Ce chapitre a fait le point sur le rôle de la formation doctorale dans le système recherche - enseignement - industrie. Nous avons également souligné un certain nombre de principes auxquels nous sommes attachés, car ils conditionnent de manière importante le bon fonctionnement de ce système.
Le doctorat apparaît finalement comme un diplôme bien particulier. Il
sanctionne à la fois une formation par la recherche et les compétences qui
l'accompagnent, mais c'est également une véritable expérience
professionnelle. Expérience de chercheur bien sûr, mais aussi,
suivant les individus, expérience d'enseignant ou expérience au sein d'une
industrie. Ces deux dimensions ne sont pas toujours intégrées par les
différents acteurs de la formation doctorale (enseignants, chercheurs,
responsables de laboratoire). Pourtant, cette dualité nous semble
fondamentale. C'est la composante professionnelle du travail accompli, la
production de savoir issu d'une thèse, la participation active à la vie de
l'unité où travaille le doctorant qui, selon nous, légitime le principe
proposé en page
, à savoir que toute thèse soit
financée par une allocation de recherche publique ou privée, ou par un
emploi compatible avec le travail de thèse
.
Le professionalisme du doctorat, les compétences de haut niveau qu'il
nécessite devraient lui permettre de jouer, dans la société qui s'annonce
un rôle analogue à celui du diplôme d'ingénieur dans la société
industrielle du XIX
et du XX
siècle. Le doctorat donne bien
évidemment accès au secteur académique, mais devrait fournir des
personnels hautement qualifiés pour les secteurs de recherche et
développement des entreprises privées, en particulier à vocation
technologique. Afin de favoriser le développement de centres de recherche et
développement dignes de ce nom dans le secteur privé, une clarification du
financement de la recherche en relation avec l'industrie est nécessaire. Nous
estimons que les déséquilibres à ce niveau ont une tendance naturelle à
s'auto-amplifier et qu'il est nécessaire que l'état définisse clairement
son rôle.
Nous avons émis l'idée qu'il devenait nécessaire de redonner à l'université des missions claires et précises. Nous pensons que la formation doctorale est particulièrement bien adaptée à la formation de personnels hautement qualifiés dont le pays aura besoin. Cette formation peut se développer en appui sur les universités et les grandes écoles. C'est un des rôles de l'état que de favoriser ces évolutions.
Enfin, nous ne saurions clore ce chapitre sans souligner l'importance de l'état dans le système de recherche et d'enseignement.
Ce rôle fondamental se manifeste en premier lieu au niveau du cadre offert
à la recherche et à l'enseignement supérieur. Le système dual
organismes/universités a permis le développement d'une recherche de
qualité. La procédure d'évaluation nationale au sein des organismes est
une des meilleures qui soit. Le statut stable des personnels de recherche et
d'enseignement supérieur est un facteur important dans la ``prise de risque''
des chercheurs, dans le lancement de projets ambitieux. Même si la mobilité
n'est pas aussi élevée qu'elle le pourrait, la stabilité des statuts
l'encourage
. Dans un
tel cadre, la mobilité thématique s'effectue de manière raisonnée et
non en fonction de la dernière mode scientifique.
Enfin, l'état est seul à même de financer la recherche fondamentale, qui joue le rôle de locomotive et de mine de compétences pour la recherche plus finalisée.
Enfin, la recherche et l'enseignement supérieur demandent une grande
régularité dans les moyens qui leur sont accordés. Toute fluctuation,
tant au niveau budgétaire qu'au niveau des recrutements, se paye par le
ralentissement des projets concernés, par une lente mais sûre
démotivation des personnels impliqués, par une dégradation des services
de formation proposés. Même si c'est un v
ux pieux, nous aspirons à
une politique régulière et volontaire en matière de recherche et
d'enseignement supérieur. En particulier, il est inadmissible que les
finances d'un organisme comme le CNRS soient mises en difficulté par des
non-recouvrements des autorisations de programme par des crédits de paiement.
Rappelons enfin que l'ouverture de l'université à un grand nombre
d'étudiants et la nécessité de proposer des filières multiples et de
bonne qualité impliquent des investissements sérieux.
D'une part, il importe qu'une politique de recrutement prévisionnelle soit mise en place afin d'assurer un recrutement étalé et de qualité des personnels nécessaires. Pour l'université, les estimations portent sur 3000 à 4000 enseignants-chercheurs par an sur dix ans ; pour les organismes, il convient de maintenir un afflux de jeunes chercheurs suffisant, environ 3 à 4 % par an. D'autre part, il faut que ces personnels disposent des moyens nécessaires à leur activité, sous peine de les voir se démobiliser. Ceci passe par un financement adéquat des organismes de recherches qui sont impliqués dans les universités via leurs unités de recherche mixtes, également par un financement convenable des établissements eux-mêmes, par la remise en état du parc immobilier, la modernisation des bibliothèques, des crédits pédagogiques suffisants etc
Les chapitres suivants de ce rapport sont plus spécifiquement consacrés aux différents aspects de la formation doctorale : bilan qualitatif et quantitatif, puis propositions concrètes afin d'améliorer cette formation.