptible d'être disponible dans chaque Unité de recherche à partir des informations utiles remises à jour.

La création d'un " newsgroup " sur le serveur Saphir de Jouy pourrait permettre la création d'un Forum permanent " thésards " et tester son intérêt.

2. Le suivi du thésards :

Il s'agit en l'occurrence non pas du suivi individuel (exercé par le maître de thèse) mais du suivi institutionnel actuellement défaillant.

La base COMPACT devrait permettre de connaître la totalité des flux de thésards et les données qualitatives se rattachant à eux. L'expérience du CEA mérite d'être signalée à cette occasion : les informations sur les thésards y sont centralisées au niveau des Départements grâce aux documents suivants : a) une fiche de situation remplie par le thésard en décembre après son entrée dans l'unité de recherche, b) un compte-rendu d'activité à remplir en mars, avec mention de l'insertion professionnelle pour ceux en dernière année de thèse.

L'INRA pourrait s'inspirer également de ces différents documents en y intégrant éventuellement le programme d'appui personnalisé en complément du rapport annuel.

Par ailleurs le CEA demande également à chaque département de faire un bilan annuel des thèses soutenues dans l'année, avec mention du devenir des thésards. Son expérience en la matière pourrait être utile.

3. Le développement ou le renforcement d'actions en 1995-1996 :

L'année 1995-96 devrait être consacrée à la mise en oeuvre progressive d'actions parmi celles précédemment évoquées. Nous proposons que cette mise en oeuvre progressive procède de démarches parallèles et complémentaires.

31. Un inventaire d'actions déjà menées dans les différentes unités de recherche de l'INRA ou dans les Centres (dans le cadre de la Formation permanente par exemple) et qui s'inscrivent dans le cadre des objectifs d'une formation de qualité par la recherche favorisant l'insertion professionnelle.

32. La mise en place d'activités expérimentales, lorsque l'occasion se présente (par exemple dans le cadre de collaboration avec des Ecoles doctorales) ou si une demande forte émerge (citons à titre d'exemple la rédaction scientifique en anglais ou la préparation à l'entretien d'embauche).

33. Une démarche de concertation impliquant :

  1. la sensibilisation, quand celle-ci est nécessaire, des Départements et de leurs unités de recherche aux problèmes présentés dans la note et aux solutions proposées, agréés par la direction ; le choix, par les Départements qui le souhaitent, d'une ou plusieurs actions-pilotes jugées particulièrement pertinentes,
  2. ne sensibilisation, quand celle-ci est nécessaire, des Conseils de Centres (en y associant le responsable de la Formation permanente) afin de susciter de leur part un intérêt pour des activités à caractère local ou national,
  3. la réalisation d'un document chiffré prenant en considération les demandes et les propositions des Départements et des Centres, tenant compte de l'évaluation des activités déjà mises en place (13), fixant une hiérarchie des actions à développer et un calendrier des activités correspondantes à entreprendre.

Jean-Pierre Frémeaux, le 15 septembre 1995

  1. J-P Frémeaux. " Une formation par la recherche qui favorise l'insertion dans la vie professionnelle des l'étudiants actuellement en thèse dans les laboratoires de l'INRA ". Note introductive : position du problème et orientations ". 11 janvier 1995, 7 pages.
  2. Des actions de formation et d'information sont proposées ci-dessous pour l'ensemble des thésards. Par contre, les actions spécifiques destinées aux futurs chercheurs et susceptibles d'être développée après la soutenance de la thèse, n'ont pas été détaillée dans ce document : elle sont en effet à la marge de cette étude.
  3. Le rapport commun n°3 réalisé par l'Académie des sciences et le CADAS et intitulé " Evolution des métiers de la recherche ", (mai 1994), insiste sur la dynamique créée par le développement de la formation par la recherche pour " permettre de poursuivre le décloisonnement entre recherche publique et recherche industrielle " (pp. 33-36).
  4. Nous n'avons pas considéré, dans le cas des étrangers. La pertinence du choix du sujet par rapport aux besoins du pays dont est originaire le thésard. Il serait ultérieurement intéressant d'approfondir le problème.
  5. Assistant d'Enseignement et de Recherche Contractuel. Equivalents des ASC et recevant leur allocation de la DGER les AERC sont contraints à des tâches de monitorat supplémentaires Par ailleurs les thésards allocataires de l'Enseignement supérieur peuvent assurer des tâches de moniteurs ou de vacataires, en bénéficiant de rémunérations complémentaires et en augmentant leurs chances de recrutement comme enseignants. Les ATER (Attachés Temporaires d'Enseignement et de Recherche) sont ou bien des doctorants qui doivent passer la thèse dans l'année ou bien des docteurs qui viennent de la passer ou se préparent, pendant l'année, au concours de (maître de Conférences.
  6. Nous avons choisi d'utiliser le terme d'accompagnement au lieu de celui d'encadrement ou celui de tutorat. En effet si l'encadrement se conçoit à certaines phases du travail de recherche et s'il est utilisé largement par les thésards qui se disent " bien ou mal encadrés ". Le terme a un sens trop rigide ;- quant au terme de tutorat qui a donné lieu à une abondante littérature, il renvoie, en français du moins. Au terme de tuteur et à l'idée d'un redressement. d'une remise sur la bonne voie. Nous lui préférons, dans le cas des thésards, celui d'accompagnement qui implique un suivi vigilant et renvoie à la notion de " compagnonnage " utilisée par certains responsables scientifiques Pour rester dans la métaphore et parce que le terme de directeur à la fois colle mal avec cette notion d'accompagnement et ne correspond pas toujours aux réalités du terrain lorsque le directeur en titre délègue ses fonctions à un collègue, nous utiliserons. Selon le cas. Le terme de maître qui renvoie précisément à la tradition du compagnonnage, quand nous souhaitons insister sur cette fonction d'accompagnement et le terme de directeur quand nous faisons référence plus précisément à la situation administrative.
  7. Le terme Comité de thèse est utilisé ici de façon générique : il s'inspire en effet de formules appelées diversement à l'INRA même. Comité de pilotage. Tutorat multiple. Comité de suivi. Etc.
  8. Dans les unités où ce système fonctionne, le Comité se réunit environ deux fois la première année, une ou deux fois les années suivantes, ce qui ne correspond pas, selon des collègues interrogés à ce sujet à une surcharge significative de travail.
  9. Les propos tenus par des chercheurs ou des thésards lors des entretiens que nous avons eus et que nous reproduisons dans la note et ses annexes figurent en italique et entre guillemets.
  10. cf. Annexe 1
  11. Un tel accueil pourrait être réalisé en relation avec des Ecoles Doctorales. Certaines d'entre elle organisent des " rentrées officielles " au cours desquelles des présentations de travaux de thésards et/ou des rencontres avec des partenaires économiques sont prévues ; d'autres programment des conférences scientifiques à cette occasion.
  12. Les instructions pour la rédaction de cette fiche sont ainsi libellées : " Ce compte-rendu rédigé et signé par le thésard. Doit relater, en termes simples et accessibles à un non-spécialiste. L'orientation suivie les difficultés rencontrées et la façon dont le chercheur espère les résoudre. "
  13. Admettre que ces activités peuvent être proposées à l'ensemble des thésards, quel que soit leur statut ou la nature de leur allocation - ce qui semble une condition de succès - devrait poser en particulier des problèmes de caractère juridique dont la mise en évidence sera un des aspects de l'évaluation.
  14. Rapport sur les Eludes Doctorales, Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. Direction Générale de la Recherche et de la Technologie, février 1995. Les résultats sont classés par Direction scientifiques, Pédagogique et Technique (DSPT). Concernent essentiellement l'INRA les Directions suivantes : DSPT 3 : Sciences de la terre et de l'univers : DSPT 5 : Biologie, médecine et santé : DSPT 7 (groupe 72 : Sciences économiques et de gestion).

Annexe1. Les débouchés des jeunes docteurs

1. Le Rapport sur les Etudes Doctorales, publié en février 1995 (14), présente le devenir des docteurs 1993.

" Pour l'année 1993, l'enquête effectuée auprès des responsables de DEA indique que 8788 thèses ont été soutenues, soit 2,9% de plus qu'en 1992 " (p. 32). En mettant à part les 1036 étrangers rentrés au pays, la population de docteurs recensés et étudiés dans ce rapport est de 5994, sur un total de 7752 docteurs ayant soutenu leur thèse en 1993 (soit un échantillon d'environ 77% du total).

Les " Sciences de la terre et de l'univers " donnent lieu au commentaire suivant.

Parfois considérées comme difficiles pour l'insertion professionnelle des docteurs, ces disciplines se situent à présent, de ce point de vue, plutôt dans une bonne moyenne puisque les quatre domaines d'insertion à proprement parler que sont l'enseignement supérieur, les organismes de recherche, les entreprises et les administrations absorbent ici 45 % des docteurs à la sortie de la thèse, à comparer à 43 % pour l'ensemble des disciplines. Le taux de " sans emploi " reste cependant supérieur de près de deux points au taux moyen et les entreprises ont encore un peu moins recruté qu'en 1992. Mais les administrations (collectivités locales) et les organismes de recherche ont joué un rôle compensateur.

Le groupe " Sciences économiques et de gestion " donne lieu au commentaire suivant :

Dans ce domaine également les docteurs se dirigent massivement vers l'enseignement supérieur. Cependant les ATER restent moins nombreux que les recrutés sur emplois permanents. Les autres types d'insertion ont surtout pâti de la baisse des recrutements dans le secteur public, la part des entreprises n'ayant que faiblement régressé.

Ici aussi les " sans emploi " restent très peu nombreux et on ne constate aucune inflation du nombre des post-doctorants. Les perspectives d'insertion de ces docteurs ne peuvent pas être qualifiées de préoccupantes.

2. Dans un numéro récent de Biofutur (15) , Anne Lise Berthier commente ainsi les chiffres relatifs au secteur des Sciences de la vie et de la santé (DSPT5) :

Les jeunes docteurs et leurs débouchés

1738 thèses ont été soutenues en 1993 et un total de 9074 thèses en cours ont été recensées en 1994. Depuis 1989, le nombre de thèses délivrées s'accroît ainsi à un rythme annuel proche de 10%. Si ce taux se maintient à un tel niveau, le doublement du nombre de thèses, qui avait été l'objectif envisagé en 1989, pourrait alors être atteint dès 1998. Dans ces conditions se pose alors avec acuité le problème du devenir professionnelle de ces nouveaux diplômés. Quelles opportunités d'embauche s'ouvriront à eux, alors que le dernier rapport sur les études doctorales confirme, s'il en était besoin, une aggravation des difficultés d'insertion professionnelle des jeunes docteurs ? Même si le pourcentage de docteurs sans emploi ne franchi pas le seuil des 10 % en sciences de la vie et de la santé, les premières données sur la situation des thésards en 1993 montrent, en effet, un ralentissement des recrutements en entreprise et dans les organismes de recherches (3). Moins de 10 % des diplômés 1993 sont ainsi entrés dans le secteur industriel, soit un résultat en recul de quatre points par rapport à l'année précédente. Cette situation est toutefois contrastée selon les secteurs considérés. Ainsi, les deux groupes les plus petits en nombre semblent les plus tournés vers les entreprises. Dans le premier, qui est orienté sur l'étude des biomolécules et de la pharmacologie, plus de 18% des docteurs 1993 ont accéder à un emploi dans le secteur concurrentiel. Quand au second groupe, qui est axé vers les sciences agronomiques et agro-alimentaires, les entreprises ont recruté plus du quart de ses diplômés à l'issue de la soutenance de thèse. Enfin, alors qu'en 1990, environ 45% des docteurs trouvaient un emploi dans les organismes de recherches ou dans l'enseignement, les diplômés 1993 sont maintenant moins d'un tiers à s'orienter directement vers ces deux débouchés traditionnels de la thèses (4).

En outre, l'analyse de l'enquête menée sur les docteurs 1993 et l'étude des données consolidées sir les docteurs de 1992 montrent que les situations d'attente et les emplois précaires se multiplient. Après la thèse, plus de 40% de ceux de 1993 et 34,5% de ceux de 1992 suivent un stage postdoctoral, réalisé pour la très grande majorité aux Etats-Unis et au Canada. La poussée est particulièrement sensible dans le secteur Aspect moléculaires et cellulaires de la biologie. Dans ce groupe, de loin le plus important numériquement avec 835 thèses soutenues en 1993, 46,3% des docteurs ont opté pour le séjour postdoctoral. Cette tendance à différer massivement l'entrée dans le monde professionnel s'explique notamment par la nature des débouchés offerts après ces formations de troisième cycle. En effet, ces dernières sont essentiellement orientées vers la recherche, secteur où les recrutements s'effectuent rarement dès l'année de la soutenance de la thèse. Des résultats qui ne peuvent qu'inciter à multiplier les sources d'information pour le choix d'un troisième cycle, mais aussi à préparer dès le début de la thèse l'insertion dans la vie professionnelle...

  1. A la date de l'enquête, 9, 14% des docteurs en sciences de la vie et de la santé étaient encore à la recherche d'un emploi.
  2. 12,33% des docteurs 1993 ont intégré des organismes de recherche. Quant aux insertions dans l'enseignement, elles se sont effectuées à plusieurs niveaux : 8, 52% sont attachés temporaires d'enseignement et de recherche ; 8,93% ont un poste de maître de conférences ou d'ingénieur de recherche ; 2,42% travaillent dans l'enseignement secondaire.

3. En ce qui concerne l'INRA, nous ne disposons pas de chiffres précis sur le devenir des jeunes docteurs. Le seul document disponible qui évoque le problème est le rapport intitulé " L'emploi scientifique ; bilan et perspectives " publié en janvier 1994.

Ce document fait référence à une enquête réalisée en 1993, portant sur des thèses terminées et donc sur des bourses attribuées pour l'essentiel entre 1987 et 1990. Ainsi sur 188 thèses terminées entre 7990 et 1993 : " 54,8 % des boursiers sont titulaires d'un emploi permanent et 19% sont demandeurs d'emploi.... La majorité (57,2%). Des emplois permanents concerne la recherche publique et l'enseignement supérieur " (16)

Si ces données sont relativement satisfaisantes, elles ne portent toutefois que sur l'ensemble des boursiers gérés par l'INRA (y compris les ASC) et non sur l'ensemble des thésards.

En ce qui concerne les 235 CR recrutés au cours des années 1991, 1992 et 1993, nous disposons de données plus complètes : ainsi 68 d'entre eux étaient des ASC, 28 avaient eu une bourse cofinancée INRA et 25 avaient travaillé dans un laboratoire de l'INRA avec une bourse non-INRA, soit un total de 121 thésards ayant travaillé dans le cadre de l'INRA (ou encore environ la moitié des CR recrutés). Par contre nous ignorons le devenir des thésards non gérés par l'INRA et qui n'y ont pas été recrutés.

L'APECITA (Association Pour l'Emploi des Cadres, Ingénieurs et Techniciens de l'Agriculture et de l'agro-alimentaire) dispose à ce sujet de chiffres également partiels. Ils ne concernent pas exclusivement les anciens thésards de l'INRA mais s'appliquaient à 485 Docteurs dans les sciences de l'agronomie et de l'agro-alimentaire entre octobre 1993 et octobre 1994 (17). Au cours de cette période, 47 d'entre eux, soit environ 10%, avaient trouvé un emploi permanent (dans l'enseignement pour la moitié, puis dans l'environnement, le développement local et en dernière position la recherche privée) (18) ; pendant la même période, l'APECITA recevait 28 offres d'emploi faisant expressément référence à des Docteurs.

Ces chiffres confirment l'hypothèse que l'offre d'emploi se raréfie encore, de nombreux postes ayant été pourvus au cours des précédentes années, en particulier dans les Universités.

Le rapport du MESR (l9) fournit des chiffres également préoccupants : en effet le nombre de post-doctorants dans le secteur des Sciences de la vie et de la santé est le plus élevé de tous les secteurs : 40% des 1443 " docteurs 1993 " recensés dans la Direction " Biologie, médecine et santé " (DSPT5) suivent un post-doctorat, la proportion atteignant 46,3%lo pour 835 docteurs appartenant dans le groupe 5.1 (" Aspects moléculaires et cellulaires de la biologie ") de cette Direction. Remarquons à cette occasion que la proportion descend à 14,3% pour 63 docteurs. Dans le groupe 5.5 (" Sciences agronomiques, biotechnologie agro-alimentaires ") où les recrutements dans l'industrie sont exceptionnellement élevés.

Le rapport met également en évidence le taux élevé de femmes dans le secteur qui nous occupe et l'augmentation de ce taux au cours des dernières années : dans la DSPT5, prés d'un nouveau docteur sur deux est une femme (un nouveau docteur sur trois pour l'ensemble des docteurs, toutes disciplines confondues). Une estimation du pourcentage des anciennes thésardes ayant interrompu la recherche d'un emploi dans les années qui suivent la soutenance de la thèse serait utile pour disposer d'une meilleure estimation des débouchés réels.

4. La situation des débouchés offerts aux jeunes docteurs est très largement évoquée dans le rapport sur les Etudes Doctorales, MESR, février 1995, mentionné plus haut et dans un rapport récent réalisé par " un ensemble de doctorants et chercheurs délocalisés sur toute la France, mais réunis à travers INTERNET et représentant de nombreuses associations d'étudiants de 3ème cycle, toutes disciplines confondues " (20).

Dans ce dernier document, les données officielles fournies par le MESR (21) , le CNRS, l'INSERM et l'INRIA ont permis de modéliser l'évolution de la situation professionnelle des docteurs pour 1995, 1996 et 1997 : " l'étude prospective laisse apparaître une crise sévère des débouchés à partir de 1995/1996. En effet, les débouchés réels prévisibles pour les prochaines années se situent autour de 6500 à 7000 emplois par an. Il est probable que la répartition de ces postes se fasse comme suit : 3000 dans le secteur académique, 1 100 dans le secteur privé, 1000 dans l'enseignement secondaire et les administrations, et environ 1400 retours au pays.

Or, près de 9000 thèses sont actuellement soutenues chaque année. Compte tenu des débouchés possibles, il semble donc qu'il y ait une surproduction d'environ 2000 docteurs par an. Les effets n'ont pour le moment été ressentis que de manière secondaire pour les deux raisons suivantes :

Mais, dans les années à venir, il semble difficile d'éviter, chaque année, un retour sur le marché de l'emploi de plus de 1700 docteurs qui étaient en attente par le biais des stages post-doctoraux et des postes d'ATER. Cet " effet retour " devrait faire exploser le système en 1996 et 1997 " (22).

Parmi les articles récents parus sur le sujet, citons les deux extraits ci-dessous :

" Selon les syndicats, près de 20000 docteurs qualifiés, aujourd'hui en attente de poste, seraient contraints d'accepter des statuts précaires. Un an après le passage de la thèse, le taux de chômage, évalué de 1 à 2% au début des années 90, a dépassé les 10 % en 1994. Ce bilan ne tient pas compte du cas de 3000 d'entre eux, en formation post-doctorale à l'étranger, où ils pourraient être tentés de trouver refuge dans des laboratoires mieux disposés à les accueillir. Ce serait là l'un des risques majeurs, uns " fuite de cerveaux" vers les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, souvent dénoncée " (23).

" Premier débouché potentiel, les entreprises voient leur part des recrutements de thésards continuer de décroître. Selon l'Association Bernard-Gregory (ABG) qui vise à favoriser l'insertion des jeunes docteurs, cette part s'est élevée, l'an dernier, à 32% du total des embauches au lieu de 36% en 1993, 50% en 1992 et 60% en 1990. Le tassement a été particulièrement marqué dans les sciences de la vie, pénalisant notamment les femmes universitaires, sur-représentées dans cette discipline. Quant au chômage, il se maintient à un niveau élevé : 40% des candidats inscrits à l'Association le sont depuis plus d'un an, et 7% depuis plus de deux ans " (24).

  1. L'emploi scientifique à l'INRA : bilan et perspectives, op. Cité, p5
  2. Les chiffres définitifs pour l'année 1995 ne sont pas disponibles mais le responsable interrogé affirme que de nombreux indices confirment les tendances de l'année précédente.
  3. Pendant la même période, le pourcentage d'emplois pourvus au niveau Bac+5 est de 20 % dans l'ensemble des Ingénieurs du domaine de l'agriculture et de l'agro-alimentaire.
  4. Rapport sur les Etudes Doctorales, février 1995, op cité, pp. 70 et 87-95
  5. Formation doctorale, enjeux, bilan, proposition, avril 1995. Les numéros de pages ne figurant pas sur l'exemplaire disponible, nous revoyons pour les citations, au numéros des paragraphes correspondants. Aucun thésard " INRA " ne figure parmi les auteurs et aucune donnée de l'INRA n'a été prise en compte dans les estimations chiffrées. Ce rapport n'ayant pas de nom d'auteur, nous l'appellerons " Internet " pour plus de commodité.
  6. Ce ministère existait encore au moment de la publication du rapport en avril 1995.
  7. Formation doctorale, enjeux, bilan, propositions, introduction.
  8. Michel Delberghe. " Les docteurs d'université se heurtent à un manque de débouchés ". Le Monde, 4 juillet 1995, P. 10.
  9. Jean-Claude Lewandowski. " Jeunes chercheurs : un marché de l'emploi en demi-teinte ". Les Echos, 7 mars 1995, p. 4.

Annexe2 : Formation par la recherche. Finalité et appréciations de son utilité ;

1. La formation par la recherche, développée après " la réorganisation des études doctorales (en 1984) qui a substitué un diplôme unique, la thèse -nouveau régime- à plusieurs diplômes de nature et niveaux différente " (a) bénéficié de " plusieurs coups de pouce financiers donnés à cette filière doctorale : la revalorisation du montant des allocations de recherche versées aux étudiants, le doublement de leur nombre passé entre 1988 et 1993 de 1900 à 3800, et l'allongement de leur durée de deux à trois ans " (25).

Cette formation par la recherche qui a remplacé la " formation à la recherche " destinée en principe aux futurs chercheurs et enseignants a vu sa finalité évoluer en même temps que ses effectifs s'accroissaient.

Outre les connaissances qui concernent strictement la discipline, une telle formation doit permettre l'acquisition de compétences communes aux métiers de la recherche et de l'enseignement et à certains métiers de l'industrie, de l'environnement et du développement local.

A titre d'exemple, nous proposons ci-dessous deux documents : un extrait du rapport sur l'évolution des métiers de la recherche publié en mai 1994 (26) se rapportant aux qualités requises d'un docteur en entreprise et la description des " savoirs en action " du chercheur, décrits par l'observatoire des métiers de l'INRA (27 ).

Quelles sont les qualités requises d'un docteur en entreprise ?

Les entreprises attendent plusieurs avantages de l'embauche de docteurs, qu'il s'agisse de les recruter dans leurs laboratoires de recherche, de leur faire occuper des fonctions liées à la recherche et au développement ou plus généralement de leur confier des fonctions de responsabilité dans l'entreprise. Mais la formation par la recherche n'est utile pour l'entreprise que si les conditions dans lesquelles elle s'effectue permettent de développer chez le jeune docteur une personnalité adaptée à l'entreprise. Il y a en effet deux critères de recrutement dans la recherche industrielle : la formation et la personnalité.

a) L'apport de la formation par la recherche

1. Pour le recrutement dans un laboratoire de recherche.

Les industries attendent trois types d'avantages de l'embauche de docteurs :

2. Pour des fonctions liées à la recherche et au développement qui s'effectuent pas dans un centre de recherche.

L'évolution récente est celle de la création de nouveaux métiers liés à la recherche et au développement. Il faut que le chercheur fasse du " prémarketing " , du " marketing " du futur, concernant des produits qui n'existent pas pour des marchés qui n'existent pas.

Se développe également le métier de chef de projet, une fonction d'animateur qui doit être à la fois au contact du service de recherche et des autres structures de l'entreprise.

Enfin la formation par la recherche est de plus en plus indispensable pour insuffler une culture de recherche dans l'entreprise, pour faire accepter les nouvelles technologies par les personnels. Savoir saisir l'information. La vérifier, la traiter et la rendre utilisable par l'entreprise est un nouveau métier lié à la recherche et au développement.

3. Plus généralement pour des fonctions de responsabilité au sein de l'entreprise.

La formation par la recherche donne le sens de l'innovation. Elle apprend à cesser de considérer que tout est construit d'avance. Le docteur sait se mettre en situation d'incertitude, de doute. Il sait aussi être constant dans l'effort, car en recherche rien n'est jamais gagné d'avance.

La qualité de cet apprentissage peut-être bénéfique à tous les secteurs industriels quel que soit le métier auquel on se destine, mais il parait particulièrement opportun pour les fonctions de direction. En effet, dans les industries de pointe, la clé de la réussite réside dans la capacité à se doter d'une vision stratégique, et la direction générale se trouve confrontée, en permanence, à des paris qui vont déterminer l'avenir de la société. Une formation par la recherche permet certainement de mieux gérer ces situations d'incertitude et de se situer dans une perspective à long terme.

b) Une personnalité adaptée à l'entreprise.

Du point de vue de l'entreprise, les qualités qui sont particulièrement appréciées sont :

Un point qui a longtemps fait hésiter les entreprises à embaucher des docteurs touche à leur mobilité professionnelle. La crainte des directions de personnel de voir un jeune docteur rester chercheur toute sa vie est réelle. Même si comme on l'a vu plus haut les ingénieurs docteurs restent plus longtemps en R & D que les universitaires. Toutefois cette crainte a tendance maintenant à s'estomper au vu de cas réussis d'anciens chercheurs :

Du point de vue de l'entreprise, une thèse qui ne permettrait pas de développer certaines au moins de ces qualités n'apporterait aucune plus-value au jeune docteur. En revanche si le docteur recruté fait preuve de qualités d'ouverture d'esprit, de compétitivité et de mobilité. Sa carrière peut-être au moins aussi intéressante et diversifiée pour l'entreprise que celle d'un non docteur.

  1. A. Schoen, Formation par la recherche, Biofutur, Hors-série n°2, 1994, P. 54.
  2. Académie des Sciences, CADAS, Evolution des métiers de la recherche, Rapport commun n°3, mai 1994, pp. 23-25
  3. INRA, Observatoire des métiers, août 1995.

RESUME DE L'EMPLOI/DELIMITATION " CHERCHEUR "

[INRA - Observatoire des Métiers Août 1995]

FINALITE GLOBALE : Produire, exploiter et communiquer des connaissances Scientifiques, techniques, opérationnelles) selon les orientations de la recherche et les programmes auxquels il contribue. Révéler de nouveaux concepts.

RESUME DE L'EMPLOI

Le chercheur contribue à l'élaboration concertée des programmes de recherche. Il se positionne dans son champ de recherche en faisant le rapprochement entre l'état des connaissances dans sa spécialité et les problèmes de connaissance posés, par les milieux scientifiques ou professionnels, Son esprit critique, sa curiosité scientifique et son imagination orientent ses choix et son positionnement au sein d'une équipe de recherche. Il doit faire preuve d'originalité et de créativité. Selon son expérience, ses connaissances particulières, son statut dans l'équipe de recherche et la composition de celle-ci, il participe ou effectue en responsabilité tout ou partie des activités suivantes :

En conséquence, il ajoute aux connaissances existantes les connaissances obtenues et peut révéler des concepts nouveaux. Il indique des pistes de recherche à développer.

DELIMITATION

Le chercheur dispose en général d'une large part d'initiative pour définir sa problématique et rechercher les moyens nécessaires à sa recherche. Il exerce son activité au sein de l'équipe.

La définition précise du projet de recherche et son étude de faisabilité se font avec le responsable d'unité, éventuellement avec l'appui d'un ingénieur et/ou de collègues relevant d'autres unités.

Il est responsable scientifique même s'il délègue une part des travaux.

Il interprète, exploite et met en forme les résultats avec l'ingénieur et d'autres membres de l'équipe, dont il se distingue, notamment, par sa responsabilité scientifique quant à la validité de ces résultats qu'il doit communiquer et valoriser en particulier dans la communauté scientifique.

Conditions d'exercice - Particularités :

Sur un travail de fond de conception d'expérimentation, d'analyse et de rédaction se greffent des activités variées (veille, encadrement, échanges, négociations....).

Les jeux de collaboration et de partenariat, ainsi que sa veille, l'amènent à se déplacer fréquemment sur différents lieux : laboratoires, unités expérimentales, sites professionnels, milieux naturels des supports étudiés, voire à l'étranger. Il est amené à lire et à parler une ou plusieurs langues étrangères.

CHERCHEUR : SAVOIR EN ACTION

Savoirs-faire, technicité.

Outre les connaissances propres à sa spécialité, le chercheur doit avoir des connaissances scientifiques générales de haut niveau,

Savoirs-faire, organisation-gestion

Le chercheur doit savoir estimer les moyens (matériels, financiers et humains) nécessaire à ses travaux et engager les procédures afférentes.

Circonstances de mise en oeuvre

Circonstances de mise en oeuvre

CHERCHEUR SAVOIR EN ACTION (suite)

[INRA - Cellule Observatoire des Métiers - 8 Septembre 1995]

Savoir-faire d'ordre relationnel

Circonstances de mise en oeuvre.

2. Les activités requises, ainsi décrites, permettent de définir un champ de compétences communes qu'une formation par la recherche efficace doit impérativement développer et que nous proposons de résumer en une liste de capacités dont l'acquisition est précisément un des objectifs de la formation :

Ces capacités dont la liste n'est pas exhaustive et qui mériteraient d'être reprises et précisées doivent être développées simultanément au cours des trois années de thèse grâce à la fonction d'accompagnement du maître de thèse et de l'ensemble des agents impliqués (qu'ils appartiennent à l'équipe de recherche, au laboratoire ou à un Comité de thèse).

3. Cette formation par la recherche est diversement appréciée par les chercheurs, maîtres ou directeurs de thèse et Directeurs d'Unités et par les industriels qui préfèrent souvent recruter les ingénieurs à Bac+5 pour les besoins de la production ou des services de recherche-développement que des docteurs à Bac+8, décrits comme hyperspécialisés et ayant perdu toute possibilité d'ouverture sur l'extérieur.

Certains chercheurs déplorent cette situation et estiment au contraire que les compétences acquises à l'issue de cette formation sont de façon générale sous-évaluées et sous-estimées aussi bien par les industriels - nous venons de le voir - que par les thésards eux-mêmes : " les jeunes thésards ne se rendent pas compte de la force qu'ils ont acquise ; la méthode de formation par la recherche est excellente ; on pourrait la valoriser beaucoup plus ".

Cet intérêt de la formation doctorale est également souligné dans le rapport " Internet " : " pour l'entreprise privée, choisir un doctorant comme collaborateur ne se limite pas seulement à, l'acquisition d'une compétence pointue dans un domaine particulier. La formation d'un doctorant l'amène à développer des capacités d'adaptation, de communication et de maîtrise des outils modernes de traitement de l'information. Dans un contexte où la capacité d'innovation, la veille technologique et l'accès à l'information sont des facteurs de survie économique, le doctorant possède des atouts essentiels au succès de l'entreprise " (28).

Cet intérêt de la formation par la recherche conduit même certains à regretter que les thésards disposent de trop peu de temps pour en profiter pleinement, et à déplorer de devoir leur proposer des sujets sans risques : " Peut-on vraiment dire que l'on fait de la recherche dans ces conditions ? "

En opposition avec ces propos, il y a les chercheurs qui estiment que la formation par la recherche est inutile pour ceux qui ne se destinent pas au métier de chercheur (ou d'enseignant), constatant qu'une formation d'excellence de ce type n'est plus pertinente, dans la conjoncture actuelle, pour les emplois qu'un ingénieur peut satisfaire.

  1. Formation doctorale, op. Cité, § 131.

Cet excès d'excellence, en quelque sorte, est également dénoncé par ceux qui considèrent que la thèse est trop longue, en particulier pour les étudiants sortant des Grandes Ecoles qui se destinent à l'industrie : " il faudrait qu'ils passent une ou deux années en labo, par exemple le DEA plus une année, débouchant sur une micro-thèse : les industriels paieraient beaucoup de thèses si nous faisions cela ".

Selon ces chercheurs, également enseignants pour la plupart, cette formation plus courte devrait s'accompagner d'une formation générale plus importante, Ils estiment que la formation par la recherche est toujours excellente, quel que soit le métier ultérieur, mais qu'elle devrait être menée différemment pour les futurs chercheurs et ceux qui ne se destinent pas à ce type de métier.

Derrière la nostalgie d'une thèse de docteur-ingénieur distincte de la thèse d'Etat, se profile la difficulté réelle d'aligner le système doctoral français sur les systèmes étrangers (anglo-saxons en particulier), compte tenu, en particulier de la spécificité française d'une dualité Ecoles d'ingénieurs- Universités.

Le rapport " Internet " développe ce point à propos des débouchés dans l'industrie : " (Cet état de fait) et le succès des grandes écoles auprès des industries, ont finalement fait que les industriels s'intéressent peu (ou pas) au produit des troisièmes cycles universitaires. Les grandes écoles fournissent l'essentiel des cadres demandés à ce niveau d'études. Pire, certains industriels ont développé une relation de consommateur vis-à-vis du système de formation supérieure, attendant de lui des produits finis qu'il n'aura pas à former (...) Cela n'est pas sans poser de sérieux problèmes :

  1. Formation doctorale, op. Cité, § 123.

Annexe3. Formation par la recherche à l'INRA : environnement scientifique ; accompagnement ; Comité de thèse.

1. L'environnement scientifique des thésards :

Nous entendons par environnement scientifique l'ensemble des ressources de caractère scientifique offertes au thésard et destinées à l'aider dans son travail de recherche.

Cet environnement est d'abord matériel : il s'agit du matériel mis à la disposition du thésard ; il s'agit également des documents qu'il peut trouver par exemple dans l'unité de documentation. Cet environnement est ensuite humain : outre son maître de thèse, le thésard peut bénéficier de conseils de la part des membres de son équipe, du laboratoire, de l'unité de documentation, etc.

La grande majorité des thésards rencontrés se félicite d'un environnement scientifique matériel riche à l'INRA, meilleur en tout cas que celui des Universités et déplore plutôt de n'avoir pas (eu) l'occasion d'en profiter largement (en raison des contraintes de la thèse).

En ce qui concerne l'environnement humain, leurs appréciations sont par contre très diverses : le thésard peut se trouver " seul " dans une Unité importante et y présenter ses travaux au mieux une fois par an. Il peut au contraire se trouver " très intégré " dans une équipe active et être amené à y faire régulièrement le point de sa recherche, bénéficiant d'un véritable accompagnement de la part de ses collègues de travail ; ceux qui ont une bourse CIFRE ou cofinancée INRA-Industrie connaissent en général des situations de cette nature lorsqu'ils travaillent effectivement en relation étroite avec l'industriel.

Dans certaines Unités, les thésards se plaignent de faire le travail des techniciens, (insuffisants en nombre) ; d'autres regrettent d'avoir à encadrer des étudiants en maîtrise ou en DEA sans en avoir le temps et/ou les capacités. Mentionnons à ce sujet que, selon certains chercheurs, l'intérêt pour un laboratoire d'avoir des thésards est d'une toute autre nature : " ils apportent un sang nouveau, ils nous aident à rentrer de nouvelles techniques, à poser des questions, à être naïf face à des sujets ".

Appartiennent également à l'environnement scientifique offert aux thésards les manifestations régionales, nationales ou internationales auxquelles ils sont amenés à participer. Là encore les situations sont très variées : les Journées " INRA en herbe " (30) permettent d'augmenter les chances de contact des thésards avec des industriels de leur secteur ; les Congrès nationaux ou internationaux auxquels participent certains d'entre eux leur permettent de se mettre en valeur et de rencontrer des scientifiques, parfois des industriels.

  1. Ces " journées " sont présentées dans l'annexe 6 ; leur objectif premier est en effet lié à la communication.

2. " L'accompagnement des thésards ".

" L'accompagnement " est confié à un maître de thèse, Directeur de la thèse ou délégué à cette fonction.

Les situations sont très variées,

Certains stagiaires se disent " bien encadrés " ; c'est le cas en particulier de ceux qui ont des thèses financées par l'industrie car ils ont des réunions fréquentes avec les industriels. D'autres s'estiment au contraire " peu encadrés ", la préparation du travail de recherche dans la phase initiale étant insuffisante (pour des débutants), l'aide à la rédaction des articles et/ou de la thèse étant défaillante.

Cette variété de situations explique la diversité des appréciations diverses portées par certains chercheurs sur cette fonction d'accompagnement et sur le comportement des thésards :

" Les gens, quand un thésard arrive, n'imaginent pas qu'ils ont un obligation de formation. Les thésards sont utilisés par les chercheurs qui en font des jeunes scientifiques précaires ".

" Nous avons besoin de thésards pour trouver des résultats qui sont nécessaires rapidement, mais en même temps, nous formons des chômeurs ".

" Nous avons le souci de leur apprendre tout ce que l'on sait ".

" Ce qu'on attend d'eux, c'est qu'ils inventent la manip qu'ils doivent faire : c'est là qu'on voit la différence. Il y a peu d'auto-allumage : ils aiment être conduits et on a des habitudes de tutorage beaucoup plus grandes que dans les universités ".

" Le problème posé par les étudiants, c'est le manque d'autonomie : ils attendent qu'on leur donne un sujet qui marche ; sinon c'est la faute de l'encadrement ".

Ces appréciations, différentes justifient le choix que nous faisons du terme , " accompagnement " au lieu de ceux d'encadrement ou de tutorat. En effet ces deux termes évoquent, chez le maître de thèse, des pratiques qui ne favorisent pas l'autonomie nécessaire du thésard (certains parlent de " cocooning ") ; chez ce dernier les deux termes laissent attendre un soutien souvent excessif par rapport à ce que peut et doit faire le maître de thèse.

Par contre la notion d'accompagnement implique une veille, une vigilance essentielles tout au long des trois années de recherche. En effet s'il est vrai que l'accompagnement peut varier dans ses modalités selon les différentes phases de travail du thésard (certaines phases nécessitant en général un accompagnement plus fort : c'est le cas de la période initial e lorsque les étudiants prennent connaissance de l'environnement scientifique dont ils disposent, reçoivent une base bibliographique qu'ils doivent enrichir et construisent leur sujet de thèse ~ c'est le cas également des différentes phases de rédaction ou de préparation de communications), le thésard est " seul " pendant la plus grande partie de son temps de recherche et a essentiellement besoin de savoir que quelqu'un le suit à distance et qu'il peut recourir à lui en cas de difficulté.

3. Le Comité de thèse :

Le Comité de thèse est un terme générique que nous utilisons en nous référant à plusieurs initiatives développées dans le cadre de l'INRA.

a) Ainsi au SAD, le " Comité de pilotage " est devenu une pratique générale.

Créé pour " socialiser les thèses ", le Comité comprend, outre le directeur de thèse, des personnalités choisies de préférence à l'extérieur de l'Unité, dont les disciplines et les conséquences recouvrent l'ensemble des questions abordées dans la thèse - en tout de 3 à 5 personnes, plus parfois -.

Le Comité de pilotage se réunit deux ou trois fois la première année, une fois au moins chacune des deux années suivantes. Au cours de la première réunion, le thésard présente son projet de thèse, préparé avec le directeur de thèse et l'accompagne d'une liste bibliographique et de toutes les informations qu'il est capable de fournir. Au cours des réunions suivantes, le thésard fait le point sur ses travaux et sur les problèmes posés à cette occasion.

Les membres du Comité font part de leurs observations au cours de ces différentes réunions. Ils peuvent être amenés occasionnellement à correspondre directement avec le thésard et à donner leur opinion sur des " papiers " provisoires que celui-ci a rédigés.

Pour le directeur de thèse, le Comité de pilotage, sans empiéter sur ses prérogatives, permet de l'aider dans sa fonction d'accompagnement du thésard, grâce à l'apport des collègues qui bénéficient d'un recul plus grand, qui peuvent apporter des informations précises dans leur domaine de compétences et ouvrir éventuellement au thésard leur " carnet d'adresses ", l'aidant ainsi à se construire un réseau de relations. Ce Comité peut servir également de recours si des 3issensions apparaissent entre le thésard et son maître de thèse, une situation dont on parle peu mais dont la fréquence et l'importance sont de toute évidence largement sous-estimées. Enfin, si un thésard n'est pas fait pour le travail de recherche, le Comité est souvent mieux placé que le directeur pour tenter de convaincre l'intéressé de renoncer à poursuivre.

Pour le thésard, l'avantage du Comité de pilotage est multiple : il l'oblige, en présence de personnalités extérieures, à faire le point de ses travaux, les évaluer en quelque sorte et se poser les questions appropriées : il l'aide dans son travail de recherche et ses activités de rédaction, à travers les conseils formulés par des personnalités diverses.

b) Le Comité de thèse existe dans d'autres Départements de l'INRA, sous des formes plus ou moins identiques au Comité de pilotage du SAD, qu'il s'agisse du tutorat multiple pratiqué en Biométrie ou du Comité de suivi de la thèse en Génétique et amélioration des plantes Dans ces cas, la pluridisciplinarité est réduite (mis à part le souci de certains de " mettre " un économiste dans le Comité) mais le Comité est toujours présenté par ses " acteurs " comme efficace, présentant en particulier l'avantage de ne pas se limiter aux chercheurs mais d'être ouvert à des universitaires, des représentants du monde professionnel, des industriels (sous réserve qu'ils ne le perçoivent pas comme un engagement moral à recruter ultérieurement le thésard, etc.

La formule du parrain que le thésard rencontre par exemple tous les trois mois et qui vient en complément du maître de thèse dans sa fonction d'accompagnement semble par contre difficilement généralisable, même si elle est développée dans certaines Universités.

4. Ailleurs qu'à l'INRA :

11. Le rapport " Internet " fait un bilan qualitatif des formations doctorales (31), . Citons en quelques extraits :

A propos du vécu général des thésards : " (...) il apparaît que, dans un nombre non négligeable de cas, la qualité de la formation dispensée est en cause et conduit à un inacceptable gaspillage de ressources humaines et de deniers publics. En particulier, nous avons distingué les points suivants :

A propos de l'environnement scientifique humain (appelé " positionnement du doctorant au sein du laboratoire) : " certains doctorants souffrent de la mauvaise définition de leur rôle au sein des laboratoire. Ceci aboutit parfois à l'utilisation du doctorant comme technicien supérieur pour pallier les insuffisances en personnel (...) de nombreux laboratoires (...)

(31) appelons que ce rapport a été fait par un réseau de doctorants : aucun d'entre eux ne se dit " INRA ".

Que penser aussi du cercle vicieux induit par la part croissante des contrats dans le financement de certains laboratoires ? La croissance des ressources contractuelles (contrats industriels, contrats de l'Union Européenne, programmes) dans le fonctionnement des laboratoires conduit certains d'entre eux à embaucher, au delà du raisonnable. Un nombre croissant de thésards (ou de docteurs en stage post-doctoral) a6n de disposer de la main-d'oeuvre nécessaire à l'accomplissement du travail contractuel " (paragraphe 212).

b) Le rapport évoque par ailleurs :

" Les problèmes du financement et de la durée de la préparation de la thèse (qui) sont cruciaux : La disparité des types de bourses induit une grande variété de situations Certains modes de financement imposent une affiliation au régime général de la sécurité sociale et garantissent donc une protection sociale, mais d'autres non. Cette disparité existe également au niveau des montants et des durées de ces bourses, les durées étant souvent inférieures à celles recommandées pour la préparation de la thèse " (introduction),

Le problème du service militaire : " ,es doctorants masculins sont assez nombreux à être confrontés au problème du service national en cours de thèse. En effet, ils ne bénéficient pas, comme les étudiants de médecine, pharmacie, vétérinaire ou dentaire, du report L 10 les autorisant à poursuivre leurs études jusqu'à 27 ans " (paragraphe 211).

Annexe4. Les actions complémentaires d'appui. Généralités.

1. Remarques préalables :

Il s'agit d'actions de formation ou d'information qui viennent en complément de la fonction d'accompagnement exercée par le maître de thèse, fonction-clé de la formation par la recherche.

Distinguons à cette occasion les deux acceptions du mot " formation " utilisé dans ce texte :

2. Généralités sur les besoins des stagiaires en formations complémentaires d'appui :

Les appréciations sont souvent différentes et reflètent la variation des situations dues à la qualité des formations antérieures (les DEA en particulier) et aux performances des individus eux-mêmes.

Des lacunes sont fréquemment citées dans des matières qui auraient dues être traitées précédemment, qu'il s'agisse par exemple de statistiques ou de recherche documentaire : ces lacunes appellent des remises à niveau.

Le manque de culture générale est également souvent évoqué (en particulier un savoir " cloisonné " et trop spécialisé fréquent chez les thésards issus de l'Université).

L'incapacité à rédiger et à travers elle, celle à ordonner des idées et argumenter est soulignée avec force parce que vécue difficilement par les directeurs de thèse qui doivent consacrer un temps souvent jugé excessif à enseigner la rédaction scientifique. La " culture de l'ordinateur " est mise en cause à cette occasion : " avec l'informatique, la perte de l'esprit critique est énorme ; on n'a plus à chercher ce que signifient les résultats ".

L'immaturité du jeune thésard est également citée, dans le sens d'une tendance à l'égocentrisme et à la recherche de situations de travail protégées (le " cocooning " est déploré par certains directeurs de thèse qui, dans le même temps, se reprochent de le pratiquer et ne voient aucune alternative possible).

3. Les formations complémentaires susceptibles d'être mises en place et proposées aux thésards au cours de leurs trois années de présence doivent satisfaire à plusieurs conditions :

Rendre les ressources disponibles, c'est-à-dire accessibles à tous, c'est offrir, à côté des sessions en présentiel, la possibilité de suivre au moins un certain nombre d'entre elles en (auto-formation assistée (par une personne-ressource, locale ou nationale).

L'auto-formation st largement méconnue et sous-estimée à l'INRA et son ingénierie actuellement peu développée. Des actions pilotes à destination des thésards venant en complément de celles qui sont déjà expérimentées dans le cadre des formations qualifiantes, devraient donner à l'auto-formation une crédibilité qui n'existe pas actuellement et fournir enfin l'occasion de définir avec précision son champ d'application qui est à la fois limité et largement méconnu.

4. Bilan d'entrée, élaboration et suivi d'un programme d'appui personnalisé :

Nous avons précédemment insisté sur une identification claire des besoins des stagiaires pour leur offrir les formations d'appui complémentaires appropriées à chacun de leur cas.

Un " bilan d'entrée " des étudiants rentrant en thèse serait probablement très utile : il pourrait être organisé sous forme d'une combinaison entre un questionnaire de connaissances identique pour tous et des " épreuves spécifiques ", l'objectif étant de déterminer avec soin les lacunes à combler compte tenu du sujet de thèse.

De son côté chaque thésard, quelques semaines après son entrée dans le laboratoire, après avoir commencé à travailler sur son thème de recherche et les éléments bibliographiques qui lui ont été proposés, devrait être en mesure de proposer des actions complémentaires (de formation ou d'information), en précisant les lacunes qu'il perçoit dans ses connaissances et en tenant compte, s'il y a lieu, de son projet personnel.

Le " programme d'appui personnalisé " élaboré conjointement par le thésard et son maître de thèse est une synthèse (ou un compromis) entre les résultats du bilan d'entrée et les propositions faites par le thésard . Il nécessite une information large sur les possibilités offertes (par la Formation permanente en particulier) et en tout état de cause il demeure un document évolutif destiné à être complété ou modifié en fonction de l'évolution du travail, du projet personnel ou des offres de formation.

Ce programme, avec le rapport sur le travail de recherche proprement dit, serait un document de base pour le Comité de thèse, chargé alors de donner son avis sur l'opportunité des actions et leur Suivi : le programme d'appui personnalisé devrait être utilisé avec souplesse et les réunions du Comité de thèse seraient l'occasion de le revoir au moins une fois par an et de proposer des ajustements, compléments ou modifications.

Cette méthode présente l'inconvénient de ne pas lier une action de formation (ou d'information) à un besoin exprimé récemment. Elle présente en revanche l'avantage de hiérarchiser un ensemble d'actions complémentaires et de les programmer en en évaluant le coût plusieurs mois ou une année à l'avance : pour cette raison, l'établissement d'un programme d'appui personnalisé requiert également l'accord du Directeur de l'Unité et facilite, s'il y a lieu on arbitrage.

Annexe5. Les formations de mise à niveau.

Les formations de mise à niveau sont destinées, par définition, à combler des lacunes, de savoirs ou de savoir-faire. Ces connaissances auraient dû être apprises avant la thèse. Elles ne le sont pas toujours et leur acquisition devient alors nécessaire.

Si l'objectif de ces formations est clair, la définition du niveau à atteindre l'est moins : s'agit-il en effet du niveau tout juste suffisant pour réussir les activités nécessaires au travail de recherche attendu, à la rédaction et la soutenance de thèse demandées ou s'agit-il d'un niveau supérieur de connaissances répondant à la finalité largement évoquée précédemment d'une formation à la recherche ? les deux exemples suivants illustrent l'interrogation :

L'établissement du programme d'appui personnalisé pour chaque thésard (réactualisé annuellement à l'occasion de la réunion des Comités de thèse) permettrait de résoudre ce problème du niveau en proposant, à partir des lacunes observées dans chaque domaine, la nature et l'importance des connaissances à acquérir, c'est-à-dire le " niveau ".

Celui-ci dépend en effet des exigences du travail de recherche et de rédaction, des contraintes de temps et d'argent (en y incluant l'origine de l'allocation et les possibilités offertes) ; il dépend également des objectifs professionnels du thésard, de ses lacunes, de ses préférences et de ses possibilités.

a) Deux domaines sont particulièrement concernés par la mise à niveau, d'une part la recherche bibliographique, d'autre part l'analyse et le traitement de données (statistiques et modélisation). Ces domaines ont donné lieu à de nombreuses actions développées inégalement selon les Centres, d'ampleur et de nature différentes (en particulier pour les supports d'information et la recherche bibliographique). Une extension en présentiel de ces activités de formation (théoriquement destinées jusqu'à maintenant aux agents titulaires de l'INRA et non aux thésards) impose de redé6nir des sessions-types (de caractère modulaire) susceptibles d'être reproduites dans plusieurs Centres et dispensées de préférence aux thésards de 1 ère année.

La formation de formateurs peut être une garantie d'efficacité compte tenu de l'expertise et de la qualité de la formation proposée par certains agents de l'INRA dans ces différents domaines : mieux vaudrait peut-être reproduire ces compétences à l'intérieur de l'institution qu'aller chercher ailleurs des enseignants le plus souvent étrangers à la recherche biologique.

  1. La connaissance des usages de l'informatique, l'apprentissage ou le perfectionnement en traitement de texte, la recherche d'information par l'utilisation des réseaux, sont également cités comme thèmes possibles de formation : en fait, dans la plupart des cas, les thésards disposent de connaissances plus ou moins parcellaires Nous proposons en l'occurrence l'acquisition de compléments pour lesquels une auto-formation (assistée par une personne du laboratoire ou du Centre) peut suffire, ou l'organisation de sessions courtes (portant par exemple sur l'initiation aux réseaux informatiques et l'utilisation d'Internet).

c) En ce qui concerne la langue anglaise, nous considérons qu'elle doit être suffisamment connue à l'entrée en thèse pour ne pas constituer un obstacle ultérieur à la lecture d'articles ou à l'apprentissage de la rédaction d'articles (dans cette langue).

Nous proposons qu'un test, organisé dans le cadre de l'INRA, soit administré à chaque thésard dès que son admission dans un laboratoire a été prononcée : il devrait permettre d'évaluer les connaissances écrites et orales et l'aptitude à la rédaction en langue anglaise : un programme de perfectionnement devrait être proposé aussitôt au thésard afin qu'il le suive avant de commencer sa thèse ou, au pire, dans les premiers mois.

d) Les stages de caractère technique ont un statut particulier dans cette liste : en effet, selon le cas, ils font partie des formations de mise à niveau ou de celles qui favorisent l'insertion professionnelle (en fournissant des savoirs ou des savoir-faire supplémentaires).

Leur coût est parfois rédhibitoire et incite d'autant moins le Directeur d'Unité à y envoyer un thésard que celui-ci est " de passage " et que son savoir-faire sera perdu après son départ. L'extension de stages techniques organisés au sein de l'INRA parallèlement ou en complément Je stages CNRS ou INSERM, par exemple, permettrait un accès plus facile des thésards INRA et l'établissement éventuel de relations de " troc " entre EPST.

Annexe6. Préparation à la communication écrite et orale.

1. En matière de communication écrite, a plupart des chercheurs interviewés s'accordent à évoquer les difficultés qu'éprouvent les thésards à rédiger des articles et leur thèse, en soulignant parfois avec gravité que " les étudiants savent de moins en moins formuler clairement une idée, organiser des idées, argumenter ".

La rédaction écrite renvoie dans ces conditions à la finalité de la formation par la recherche et devient un des moyens indispensables de cette formation pour développer les capacités attendues. C'est ce qu'exprime un chercheur en ajoutant " la thèse est un exercice trop important pour laisser à d'autre le soin d'en apprendre la rédaction ".

Les thésards de leur côté évoquent des situations très diverses, les uns bénéficiant ou ayant bénéficié de conseils utiles de la part de leur maître de thèse ou de certains de ses collaborateurs, d'autres ayant été plus ou moins livrés à eux-mêmes, obligés de rédiger en étudiant seuls la structure d'articles de référence, attendant pendant plusieurs mois la correction d'un article ou d'une partie de la thèse, ou encore bénéficiant de conseils et de directives une fois la thèse rédigée.

2. En matière de communication orale (et de création de posters), la situation semble plus favorable. Les thésards ont en effet l'occasion d'exposer leurs travaux à différentes occasions : réunions avec les industriels dans le cas de bourses CIFRE ou cofinancées INRA-Industrie, réunions d'équipes et/ou de laboratoire, réunions comme les Journées INRA en herbe (32), Congrès, etc.

Il existe toutefois une grande diversité de situations et les occasions de s'exprimer en public offertes aux thésards diffèrent quant aux capacités requises (ou à acquérir) : ainsi l'exposé dans le cadre d'une équipe restreinte diffère-t'il d'une présentation de travaux devant les collègues du laboratoire, à fortiori devant l'assistance d'un Congrès. Notons à cette occasion que, selon plusieurs observations, les thésards, en dépit d'une participation souvent assidue aux réunions de laboratoire y prennent peu la parole : il s'agit d'un problème important auquel la formation à la prise de parole en réunion pourrait apporter un remède partiel.

Quant à la soutenance de la thèse, elle est en général préparée avec soin mais il s'agit d'un débat largement convenu qui permet peu d'apprentissages nouveaux (comme le serait en revanche un véritable débat contradictoire).

(32) Les " journées " sort organisées à Nantes dans le cadre du Centre INRA, en relation avec l'Ecole doctorale. Elles ont pour objectif de permettre aux thésards de présenter des posters ou des communications orales sur leurs travaux devant les chercheurs du Centre. Des universitaires et des industriels. En ce sens l'objectif essentiel est relatif à la préparation de la communication scientifique et nous ferons allusion dans l'annexe 6 en particulier une préparation et une évaluation formative de ces exposés permettent un perfectionnement des thésards dans ce type de communication.

3. Les formations complémentaires d'appui :

31. Les objectifs assignés aux formations complémentaires d'appui en matière d'écrit peuvent être ainsi formulés (si l'on se préoccupe également de l'insertion professionnelle) :

Compte tenu de l'importance qui sera accordée à la formation des chercheurs et du nombre important de thésards (300 entrent à l'INRA chaque année en moyenne), des sessions en présentiel pour tous semblent exclues. Nous proposons une auto-formation à partir de documents rédigés à l'intention des thésards et complétée par des sessions courtes d'une journée organisées progressivement dans différents Centres, animées par des chercheurs volontaires et consacrées à l'examen collectif de problèmes posés par les stagiaires - à raison d'une ou deux dans un trimestre -.

Les ASC et les autres thésards qui se destinent clairement à la recherche pourraient participer après la soutenance de la thèse aux sessions organisées pour les chercheurs et consacrées à la rédaction scientifique (en tenant compte des problèmes juridiques que posent les thésards non gérés par l'INRA lorsque s'achève leur bourse).

b) Les objectifs en matière de communication orale peuvent être ainsi formulés :

L'auto-formation ne peut en l'occurrence être efficace et pallier un manque de formateurs quand il s'agit de la communication orale qui nécessite la présence de participants ; des sessions en présentiel devraient être organisées dans les différentes Centre si l'on veut, sinon atteindre ces objectifs, du moins sensibiliser aux formes de la communication orale les thésards qui le demandent et ont obtenu l'accord de leur maître de stage.

Si la moitié des 300 thésards le souhaite, à raison de 15 par session, cela fait 10 sessions annuelles pour 22 Centres : c'est important sans être excessif si l'on considère que de telles sessions doivent au moins durer deux jours, soit un total de 30 jours pour cette activité et pour l'ensemble de l'INRA.

Ces sessions seraient ouvertes à des thésards de première ou de préférence, de deuxième année. On pourrait à cette occasion tester l'intérêt de développer des exercices de communication orale en " parlant " des problèmes que les thésards ont rencontré dans la communication écrite : y aurait-il confusion des objectifs ou renforcement des connaissances acquises à cette occasion par une meilleure appréciation des différences et des similitudes ?

La préparation à la vie professionnelle pourrait également servir de thème de discussion pour ces sessions.

(35) Les thésards ayant suivi des stages de formation à la rédaction scientifique (en français et en anglais) se sont trouvés en conflit avec leur maître de thèse. La formation des chercheurs dans ce domaine est essentielle pour l'INRA mais elle doit être également " antérieure " à celle du thésard (du point de vue théorique) si l'on veut citer ce type de conflit (qui peut avoir toutefois un effet positif en interpellant sur ce point le maître de thèse).

Annexe7. Préparation à l'insertion professionnelle.

71. Objectifs et modalités :

La préparation à l'insertion professionnelle vise l'acquisition des compétences nécessaires pour la recherche d'un emploi et l'intégration dans un futur métier.

La plupart des chercheurs interrogés à ce sujet conviennent de ce que cette préparation est le plus souvent inexistante : " On les aide dans la recherche de séjours post-doctoraux ; mais on ne fait rien du tout pour leur insertion professionnelle ; on les prépare tout juste à des entretiens quand ils cherchent du travail ".

Deux attitudes s'opposent toutefois sur les modalités : certains proposent que la préparation à l'insertion professionnelle se fasse de préférence après la soutenance de thèse ; d'autres préfèrent qu'elle se fasse progressivement :

Dans les deux cas, les objectifs sont les mêmes :

a) en ce qui concerne le recherche d'un emploi :

b) en ce qui concerne l'intégration dans un métier :

L'importance de ces objectifs et leur nombre ne sont pas selon nous un argument suffisant pour en différer la réalisation après la soutenance parce qu'une insertion professionnelle réussie nécessite un long processus de maturation parallèle à la réalisation de la thèse, accompagné d'actions de préparation à la communication et d'actions d'information sur l'entreprise. Comme l'écrit Anne Lise Berthier : " (Les formations de troisième cycle) (...) sont essentiellement orientées vers la recherche, secteur où les recrutements s'effectuent rarement dès l'année de la soutenance de la thèse. Des résultats qui ne peuvent qu'inciter à multiplier les sources d'information pour le choix d'un troisième cycle mais aussi à préparer dès le début de la thèse l'insertion dans la vie professionnelle. " (34)

A la " session-électrochoc " de 5 jours, "