Les étudiants de troisième cycle ont été élèves dans le secondaire. S'il est vrai qu'ils sont, dans l'intervalle, passés par deux cycles universitaires (totalisant quatre ans d'études au minimum), il n'en reste pas moins que la condition initiale est importante. Elle conditionne en effet les deux premières années d'études supérieures de l'étudiant. Il est clair que les difficultés d'articulation entre les deux mondes (secondaire et supérieur) peuvent conduire les étudiants à l'échec : ainsi 85 % des bacheliers professionnels échouent dans les premiers cycles généraux, principalement parce qu'ils n'y sont pas préparés.
Selon nous, négliger l'articulation entre le secondaire et les premières
années d'enseignement supérieur est une erreur majeure. Au niveau des
étudiants, car elle conduit à des taux d'échecs colossaux ; et aussi au
niveau des personnels enseignants du supérieur qui se sentent découragés
et finissent par perdre goût à leur enseignement, avec les conséquences
désastreuses que l'on imagine. Ces difficultés sont ressenties par les
doctorants qui enseignent (les moniteurs), comme nous le rappelons en page
de ce rapport.
Si, comme nous l'avons expliqué, une partie de ces pathologies peut être imputée à l'enseignement universitaire, il n'en reste pas moins que certaines dérives récentes de l'enseignement secondaire jouent aussi un rôle important. Sous couvert de l'augmentation du pourcentage d'une classe d'âge amené au niveau du baccalauréat, un certain nombre de principes méthodologiques importants ont été laissés en chemin. De plus en plus, des doctorants enseignant en premier cycle signalent que, chez leurs élèves, l'application prime sur la réflexion. Ils signalent la tendance de plus en plus forte des étudiants à appliquer des méthodes types (ou ``recettes''), leur désarmement devant des situations nouvelles et le blocage systématique dès que la simple ``application du cours'' est dépassée. Deux messages reçus sur ``HOTDOCS'' illustrent bien ces pathologies :
``Les élèves sont habitués à des présentations colorées où ce qui est important est encadré en rouge, où l'on a évité de les faire redoubler, de les traumatiser avec de l'abstrait, où le fond (parfois très bien caché) devait prévaloir très nettement sur la forme, etc. Le grand révélateur, selon moi, est leur incapacité à résumer un cours, en extraire l'essentiel. Montrez leur les Bourbaki et hop, perdus !''
``Du prof de biolo au prof de physique et de maths, tous sont d'accord pour dire que les différentes réformes se sont traduites par un élagage de certaines notions. En fait, ce pseudo-nivellement du niveau est plus subtil : il y a une différence entre le lycée de 1980 et celui de 1990. Pour les mêmes notions apprises, on demande actuellement aux élèves de savoir refaire des exercices types, alors qu'on leur demandait avant d'avoir un certain recul par rapport à ce qu'il avaient appris pour élaborer eux-mêmes certaines solutions. La différence est minime ? Pour moi qui ai enseigné jusque l'année dernière en IUT, je peux vous dire qu'elle ne l'est pas : on se trouve face à des élèves intelligents mais qui sont perdus face à un problème inattendu.''
Ces phénomènes, relativement récents, nous semblent extrêmement inquiétants. Nous souhaitons que cette évolution ne se poursuive pas.