La France possède une tradition universitaire depuis le Moyen-Âge, mais
assez étrangement, les universités n'ont commencé à évoluer qu'à
partir de la Révolution. Puis, inertie ou conservatisme aidant, elles n'ont
pas pour autant été placées au centre du dispositif stratégique de
formation supérieur. En effet, les missions de recherche et de formation des
cadres techniques et dirigeants que nécessitait la révolution industrielle,
puis le passage à un état républicain moderne, ont entraîné la
création du système des grandes écoles que nous connaissons
actuellement. Ainsi l'École Normale Supérieure, l'École Polytechnique et
le CNAM sont-ils nés de la Révolution. Le mouvement continue pendant le
XIX
siècle, puis pendant le 20-ème : ENA, ENSI, INSA... D'autres
excroissances apparaissent tels, par exemple, le CNRS, crée pour la recherche
(étant donné que les universités n'en faisaient pas ou peu), le CEA pour
assurer la maîtrise de la technologie nucléaire, puis, aux débuts de
l'informatique, l'INRIA... Finalement, à chaque fois que le besoin s'en
faisait sentir, une grossesse extra-universitaire donnait naissance à
l'institution ad-hoc.
Cet état de fait, et le succès des grandes écoles auprès des
industries, ont finalement fait que les industriels
s'intéressent peu (ou
pas) au produit des troisièmes cycles universitaires. Les grandes écoles
fournissent l'essentiel des cadres demandés à ce niveau d'études. Pire,
certains industriels ont développé une relation de consommateur vis-à-vis du système de formation supérieure, attendant de lui des produits finis
qu'il n'aura pas à former. L'état n'a d'ailleurs pas dérogé à la
règle, compte tenu du recrutement de ses hauts fonctionnaires au travers d'un
petit nombre de filières extra-universitaires. Cela n'est pas sans poser de
sérieux problèmes.
Ce malentendu et cette sclérose du système de formation des ``élites'' posera dans l'avenir de plus en plus de problèmes.
Il importe donc à notre avis de redonner à l'université la mission de formation des ``élites'' de l'industrie et de l'administration, à savoir des ingénieurs, des chercheurs pour les services de recherche et développement industriels, et des cadres de haut niveau. Cette mission devra bien entendu s'appuyer sur ce qui existe déjà, à savoir les grandes écoles et le potentiel des organismes de recherche. Mais le besoin de diversification des personnalités, et la nécessité d'une formation à la pointe des technologies, font que l'université a un rôle important à jouer. Nous constatons que le rapprochement entre les organismes de recherche et les universités par le biais d'unités de recherche mixtes fait de ces dernières un lieu important de la formation par la recherche, en particulier dans les domaines fondamentaux.
Selon nous, la formation doctorale est le levier privilégié de cette mission.