Philippe Mustar, chercheur au Centre de Sociologie de l'Innovation de l'Ecole des Mines de Paris, vient de remettre à jour un annuaire, dont la première édition datait de 1989. Plus de deux cents entreprises créées par des chercheurs sont présentées dans cet ouvrage, dont il livre les principales analyses. Depuis le début des années quatre-vingt, plusieurs centaines de chercheurs ont crée leur entreprise (en biotechnologie, intelligence artificielle, biomédical, robotique...). Ce phénomène fait aujourd'hui intégralement partie du paysage français de l'innovation.
Basé sur une enquête menée entre 1988 et 1994, cet ouvrage décrit ces entreprises, mais aussi leur trajectoire. Les réponses apportées sont plutôt enthousiastes quant à la création des PMI technologiques et la capacité des chercheurs à devenir entrepreneurs. Ainsi, tous les ans, près de quarante entreprises sont créées en France par des chercheurs, soit plus du tiers des créations annuelles d'entreprises technologiques. Les entreprises créées par des chercheurs sont trois fois plus créatrices d'emplois : quatre ans après leur création, elles comptent en moyenne douze salariés. L'ANVAR (Agence Nationale de Valorisation de la Recherche) et les conseils régionaux sont présents dans un cas sur deux. De plus, ces entreprises à vocation technologique sont souvent issues de la recherche publique, plus d'un tiers sont issues des organismes (INRIA, CEA, CNES, CNET, CNRS...), et aussi des universités. Sur cent entreprises (issues de la recherche publique) créées entre 1984 et 1987, soixante-douze existent toujours, alors que dans l'industrie et les services, une sur deux disparait en cinq ans. Sur les vingt-huit restantes, douze ont fusionné avec d'autres, ce qui ne peut être considéré comme un échec. De plus, ces entreprises sont trois fois plus créatrices d'emplois avec douze salariés en moyenne dans les cinq ans contre 3,8 dans l'industrie et les services. Les emplois crées sont des emplois à forte valeur ajoutée.
Une entreprise sur deux réalise une partie de son chiffre d'affaires à l'exportation. La science est internationale et les produits de la haute technologie touchent également des marchés internationaux.
Ces entreprises ne doivent pas couper le cordon ombilical avec la recherche : il n'y a pas d'antinomie entre science et marché. Les entreprises qui ont connu les plus forts développements sont celles qui ont multiplié leurs relations avec différents laboratoires de recherche en France, mais aussi à l'étranger.
Faut-il arrêter la course aux aides, ne compter que sur le revenu de ses ventes ? Les pouvoirs publics (régionaux, nationaux ou européens) jouent un rôle irremplaçable dans l'émergence et le développement de ces entreprises. Sans eux, la plupart d'entre elles n'existerait pas aujourd'hui.
La réussite et le développement des entreprises technologiques réclame la construction de réseaux, de coopérations et de partenariats. C'est-à-dire la construction de liens durables avec des laboratoires de recherche académique, avec des premiers clients, avec d'autres entreprises, avec les pouvoirs publics, avec des sociétés de financement de l'innovation... L'innovation est un processus collectif, fait de rencontres et d'allers et retours entre ces différents acteurs.