Rapport du CNE 1995

Le rapport du Comite National d'Evaluation
"Evolution des Universites, dynamique de l'evaluation"



Introduction

Le Comite National d'Evaluation (CNE) a ete cree en 1984. Le rapport "1985-1995 Evolution des Universites, dynamique de l'evaluation" (La Documentation Francaise, Paris, 135p) marque le terme d'une periode ou l'ensemble des etablissements d'enseignements superieur (Enseignement Superieur) ont ete evalues. Il decrit les evolutions qui ont ete imaginees et qui devraient se developper ulterieurement :

evaluations de l'ensemble d'une discipline, des structures et des moyens,
des politiques de recherche, notamment sur le devenir des diplomes.

Il aborde aussi deux questions : Sur ce dernier point, le Comite ne fournit pas de solutions mais il est en mesure de rappeler les grands principes qui pourraient aider a en formuler.

L'expertise du Comite s'appuie sur la competence et le jugement des "pairs" : 80% des experts du Comite sont des professeurs d'Universite, le reste comprend des etrangers pour la plupart universitaires, et des representants des entreprises publiques ou privees. Les experts sont designes librement par le President du Comite.

Composition du CNE 1993-95 :
MM. Mornex (president), Duranton et Vincent(vice-presidents)
MM. Andrieu, Cambus, Chaigneau, Dagonet, Didier, Flamant, Gilson, Legeais, Maurin, Mayeur, Menasseyren, Pinet, Richard.
Groupe de travail "Devenir des diplomes": MM. Gilson, Vincens, Pottier, Mme Ribier.


I- Le devenir des diplomes.

Nous assistons a une mutation considerable dans la transformation des debouches. La demande d'information se fait pressante. Y-a-t'il equilibre quantitatif et qualitatif entre la production de l'enseignement superieur et les besoins, en evolution tres rapide, de l'economie ?

La transformation des debouches

Les sorties de l'Enseignement Superieur au niveau licence et plus, representent 19.4% des sorties du systeme educatif en 1992, alors que le nombre de sortants a ce niveau est passe de 41 000 en 1981 a 106 000 en 1992.
Cette croissance rapide va se poursuivre, compte tenu de l'accroissemnt constant du nombre de bacheliers et des poursuites d'etudes longues.

La majorite des sortants des universites (pour les 3eme cycle, les 3/4 d'entre eux) sont embauches par le secteur prive.
Les previsions les plus optimistes sur le taux de croissance economique envisagent un recrutement annuel moyen a peine superieur au nombre des sortants. Dans ce contexte, la concurrence entre jeunes et actifs ne peut que s'accentuer : les politiques de recrutement des entreprises et de l'Etat peuvent induire des variations annuelles considerables dans les acces a l'emploi.
Des lors, il faut manier les indicateurs d'insertion avec la plus grande prudence : les taux de chomage ne peuvent etre assimiles a de simples indicateurs de performance pedagogique ou economique de l'Enseignement Superieur. Ils expriment d'abord les formes de l'usage fait par les employeurs des categories d'actifs (debutants ou experimentes).

La formation a l'emploi

Pour la decennie 90, le flux des sortants sera vraisemblablement tres superieur a celui des possibilites de recrutement des jeunes debutants.
Il existe une forte mobilite des diplomes : selon les regions, de 20 a 50% vont exercer leur premier emploi dans une region autre que celle de leurs etudes. Ce phenomene est a prendre en compte dans la definition des besoins locaux (implantation de nouveaux etablissements).

Ce double desequilibre rend delicat l'adaptation des flux de diplomes aux besoins de l'economie.
Personne ne croit qu'il serait possible de prevoir avec suffisament de certitude l'evolution de l'emploi a moyen terme et encore moins par profession. On ne peut articuler l'Enseignement Superieur et l'economie.
Cependant, une politique de regulation proche du marche du travail peut permettre d'ameliorer le fonctionnement de l'Enseignement Superieur. Elle repose sur 2 principes : Il n'y a donc pas contradiction entre la conviction qu'il n'est pas possible de prevoir a moyen terme les besoins de l'economie et le souci de connaitre le devenir des diplopes pour faire reagir dans les meilleures conditions possibles les etablissments.

[note personnelle : ca veut dire en clair qu'on ne peut pas faire de previsions, et que les flux seront controles a posteriori par comparaison avec une consigne mouvante ; bref c'est de la Regulation]

La preoccupation des debouches

Elle est presente dans toutes les Universites, mais de maniere inegale : le clivage essentiel est celui qui separe les filieres ouvertes de celles a numerus clausus.

Les premieres sont la tradition de l'Universite "apprendre a apprendre", a partir de referentiels purement scientifiques. La preoccupation des debouches y est faible.
Les secondes se sont tres fortement developpees ces dernieres annees ; les enseignants ont besoin d'etre a l'ecoute des milieux professionnels pour faire evoluer le contenu des formations et les adapter aux evolutions du marche.
Ces 2 forces coexistent dans la plupart des Universites, ce qui ne conduit pas a donner une large place a la preoccupation des debouches tout au moins au niveau de l'institution. Qui donc s'en preoccupe ? Il faut rajouter a cela 2 autres difficultes :

Un effort necessaire

L'engagement politique de l'institution universitaire est absolument necessaire, car : Il est couteux et difficile de reunir des informations utiles et de qualite sur le devenir des diplomes. Il faut absolument distinguer les niveaux d'informations :

Conclusions et recommendations

Il y a 2 types de besoins pour la connaissance du devenir : Pour maintenir et developper le reel acquis sur le devenir professionnel, il faut :

II- Les difficultes des premiers cycles universitaires

Historique des positions du CNE depuis 1987

L'Universite a la charge de former des etudiants et le taux de production des diplomes constitue un parametre permettant de jauger son efficacite. Depuis 1987, le probleme des taux d'echecs importants en Premier Cycle preoccupe le CNE.
Son importance ne peut pas etre mis totalement sur le compte de l'organisation des formations. En effet, malgre le developpement du secteur ferme (principalement le triplement de la capacite des STS), l'universite a vu entre 1983 et 92 le nombre d'etudiants multiplies par 2,5 en Premier Cycle.
Les previsions jusqu'en 2003 de la Direction de l'Evaluation et de la Prospective (DEP, "education et formations" novembre 94) envisagent un notable tassement des taux de croissance, tout en maintenant d'importants flux.

Rapport de 1987

Rapport de 1989

Rapport de 1990

Recommendations :

Rapport de 1993

recommendations :

Situation actuelle et evolution probable

Les resultats finals ne repondent pas totalement aux esperances et l'evolution des flux laisse persister une reelle inquietude

Les flux d'entree en Premier Cycle

La selection de chiffres provient du rapport de la DEP deja cite.

annee Pourcentage d'une
classe d'age en terminale
Pourcentage de bacheliers
1987 40% 33%
1992 63% 54%
2003 72% 58%

L'objectif des 80% (sans autre justification) de la loi de 1989 ne sera pas atteint. Cette evolution limitee se constate dans tous les pays europeens.

annee flux d'entree dans
l'Enseignement Superieur
dont Universite %
1983 208 000 96 000 46.15%
1992 443 000 249 000 56.20%
2003 485 000 277 000 57.11%

Les flux vont rester eleves.

disciplines ou filieres 1988-89 1990-91 1991-92 1992-93 1993-94
sciences 61 281 77 649 83 491 85 930 85 866
lettres, langues,
sci. humaines
11 8202 12 8811 137 315 144 939 163 741
IUT 37 041 41 724 43 767 47 708 52 773
droit, economie,
gestion
97 419 103 411 108 923 114 346 117 176
medecine 24 729 22 968 21 753 22 981 26 245
STAPS 5 274 3 220 3 475 3 862 4 080
pharmacie 12 403 9 954 9 207 8 792 8 992
TOTAL 356 709 387 737 407 931 428 558 458 873
les etudiants de Premier Cycle

L'evolution des effectifs en Premier Cycle fait apparaitre 3 familles : Augmentation du nombre de diplomes : 105 800 en 1992 contre 41 000 en 1980 sans alteration semble-t-il de leur niveau. Les 10 prochaines annees seront marquees par une evolution quantitative et aussi qualitative, car une donnee essentielle est la nature du bac : on a cree dans les annees 60 les bacs technologiques, et dans les annees 80 les bacs professionnels.
L'augmention des bacheliers entre 1992 et 2003 est en hypothese moyenne de 54 000 (3 000 generaux et 51 000 technologiques ou professionnels). Avec un taux actuel de 50% qui rentrent a l'Universite, 27 000 etudiants de plus qu'aujourd'hui proviendront majoritairement des bacs professionnels et technologiques. Et rien de permet de considerer que ceci aurait des chances d'ameliorer les resultats du Premier Cycle.

Les resultats en Premier Cycle

Ces resultats par etablissement et par discipline sont de plus en plus difficile a cerner en raison des inscriptions multiples, des abandons rapides, de la multiplication des redoublements (la duree necessaire pour l'obtention des diplomes reste tres mal connue) et de l'eclatement des DEUGs en UV.
Cependant de 1987 a 1990 le pourcentage des inscrits pouvant acceder au 2nd Cycle passe de 45.1 a 53%. En 1992, 55% des inscrits peuvent acceder au 2nd Cycle (dont 60.7% de bacs generaux et 23% de bacs technologiques). Par le jeu des reconversions, les resultats s'ameliorent un peu mais les analyses les plus optimistes fixent a 1/3 des entrants les etudiants qui quitteront apres 2 a 3 ans l'Universite avec seulement le bac.
Le nombre de diplomes delivres est un parametre facile a utiliser mais qui n'approche qu'imparfaitement la realite : celle-ci doit etre ramenee a la qualite de la formation recue.
L'analyse des taux de succes par cycle d'etude et par discipline dans chaque etablissement est rarement faite, meme lorsque la comparaison entre une antenne et une universite-mere pourrait conduire a certaines remises en cause.

Pour beaucoup d'etudiants, le DEUG n'est pas un passeport pour la vie active. Ce n'est qu'un enseignement preparatoire aux etudes longues.
Un nombre de plus en plus grand de titulaires du DEUG poursuit a l'Universite, probablement a cause de la pression economique (difficulte de trouver un travail correspondant aux ambitions) mais aussi de l'idee que l'accumulation des diplomes assure une plus grande chance d'insertion (ce qui est actuellement discute).

Les solutions preconisees n'ont repondu que partiellement aux attentes

La renovation des DEUG

Les lacunes des etudiants touchent (exemple du secteur economie a Paris) : Le tutorat apporte une aide a l'adaptation mais se heurte au glissement vers le TD classique et a l'evaporation des etudiants notamment a l'approche des partiels.

La ou la renovation du DEUG s'est mise en place de maniere la plus satifaisante, le taux de reussite a augmente de maniere significative et les abandons ont regresse. Mais notamment avec un tutorat d'accompagnement simple realise par des etudiants, les taux d'echecs en licence ont eux aussi augmente dans certaines disciplines.

Les efforts d'orientation pre-universitaire

A part la dissuasion contraignate existant dans quelques etablissements, ils n'ont pas eu un succes significatif. On a une "masse flottante" de 40 000 a 50 000 etudiants (10% de la masse des Premiers Cycles) n'ayant pas de motivations claires et qui s'orientent en fonction de facteurs agissant en sens contraire : la mode (attractif) et les recommendations fermes des etablissements (repulsif). Cette population peu motivee est certainement la moins apte a faire face a des filieres aux debouches incertains, voire a numerus clausus.
La terminale n'est pas l'annee la plus adaptee pour l'orientation, en raison de l'effet d'ecran du bac. Cette disposition psychologique a peu de chances de se modifier et ramene donc l'orientation a la premiere annee de l'Enseignement Superieur.

Les echecs a l'universite

Specificite de l'Enseignement Superieur universitaire

La vie de l'etudiant au sein de ce systeme est dominee par l'autonomie et la liberte avec la necessite de se prendre en charge et de realiser des choix.
Des competences acquises en particupier pendant le secondaire vont conditionner le succes :

Les causes de l'echec en Premier Cycle

Les consequences des echecs du Premier Cycle universitaire

Consequences pour les etudiants
Lorsque l'inscription a un but essentiellement conservatoire, et doit donner la possibilite d'attendre une annee avant l'inscription voulue, on peut considerer que le dommage n'est pas tres grand pour l'etudiant, tout en denoncant ce role des Premier Cycles.
Pour les etudiants inscrits par defaut (et pour leur famille qui ont mise sur leurs etudes), et qui n'ont pas la possibilite de rejoindre rapidement la filiere voulue, la situation est plus grave. Il semble qu'une proportion elevee d'entre eux, notamment les bacs technologiques, ne reussiront pas a obtenir le DEUG. Mais il est frappant de voir qu'aucun ne regrette cette annee "perdue". Cette periode intermediaire entre l'adolescence et la vie de l'adulte, assure une certaine forme de partage du travail. Elle renforce un certain lien social.
L'etude effectuee par l'Observatoire Universitaire Regional de l'Insertion Professionnel (OURIP-Rhone Alpes) montre que la moitie des jeunes en situation d'echec en Premier Cycle avaient 3 ans plus tard trouve un emploi, en majorite de niveau DEUG, probablement grace a l'acquisition de competences non certifiees par un diplome. Ils auraient ete mieux armes s'ils avaient fait d'autres etudes ou reussi celles qu'ils avaient entreprises. C'est la meme chose pour ceux qui ont choisi de s'inscrire a l'Universite de preference aux filieres fermees mais sans bien connaitre les conditions de la reussite, sans etre bien prepares (type de bac, niveau).
Consequences financieres
Il est courant d'insister sur le cout des echecs et des redoublments. Mais est-on en mesure de definir des normes et des indicateurs avec suffisamment de fiabilite pour calculer ce cout? Il faudrait tenir compte des couts marginaux et des effets de seuil qui font que l'on ne peut etablir de relation lineaire entre le nombre des etudiants et le montant des depenses.
N'y-a-t-il pas aussi une certaine complicite des etablissements qui tirent parti du nombre d'inscrits pour solliciter postes, locaux et financements ? Chacune de ces methodes correspond a une conception de la liberte de faire des etudes superieures. Quand on met l'accent sur le gaspillage du Premier Cycle, en sous-entendant qu'on pourrait ameliorer les cycles superieurs a depense constante pour la nation, on suppose qu'il est possible de limiter l'acces a l'Universite sans rien proposer d'autre. Cela parait etre une illusion dangereuse.

Quand on propose d'ameliorer les taux de succes en Premier Cycle, on suppose que la nation accepte de depenser davantage puisque l'on augmentrait les effectifs dans les cycles superieurs. On ne peut pas alors ne pas poser le probleme des debouches dont l'inadequation avec le nombre de diplomes va croissant. On pourrait dire que l'utilite d'un diplomé travaillant dans une fonction moins qualifiee est meilleure ; mais on ne peut ignorer la frustration alors ressentie : le diplome n'est plus un passeport universel, mais un laisser-passer pour un monde de plus en plus fonde sur une selection, et dont la severite est d'autant plus ressentie que tout a ete fait jusque la pour l'eviter.

Il faut donc souligner que toute politique doit prendre en compte l'ensemble du probleme des couts, et pas seulement ceux du Premier Cycle.

Consequences pour les Universites
L'accroissement rapide des entrants amplifie par les echecs, aboutit a un desequilibre quantitatif entre le Premier Cycle et les autres cycles. Lorsque le poids du Premier Cycle depasse la moitie de l'ensemble des activites pedagogiques le premier cycle absorbe une part trop lourde des charges d'enseignements. Rares sont les cas ou une repartition harmonieuse se fait pour toutes les categories d'enseignants entre les differents cycles ; trop frequents sont les cas ou les enseignements sont abandonnes aux PRAG, PRCE, vacataires... ce qui n'est pas sans aggraver les difficultes des etudiants.

Quelquefois, des enseignants se consacrent - cela est respectable - totalement aux Premiers Cycles, mais se voient detournes de leur responsabilite de recheche. C'est bien la la difficulte majeure. D'autre part, l'effet de masse finit par modifier la pedagogie, alourdisant la taille des TD, rendant impossible une correction equilibree ou - ce qui est plus grave encore - aboutit dans certaines disciplines a la suppression des oraux.
Il faut aussi insister sur sur la situation dramatique des centres de documentation qui doivent accueillr des etudiants a la recherche d'un simple lieu de travail et se detournent d'une richesse culturelle qui diminuent leur chances et genent les cycles superieurs.

Cet accroissement amplifie l'effet des translations qui conduisent les bacheliers a s'inscrire successivement dans telle filiere puis telle autre. L'ampleur de ces mouvements erratiques depasse souvent les limites des ajustements que l'Universite peut gerer. La liberte d'inscription implique ce risque, qui se manifeste dans les periodes de perturbations de l'emploi.
On est frappe de constater dans Paris intra-muros notamment une "evaporation" massive des individus apres leur inscription.

La reponse ne consiste pas a donner aux Universites, le plus rapidement possible, les postes d'enseignants pour faire face a ces brusques augmentations. Il n'est pas souhaitable que l'evolution a long terme des effectifs des enseignants-chercheurs d'une discipline soit gouvernee par les inscriptions aleatoires en Premier Cycle. Le programme Universite 2000 aura soulage partiellement les contraintes de l'accueil physique. Mais l'entretien du patrimoine immobilier va absorber dans les prochaines annees des credits massifs (en postes et en finances). Pour certaines Universites, le probleme est aussi foncier. La delocalisation se heurte a de multiples obstacles psychologiques.
Le CNE a exprime ses tres vives reserves vis-a-vis de la multiplication des antennes universitaires dont la tendance naturelle est de devenir des Universites de plein exercice sans pour autant disposer de la masse critique notamment en equipements. Un certain nombre d'antennes se limitant aux Premier Cycles ne presentent pas des conditions d'encadrements convenables, sont depourvus de bibliotheques ou de laboratoires, les enseignements sont tres secondarises.

On a donc affaire a un probleme de taille, de structure par cycle, de diversites des filieres, et de maitrise de la croissance. Il n'est pas question d'en conclure que la liberte de faire des etudes superieures, doit etre restreinte par principe, mais il faut en tirer un argument fort :
la capacite d'offrir l'acces au savoir pour tous ceux qui y sont prepares.

Les solutions proposees

La plus simple serait d'etablir pour chaque etudiant une evaluation du niveau, avec une procedure de pre-requis. Ceci devrait etre evident et peut etre defini sans ambiguite pour les activites physiques ou les langues. On ne peut cependant pas se cacher que cette evaluation de niveau serait vite interpretee comme une selection, avec tout ce que cela entraine de repulsion pour l'ensemble de la communaute.

Cela se heurte aussi a la loi de janvier 1984, qui limite le controle des flux a l'entree en maitrise. Sa revision assurant une orientation rationnelle sans exclusion devrait pouvoir echapper aux reactions passionnelles . Sinon, il faudra s'en tenir a des palliatifs, qui necessiteront aussi des retouches legislatives.

Creer un sas apres le bac

Sortir le premier cycle du controle universitaire

Ceci permettrait une consolidation des acquis et des procedures d'orientation plus judicieuces. En integrant un cycle professionnel qualifiant, on repondrait aux besoins, notamment de formation par alternance. En confiant ceci a des enseignants non chercheurs, on diminue le surcout financier que represente la formation par petits groupes, pedagogiquement plus efficace.

Le bac devrait alors etre remis en cause. Si on y pense souvent dans le domaine des sciences exactes, les sciences humaines et juridiques ou la formation de l'esprit se fait surtout pendant le Premier Cycle. Enfin, la CPU y est opposee.

Multiplier les ouvertures de cycles courts professionnels

C'est la politique menee depuis plusieurs annees, avec la multiplication des STS et l'augmentation des places en IUT. Cela doit permettre une meilleure orientation des bacheliers technologiques et professionnels. Comme l'acces pour une formation qualifiante apres une periode d'activite serait tres possible, ca ne favoriserait pas la discrimination.
C'est ainsi que les Instituts Universitaires Regionaux avaient etre proposes, mais l'on se demande ce que cela apporte par rapport aux IUT, et l'articulation avec une gestion regionale a souleve des critiques tres vives.

Conclusions et recommendations

Cette analyse de la complexite du probleme pourrait a tort laisser penser que chacun craignant d'aborder le probleme de la selection et le cout apparent etant moindre que celui d'autres solutions, les usagers se satisfont de la situation presente et qu'il suffirait d'ameliorer le Premier Cycle sans chercher a revoir le cadre legislatif pour des solutions meilleures. En fait, les Universites ne peuvent plus faire face a des fluctuations d'inscriptions massives, brutales et reversibles d'une annee sur l'autre, quels que soient leurs moyens.

Il faut rappeler que le niveau des etudes superieures est eleve et doit le rester, et que le bac n'en garantit pas le succes.

  1. La vocation de l'enseignement superieur est de repondre aux attentes et aux besoins de formation du plus grand nombre de ceux qui sont armes pour faire face a cette formation.

  2. L'enseignement univertaire est caracterise par la relation permanente entre la transmission du savoir et son renouvellement qui repose sur l'activite de recherche. Donc la dispersion geographique est incompatible.
    Il faut veiller au niveau des etudes. L'Universite ne devrait plus servir de refuge a tous ceux qui n'ont pas ete admis dans certaines filieres courtes du secteur ferme. Mais elle doit rester un recours pour ceux qui ont d'abord aborde une activite professionnelle et veulent reprendre une formation.
    Un reequilibrage coherent de l'ensemble du systeme de repartition des bacheliers entre les diverses composantes de l'enseignement post-secondaire est necessaire. Il ne pourra etre effectue sans conflits graves que si le veritable sens du principe de la liberte d'inscription est strictement respecte, lequel n'implique pas que chaque bachelier puisse s'inscrire n'importe ou et n'importe comment. Il consiste a garantir la liberte de choisir entre les filieres ou il a des chances serieuses de reussir compte tenu de ses acquis, ses gouts et ses motivations.

  3. L'orientation doit rester une cle serieuse et realiste, etre largement renforce dans le second degre, meme si ses suces sont relativement limites. Il faudrait mettre l'accent d'avantage sur les exigences d'une filiere pour l'etudiant, que sur l'interet de cette filiere et ses debouches.
    Il faut que la procedure d'evaluation reponsabilise l'etudiant et lui impose de faire une auto-analyse sur ses capacites et motivations pour se persuader qu'il n'a qu'une probabilite infime de reussir dans telle filiere, ce qui est previsible dans de nombreux cas.
    Des tests auto-corriges par les etudiants leur permettent de mesurer leurs capacites, les laissant libre de la decision finale. Ces tests de pre-orientation valent bien la "course a l'inscription", meme si le minitel a remplace les files d'attente.
    Aucune consequence concrete ne peut decouler d'une orientation si celle-ci est totalement depourvue de contrainte dont il faudrait laisser le choix aux etablissements.
    [note personnelle: ca ressemble pas a terme a une classification des facs, ca?]

  4. Tout systeme n'est acceptable que s'il comporte des passerelles et des possibilites de changement d'orientation. Il semble qu'il n'est pas opportun de trop limiter le passage des sortants des STS et IUT vers l'Universite, mais on peut preconiser aussi la meme chose du Premier Cycle vers les IUT.
    La formation continue doit devenir une regle et une des responsabilites de l'enseignement initial afin d'y preparer les futurs diplomes. Il faudrait insister sur l'imperieuse necessite de mettre a la disposition de tous tout au long de la vie professionnelle des voies de retour dans le systeme educatif en termes de formation continue diplomante.

  5. Les enseignants doivent assurer un grand investissement des le Premier Cycle.
    Les etablissements doivent egalement mettre en place une evaluation interne de l'enseignement par cursus, participative et decentralisee. Ainsi ils pourront ameliorer leurs methodes, a condition qu'ils sachent echapper aux tendances laxistes de certaines instances.
    [note personnelle: des noms! des noms! des noms!]

  6. Il faut donner du temps a toutes les structures pour que les procedures s'adaptent et que l'efficacite de l'ensemble s'ameliore. Il faut maitriser sa courbe de croissance.
    Il serait souhaitable de ne pas amplifier, par laxisme, la charge qui s'est recemment imposee au monde universitaire si nous voulons le preserver.




Bruno PAUL brpaul@ccr.jussieu.fr