Conséquences de leur suppression.
Texte collectif écrit par le groupe ACTION-HD
Le 6 septembre 1996, un fax en provenance de la DGRT
était adressé aux directeurs des CIES et annonçait << la mise en
place en 1996 du tutorat corrélativement à la mise en extinction du
monitorat à partir de 1997 >> par le biais d'une diminution du nombre
de monitorats d'environ 30 % dès l'an prochain. Cette mesure était
d'ailleurs démentie par un autre fax, envoyé le lendemain.
Toutefois, comme la question du maintien du monitorat est posée, il
nous semble utile de préciser notre position sur ce sujet.
Celle-ci s'appuie sur le rapport HOTDOCS et sur divers travaux ultérieurs sur Internet. Nous avons ainsi bénéficié d'apports de nombreux doctorants, moniteurs et universitaires impliqués dans les CIES. Dans la lignée du colloque de Mulhouse (juin 1995), les directeurs de CIES mènent une réflexion intéressante sur la formation des enseignants du supérieur que nous avons également utilisée.
Précisément, l'objectif de cette note est de montrer que la suppression du monitorat constituerait une erreur pour diverses raisons provenant des besoins spécifiques du monde universitaire, mais aussi de l'insertion extra-académique des docteurs.
Nous commencerons par faire un bref rappel du contexte historique. Puis nous présenterons les apports du monitorat et des CIES. Nous discuterons les conséquences de la suppression du monitorat, et pourquoi nous souhaitons son maintien. Nous avancerons également quelques propositions visant à profiter des atouts de ce système d'initiation à l'enseignement supérieur et de formation complémentaire.
Comme le montrent les prévisions de départs à la retraite dans
l'enseignement supérieur et dans les organismes de recherche, les
années 2003 à 2010 vont voir nombre de chercheurs des organismes et
d'universitaires partir en retraite. Le flux devrait se stabiliser à
environ 1300 départs par an
dans l'université et 400 pour le CNRS. En proportion,
c'est 29 % du corps universitaire
et
35 % des effectifs chercheurs CNRS qui partiront entre 2000 et 2010.
C'est en partie dans le but d'anticiper ce
bouleversement qu'a été mis en place le monitorat d'initiation à
l'enseignement supérieur, parallèlement à une refonte des
allocations de recherche en 1989-90. De nombreuses créations
d'emplois de maîtres de conférences ont accompagné cette
politique. En conséquence, nombre de jeunes diplômés se sont
lancés dans une formation doctorale
. Malheureusement, la
récession de 1992-93 a fortement freiné les embauches dans le
secteur extra-académique
, et on a observé
une lente mais nette diminution des recrutements dans le secteur
académique pendant la même période.
Comme chacun sait, la période 1995-2000 est marquée par une forte volonté de réduction des déficits publics et sera donc peu propice aux créations d'emplois dans le secteur académique. La situation est donc paradoxale : on se trouve en présence de nombreux docteurs bien formés, dont près de 3000 sont en séjour post-doctoral à l'étranger, et qui risquent une << traversée du désert >> de 5 à 8 ans avant la vague des départs de 2003 à 2010. Le danger est évidemment que nombre d'entre eux changent d'optique, quitte à accepter des emplois ne correspondant pas à leur niveau de compétences (déclassement), ou restent à l'étranger pendant plusieurs années (effet << post-postdoc >>). De plus, un fort découragement se fait jour chez les doctorants et les responsables de formations doctorales, qui pourrait aboutir en quelques années à une chute vertigineuse et incontrôlée des vocations.
Le << vivier >> de jeunes docteurs chèrement formés serait alors inutilisé. Et lorsque les départs en retraite arriveront, la relève pourrait bien ne plus être au rendez-vous. On réitérerait alors certaines erreurs des années 60, durant laquelle recrutement n'a pas toujours rimé avec qualité.
Dans ce contexte, deux motivations peuvent être avancées pour supprimer le monitorat : d'une part le monitorat aurait rempli sa mission puisqu'un << vivier >> de jeunes docteurs initiés à l'enseignement supérieur est constitué, d'autre part le monitorat coûte cher et l'argent ainsi libéré pourrait être utilisé pour permettre aux docteurs actuellement en attente d'un emploi de patienter sur des postes d'ATER prolongés, ou sur des bourses postdoctorales à inventer.
Avec ces hypothèses, la suppression du monitorat se fonde sur une stratégie d'attente et de prolongation des études pour les docteurs récents.
L'allocataire moniteur suit une formation doctorale articulée autour
de trois activités : premièrement un travail de recherche en
laboratoire, encadré par un directeur de thèse ; deuxièmement une
activité d'enseignement
; et enfin une
initiation pédagogique et administrative au métier
d'enseignant-chercheur au sein d'un CIES.
Il convient donc de prendre en compte l'apport des CIES à l'enseignement supérieur dans une évaluation du monitorat. Les principaux apports des CIES que nous avons pu dégager au cours de notre travail, tant dans le monde académique que dans le monde extra-académique, sont les suivants :
Le monitorat permet à ses bénéficiaires d'apprendre à gérer
leur double mission d'enseignement et de recherche. Dans l'optique
d'une diversification des fonctions des universitaires,
cet aspect nous semble capital
.
Ils constituent aussi en puissance des laboratoires pédagogiques et didactiques, où de nouveaux enseignements pourront être élaborés et les cursus traditionnels renouvelés.
Il leur importe que le doctorat ne se réduise pas à un travail de recherche sans aucune ouverture sur l'extérieur. En ce sens, la formation des moniteurs leur semblait aller dans le bon sens. Ainsi, les CIES, conçus au départ pour fournir une formation aux réalités de l'université, apparaissent potentiellement comme un moyen de valoriser le doctorat dans le monde extra-académique.
L'université traverse une période de mutations importantes et de renouvellement de son personnel enseignant. Plus que jamais il importe de disposer d'un circuit de formation efficace des enseignants du supérieur. Nous pensons que la seule réalisation d'un travail de recherche, comme une thèse, ne peut suffire à former un bon enseignant-chercheur. Un minimum d'expérience semble souhaitable voire nécessaire : le monitorat permet à de nombreux doctorants de s'initier à l'enseignement tout en étant encadrés. Enseigner ne s'improvise pas : un minimum d'expérience est nécessaire.
De plus, il est indispensable de dispenser aux enseignants du
supérieur une initiation au fonctionnement administratif des
universités et de diverses entités
administratives
: les
universitaires ont affaire à des situations, des publics et des
demandes variés, dans un environnement complexe. Les laboratoires de
recherche sont rattachés à un ou plusieurs organismes de recherche,
sont impliqués dans divers programmes de l'Union Européenne, passent
des contrats avec les industries, etc.
On ne peut souhaiter une plus grande ouverture de l'université sur la société sans donner à ses personnels la formation pour la mener à bien efficacement. Les CIES et le monitorat jouent ce rôle en formation initiale, et les supprimer serait donc contradictoire avec une volonté d'ouverture et de modernisation des universités.
Supprimer le monitorat aurait des conséquences sur l'insertion des docteurs dans le monde extra-académique à deux niveaux.
D'une part, cela aurait un effet néfaste sur l'image des formations doctorales dans le monde extra-académique.
En effet, même si le monitorat et les CIES ont avant tout une fonction universitaire, il vont dans le sens d'une conception du doctorat qui allie à la fois un travail de recherche (la thèse) et des formations complémentaires. Cette conception correspond plus aux attentes du monde extra-académique qu'une formation qui se limiterait à l'élaboration d'un mémoire de recherche. Des efforts sont encore à accomplir pour, d'une part, montrer aux recruteurs extra-académiques potentiels le chemin accompli dans cette direction, et d'autre part faire prendre conscience de l'importance des formations complémentaires aux directeurs de thèse. Supprimer le monitorat et les CIES serait donc un retour en arrière, à contresens des évolutions de la formation par la recherche ces dix dernières années.
D'autre part, si cette suppression s'inscrit dans une stratégie
d'attente pour le vivier formé actuellement, elle se heurte à une
contrainte de réalité bien connue
d'organismes comme l'Association Bernard Gregory (ABG) : l'insertion des
docteurs dans l'industrie est d'autant plus difficile qu'elle est
tardive ! Que deviendront les docteurs qui, après un postdoc de
deux ans, un ATER de deux ans, et une prolongation supplémentaire d'un
à deux ans, ne réussiraient pas les concours de recrutement
académiques ? Ils se présenteraient sur le marché du travail à
plus de 30 ans
, donnant l'image d'étudiants
attardés ayant voulu rester à tout prix dans le secteur public. Nos
nombreuses participations à des forums doctorants-industrie nous ont
montré qu'une telle stratégie est très mal perçue par les
industriels français. Il serait bien sûr souhaitable que cette
situation change, mais il s'agit là d'une évolution de mentalités,
donc d'un processus lent. Prolonger les cursus ne nous semble pas
susceptible de l'accélérer, au contraire.
En résumé, dans l'optique d'un doctorat plus professionnalisé et plus ouvert sur le monde extra-académique, il nous semble important de maintenir le système de formation complémentaire fourni par le monitorat et les CIES. Les propositions que nous présentons dans la section suivante vont d'ailleurs dans ce sens.
Les principales propositions que nous avançons sont soit extraites
du rapport HOTDOCS
, soit
inspirées des réflexions des directeurs de CIES
, soit issues de travaux ultérieurs sur les
listes HOTDOCS.
Les CIES apparaissent comme un lieu où, en plus de l'initiation au
fonctionnement administratif de l'université et de formations de type
pédagogique, sont dispensées des formations techniques ou
transversales dont l'intérêt dépasse l'enseignement supérieur.
Il s'agit par exemple de formations aux techniques de présentation
orale et écrite, ou encore de formations à l'utilisation d'outils
informatiques
.
Ces formations nous semblent utiles car elles permettent à des étudiants de s'initier à des techniques encore peu implantées dans leur laboratoire ou dans leur secteur disciplinaire. En ce sens, les CIES ont une vocation à dispenser des formations techniques complémentaires ou horizontales. De façon complémentaire, les écoles doctorales ont vocation à dispenser des formations complémentaires approfondies dans leur secteur disciplinaire : en clair dans une direction thématique verticale.
Dans le rapport HotDocs, nous avions souligné
la complémentarité de ces deux composantes. Les
CIES sont actuellement les lieux quasi-exclusifs où sont dispensées
des formations transversales ou interdisciplinaires. Celles-ci sont
pourtant importantes dans l'optique d'une formation doctorale de
qualité ouverte sur le monde extra-académique.
Nous avions donc proposé qu'en plus de leur mission d'initiation à
l'enseignement supérieur, les CIES aient pour rôle de dispenser plus
largement certaines formations techniques générales dont
l'intérêt n'est pas limité aux futurs enseignants du supérieur.
Tous les doctorants pourraient y avoir accès, sur la base du
volontariat
. Les
formations suivies entreraient dans la description de la formation
doctorale suivie, au même titre que la thèse
.
Mais cet élargissement des missions des CIES peut aussi se faire en direction d'autres catégories que les doctorants.
Dans cet esprit, les directeurs des CIES ont d'ailleurs proposé un élargissement des missions des CIES à d'autres personnels que les moniteurs :
Les directeurs des CIES ne semblent pas favorables à l'accueil des ATER et des vacataires qui n'ont pas bénéficié du monitorat. Notre position est un peu différente : il y a une forte demande de formations complémentaires parmi les non-moniteurs. Comme nous l'avons mentionné au paragraphe précédent, certaines des formations complémentaires dispensées par les CIES sont susceptibles d'intéresser tous les doctorants. Rappelons qu'il s'agit de celles dont l'intérêt dépasse le cadre de l'enseignement supérieur. Celles qui sont spécifiquement centrées sur l'enseignement supérieur pourraient être réservées aux moniteurs.
Concernant l'accueil des PRAGs, nous pensons qu'un passage par le CIES
devrait être obligatoire pour les PRAGs nouvellement recrutés. Nous
avons déjà souligné
qu'un des dangers de l'afflux massif de
PRAGs dans l'enseignement supérieur serait le manque de communication
entre d'une part les enseignants-chercheurs et d'autre part les PRAGs,
non formés à la recherche. La participation des PRAGs aux
formations des CIES nous semble un bon moyen pour permettre aux deux
populations de se connaître et d'apprendre à travailler au sein
d'équipes pédagogiques soudées.
Plus largement, nous pensons que les CIES ont vocation à devenir de véritables laboratoires de pédagogie de l'enseignement supérieur, c'est-à-dire des lieux de rencontre entre enseignants de l'université, de travail en groupe pour faire évoluer les enseignements.
Enfin, il convient de souligner combien la souplesse, la diversité et
le caractère décentralisé
des CIES est un atout. Elle
pourra être mise à profit pour expérimenter ces différentes
directions d'élargissement avec souplesse.
Le monitorat et les CIES sont un dispositif récent mis en place pour initier un certain nombre d'allocataires à l'enseignement supérieur. Ce dispositif a été introduit en prévision du renouvellement du corps universitaire à venir. Il constitue une innovation en introduisant la notion de << formation à l'enseignement supérieur >> et est donc un des instruments de la modernisation des universités.
Pour cette raison, et plus généralement pour les raisons invoquées dans notre
texte, nous pensons que ce dispositif doit
être maintenu. Des améliorations peuvent d'ailleurs y être
apportées
.
Par ailleurs, nous pensons qu'il serait intéressant d'élargir la mission des CIES dans deux directions complémentaires : d'une part dans une optique de formation des enseignants du supérieur (formation initiale des jeunes maîtres de conférences et des PRAGs nouvellement recrutés, formation continue de tous les personnels enseignants du supérieur, innovation pédagogique) et d'autre part dans l'optique d'une formation transversale des doctorants (techniques d'expression orale et écrite, utilisation des réseaux informatiques et des outils de recherche documentaire, perfectionnement en langues étrangères, etc.).
Loin de voir les CIES et le monitorat comme un dispositif éphémère, nous pensons que ces concepts sont amenés à être une composante durable de l'université de demain, tout comme les écoles doctorales.
Toutefois, nous n'occultons pas la question des recrutements pour la période 1995-2010. Elle constitue une de nos préoccupations essentielles mais nous pensons que d' autres mécanismes que des économies sur le monitorat et les CIES doivent être utilisés pour permettre une gestion prévisionnelle des recrutements qui aboutisse à une pyramide des âges plus harmonieuse.
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The command line arguments were:
latex2html -split 0 -contents_in_navigation Monitorat.tex.
The translation was initiated by Pascal DEGIOVANNI on Wed Oct 9 14:01:32 MET DST 1996