Le rapport IGAEN insiste sur les problèmes spécifiques aux moniteurs des disciplines littéraires.
Dans son résumé, Céline Wiener, Chef du service de l'Inspection Générale de l'Administration, écrit à propos des problèmes rencontrés actuellement par les CIES :
``- le premier est celui de l'inclusion des disciplines littéraires, et, dans une moindre mesure, de certaines disciplines scientifiques, dans un cadre très largement conçu au départ pour des physiciens : ni la durée du monitorat, ni les diplômes requis pour être retenu ne correspondent aux besoins ou aux habitudes des littéraires.''
Le problème principal est celui de la durée de la thèse qui dépasse largement celle du financement prévu par l'allocation de recherche. Ce point sera développé dans le chapitre ``Propositions'' de ce rapport.
L'enseignement pose certains problèmes qui reviennent fréquemment dans les témoignages des moniteurs au cours des discussions lors des stages.
Certains de ces problèmes sont abordés dans le rapport IGAEN à propos du CIES de Jussieu :
``REMARQUE : il est apparu, au cours d'un entretien avec des moniteurs de mathématiques, que certains, chargés des T.D. d'un professeur, n'obtiennent pas de ce dernier les renseignements nécessaires à la bonne marche du T.D. (points étudiés par le professeur au jour du T.D., accord sur les symboles employés...);''
Certains moniteurs sont choqués de se voir même refuser les notes de cours par le professeur enseignant le cours dont ils sont chargés d'assurer les T.D. : il n'est pas rare que des moniteurs soient obligés de demander aux étudiants leurs propres notes de cours !
D'autres moniteurs ne peuvent même pas obtenir, à la lueur de leur expérience d'enseignement, toute modification d'énoncés de T.P. ou de T.D. qui ont pourtant été proposés sans changement d'année en année. Ceci est contraire à la fin de l'article 5 du décret 89-794 :
``Ils sont soumis aux diverses obligations qu'implique leur activité d'enseignement et participent notamment au contrôle des connaissances et aux examens relevant de leur enseignement.''
Nous rejoignons ici l'analyse du rapport IGAEN, à la suite du paragraphe cité ci-dessus :
``Ce point ne concerne pas directement le CIES ; il a paru néanmoins important de le noter, car il traduit une distance parfois trop grande de certains universitaires par rapport à leur mission pédagogique.''
Par ailleurs, les moniteurs, qui sont par leur âge et leur condition d'étudiant proches de leurs étudiants s'avèrent souvent plus disponibles que les enseignants-chercheurs titulaires. Ils sont ainsi confrontés directement aux problèmes de l'université de masse : en effet de nombreux moniteurs sont démobilisés par le fait qu'ils savent dès le début de leur enseignement que, quel que soit leur dévouement, parfois jusqu'à la moitié de leurs étudiants de premier cycle échoueront à l'examen.
Hélas, il semble que devoir accepter cette situation fasse partie intégrante de l'initiation à l'enseignement supérieur ! Force est donc de constater que la jouvence du système universitaire n'est pas une opération indolore : nous ne pouvons que nous réjouir de ces frémissements, qui, espérons nous, sont annonciateurs de véritables changements dans l'université...
A nos yeux, et comme le souligne le rapport IGAEN, dans sa conclusion, page 21, à propos des CIES,
``Les CIES constituent un "exotisme administratif" dont on pouvait craindre le pire. Au terme d'une enquête exhaustive, il apparaît qu'ils ont trouvé une vitesse de croisière plutôt harmonieuse, que leur fonctionnement est homogène, et surtout qu'ils ont ramené de nombreux candidats de valeur vers l'enseignement supérieur puisqu'une majorité des moniteurs envisage de poursuivre sa carrière dans l'enseignement.Après trois ans d'existence, c'est leur succès même qui risque de mettre en péril leur existence, car, s'il n'a jamais été question qu'ils permettent automatiquement à leurs moniteurs de trouver une place dans une université, tout a été fait pour qu'ils amènent à la porte du recrutement les meilleurs enseignants potentiels.''
Dans le résumé du même rapport, Céline Wiener, à propos des problèmes rencontrés actuellement par les CIES, écrit :
``- le second est celui du débouché des moniteurs au terme de trois ans de leur contrat. Bien qu'il ait été dit fermement, et à plusieurs reprises, que le monitorat ne pouvait constituer un pré-recrutement sans porter atteinte à la liberté de choix des universités, le passage par les CIES ne peut-être perçu autrement sans mettre à mal la logique implicite qui veut que si l'on paye et forme des étudiants de grande qualité et si on leur ouvre le monde de l'enseignement, c'est pour s'attacher ultérieurement leurs compétences.''
Le problème principal du monitorat réside bien dans le devenir des moniteurs : celui-ci n'échappe pas à l'évolution générale des débouchés des docteurs et ils subissent la baisse des créations de poste à l'université ; toujours dans le rapport IGAEN, page 20, on trouve :
``- l'augmentation même du nombre des "chapeaux" en trois ans, si l'on comprend bien qu'elle s'est faite en profitant pleinement de la bienveillance du ministère du Budget (qui tient le monitorat pour un élément de gestion prévisionnelle, ce qu'il n'a pas encore réussi à être) ne s'est pas vraiment accompagnée d'une réflexion sur les besoins réels.''
Actuellement, pour les moniteurs sortants désirant s'orienter vers une carrière d'enseignant-chercheur, il faut compter avec les seules créations d'emploi, qui, hélas, sont en chute libre depuis 1994 !