Le doctorat est pratiquement
le plus haut diplôme
délivré par l'université française, et la formation qu'il sanctionne
permet depuis longtemps d'accéder à l'enseignement supérieur ainsi
qu'à la recherche publique et/ou privée.
Cependant, la situation
des docteurs s'est profondément modifiée. Précarité et même chômage
augmentent régulièrement (voir la section 3.2 de ce rapport).
La période de précarité après la thèse est de l'ordre de dix-huit
mois, variable suivant le secteur d'activités. Le taux de sans-emplois
atteint 7,9 % pour la promotion 1993 de docteurs. Plusieurs raisons
peuvent être avancées pour expliquer ces modifications.
Tout d'abord, le nombre de thèses est en augmentation depuis une dizaine d'années, en prévision des besoins. Or les créations universitaires ont amorcé une décrue ces deux dernières années, dont l'effet est visible sur le concours 1995. Les données chiffrées sont données dans la section 3.3.4 de ce rapport. Ces trois dernières années ont vu également une diminution globale des postes offerts au concours dans la recherche publique (voir sections 3.3.1, 3.3.2 et 3.3.3 de ce rapport pour le CNRS, l'INSERM et l'INRIA). Pourtant, les besoins liés au nombre d'étudiants et à la nécessité d'innovations augmentent.
De plus, il semble qu'il y ait une non-reconnaissance du doctorat dans la recherche privée : les débouchés dans ce secteur semblent stagner autour de 1000 à 1100 emplois. Une des raisons invoquées pour l'augmentation du nombre de docteurs à la fin des années 80 était précisément la nécessité de fournir à l'industrie les docteurs nécessaires aux efforts de recherche et développement dans le secteur privé. Dans le même esprit, l'ANVAR a modifié sa définition du chercheur : c'est maintenant un ingénieur (baccalauréat + 5) (cette mesure date de mars 1994, voir Formation par la recherche 47 juin 1994), ce qui ne valorise pas le diplôme de doctorat auprès du secteur privé. De même, parmis les docteurs recrutés par les industries dans les services de R & D, la double compétence docteur/ingénieur est particulièrement appréciée. Le docteur/ingénieur est censé, pour les recruteurs, avoir une capacité d'adaptation supérieure au docteur pur. Malheureusement, nous ne pouvons donner une estimation quantitative et précise de ce phénomène car le pourcentage de docteurs/ingénieurs parmis les docteurs recrutés dans le secteur est encore inconnu.
Une des autres incunnues du secteur privé est l'activité des docteurs dans les entreprises. Quelle est leur fonction lorqu'ils ne travaillent pas dans un service de R & D ?
La situation est contrastée selon les disciplines. Les difficultés les plus
perceptibles aujourd'hui s'observent en sciences de la vie, en chimie et en
physique. À l'inverse, en sciences juridiques, économiques et de gestion,
le marché réclame des docteurs plus nombreux. Le lecteur peut se
référer aux conclusions de notre étude du devenir des docteurs, page
de ce rapport.
Il n'en demeure pas moins que les perspectives à court terme sont assez
inquiétantes. Nous renvoyons le lecteur à l'étude prospective du chapitre
3, section 3.5. En tenant compte des données
concernant les docteurs des promotions 1990 à 1993, nous avons tenté de
modéliser la dynamique du marché de l'emploi des docteurs pour les années
1995 à 1997. Les conclusions
de cette étude sont données en section 3.5.4, page
de ce rapport. En schématisant à l'extrême :
Il y a actuellement surproduction de docteurs par rapport aux débouchés réels, c'est-à-dire emplois permanents du secteur académique et administratif, emplois du secteur privé et retours au pays des étrangers. Ces débouchés réels se montent à environ 6500 à 7000 docteurs par an soit 3000 dans le secteur académique, 1100 dans le secteur privé, 1000 dans l'enseignement secondaire et les administrations, et environ 1400 retours au pays. Depuis 1992, plus de 8000 doctorats sont délivrés chaque année.
Il s'en suit un phénomène de file d'attente, en partie masqué par l'envoi
de nombreux docteurs dans des ``anneaux de stockage'' comme les postes d'ATER
et les stages post-doctoraux. L'explosion de ces voies de sortie comme
débouchés étant récente (1991-92 environ), l'effet retour ne s'est pas
encore fait sentir. Mais il faut s'attendre à ce que dans les trois ans à
venir, s'ajoutent aux nouveaux docteurs, ceux qui, ayant obtenu leur doctorat
deux ou trois ans auparavant, reviendront sur le marché de l'emploi. La crise
prendra alors son plein développement. Quelques simulations sont données
page
.
Dans les paragraphes qui suivent, nous résumons les principaux débouchés offerts au docteurs et les problèmes que posent les modes de recrutement pour ces différents emplois.