Le rapport Laurent (Fevrier 1995)
"Universites : relever les defis du nombre"
Apres une introduction ou les auteurs explicitent leur conception (assez
banale) de l'excellence, de son evaluation, de la diversite de
l'enseignement superieur, de l'autonomie des Universites, de leur
responsabilite et de leur legitimite vis a vis de la Cite, les auteurs (un
groupe de travail coordonne par Daniel Laurent) exposent quels sont a leur
avis les facteurs qui determinent l'evolution obligatoire de l'enseignement
superieur en France et dans tous les pays developpes.
Parmi ces facteurs, l'un d'eux est identifie clairement et immediatement :
l'accueil en masse d'un nouveau public.
"cet accueil exige une veritable revolution culturelle de la part de
l'institution, revolution rendue necessaire par la pression et la demande de
la societe. Si l'institution universitaire ne repond pas a cette demande,
d'autres institutions le feront".
Suit une apologie des technologies de l'information (visio-conferences,
cours delocalises...) et d'internet (bibliotheques virtuelles...) sans grand
interet.
Une analyse des facteurs propres a la France est ensuite proposee.
Differents points sont identifies :
- L'accroissement previsible du nombre d'etudiants mal prepares pour suivre
avec succes les 1ers cycles generaux (arrivee massive de bacheliers
technologiques).
"le premier cycle restera encore plus qu'aujourd'hui le
point faible du système universitaire. Il conduira a l'affaiblissement de
l'ensemble du systeme, y compris a la pauperisation de la recherche
universitaire. On aura le nombre mais certainement pas l'excellence".
- Une demande forte d'implication des collectivites locales pour
s'impliquer dans l'enseignement superieur, et en particulier dans les 1ers
cycles (risque de multiplication de petites unites sans masse critique).
chapitre II : De l'insertion des Etudiants
L'insertion des etudiants dans l'Universite
les reproches faits a l'Universite proviennent du decalage entre les
attentes de la Nation vis a vis d'une structure qui atteint l'excellence
dans de nombreux secteurs et les resultats effectifs en particulier en
premier cycle.
Le constat
L'Universite doit gerer a la fois le gonflement des effectifs et le manque
de rationalite de la repartition des flux entre les filieres, i.e. le probleme
de l' arrivee massive de bacheliers generaux et de bacheliers technologiques
tous mal ou non prepares au premier cycle.
Ceci est particulierement vrai
en ce qui concerne les bacheliers technologiques G en direction des 1ers
cycles de droit, Sciences eco et sciences sociales. même si le developpement
des STS et IUT a absorbe une grande part des nouveaux bacheliers, la
question de l'orientation des bacheliers reste posee.
Malgre les efforts consentis dans les premiers cycles universitaires lors
des reformes de 1984, la mise en place des DEUSTs la mise en place du
tutorat en 1992, la mise en place des enseignements en modules, etc,
l'augmentation du nombre d'etudiants masque et absorbe les progres effectues
et le taux de reussite stagne.
Les evolutions a dix ans
Le nombre de bacheliers technologiques et generalistes devrait rester
constant ; l'accroissement du nombre de bacheliers prevu a l'horizon 2003
devrait reposer essentiellement sur les bacs professionnels. Même si
l'insertion professionnelle des jeunes s'ameliore au cours des années qui
viennent, ce sont environ 20 a 30 000 bacheliers professionnels qui entreront
chaque annee a l'Universite, principalement en droit, Sciences eco et
sciences sociales. Le phenomene, ajoute aux bacheliers technologique va
agraver l'echec en 1er cycle et aneantir les efforts consentis en ce moment.
En outre, le developpement previsible des 2eme et 3eme cycle va aspirer les
enseignants chercheurs et fragilisera encore un peu plus le caractere
universitaire du 1er cycle.
Les solutions envisagees
- Imposer des quotas en STS et en IUT rationaliserait le systeme mais le
risque serait trop grand de destabiliser un systeme qui fonctionne
correctement. Les auteurs insistent pour que les capacites d'accueil en STS
et IUT soit pleinement utilisees.
- Mettre en oeuvre une veritable information et orientation des lyceens,
aujourd'hui quasi inexistante ; ceci pour permettre d'eviter au moins en
partie les phenomenes d'inscriptions massives dans des formations, sans
rapport avec les debouches potentiels.
- Il faut ouvrir le debat sur les quotas (numerus clausus) par specialites
a l'entree a l'Universite. Cependant, même avec de telles mesures, le
probleme crucial reste entier :
"offrir, aux etudiants titulaires de
baccalaureats qui ne les preparent pas a suivre avec succes des 1ers cycles
destines a preparer des etudes longues, des formations universitaires d'un
autre type".
Trop d'etudiants inscrits dans les premiers cycles
universitaires ne sont la que par defaut d'un autre choix possible.
Les propositions
Il faut a la fois une diversification des formations offertes et une
diversification, pour un etudiant , des parcours possibles au sein d'une formation de 1er cycle universitaire.
Trois axes de travail sont proposes :
- Amplifier la reforme/renovation des premiers cycles generaux (DEUGs) par
- la mise en place de rythmes universitaires desynchronises par rapport
aux rythmes scolaires. L'annee universitaire sur 3 x 14 semaines est suggeree
(1 module sur 14 semaines), ce qui permettrait les
redoublements immediats, une modulation de la vitesse d'obtention du DEUG
par les etudiants en fonction de leurs capacites propres ;
- la systematisation et l'amplification du tutorat ;
- l'utilisation des nouvelles technologies pour l'auto-formation et
l'auto-evaluation (bibliotheques virtuelles comprenant des exercices...)
- l'implication des universitaires dans les formations de premier cycle
(sic !). Il est propose "d'instaurer, pour les universitaires qui acceptent
de faire pendant une duree determinee (4ans) 2/3 de leur service statutaire
en premier cycle, une prime d'un montant equivalent a la prime d'encadrement
doctoral et qui pourrait d'ailleurs se cumuler avec cette derniere".
Comme dans le rapport Quenet, il est suggere de supprimer la prime
pedagogique, qui serait remplacee par celle preconisee plus haut.
- Informer et orienter les lyceens :
- il faudrait creer des emplois d'enseignants du second degre mixtes
Lycee-Universite. Les titulaires assureraient leur service pour partie en
Lycees (techniques ou generaux) et pour l'autre partie en 1er cycle (IUT
compris). Il serait judicieux que les academies disposant d'enseignants du
second degre en surnombre puisse les affecter, a titre transitoire et avec
l'accord de l'Universite, en 1er cycle ;
- l'etat devrait favoriser les synergies entre les differents types de
formation sur un même site (DEUG, IUT, STS,...) et il faudrait reflechir a la
mise en place des passerelles a travers une veritable strategie
d'orientation des etudiants ;
- il faudrait installer des antennes des CIO universitaires dans les Lycees.
- Diversifier les formations : Les Instituts Universitaires Regionaux (IUR)
Ils offriraient aux bacheliers professionnels et technologiques "des
formations diversifiées a finalite professionnelle, notamment dans le
secteur tertiaire". L'organisation au plan national des DEUSTs est jugee trop
contraignante pour etre efficace. Dans les IUR, la definition des formations
serait une initiative locale. Le caractere universitaire de ces formations
permettrait aux jeunes de beneficier d'un statut etudiant et d'un diplome
reconnu par l'Universite et par les professionnels (locaux, je suppose -
ceux qui participent a la mise en place de l'IUR) et permettrait a moyen et
long terme de favoriser la formation continue et en alternance (reprises
d'etudes facilitee ...)
Suit un Chapitre sur l'insertion professionnelle des etudiants, qui permet
aux auteurs d'aborder le probleme de la professionalisation des
formations... Pas mal de langue de bois (encore !) et un laius en faveur de
la formation continue et en alternance d'un clacissisme redoutable.
Suit le (fameux) chapitre sur le statut social des etudiants, puis celui sur
le budget des Universites, puis celui sur l'Universite citoyenne et sur
l'autonomie des Universites
Frederic JEAN fjean@univ-brest.fr