Les trois cas que nous avons considérés sont fondés sur une croissance
annuelle de 3 % du
nombre de thésards, ce qui est une hypothèse relativement
optimiste.
Dans tous
les cas envisagés, y compris le plus favorable (conjonction d'un fort
recrutement
dans le secteur privé et d'un fort recrutement académique), le flux
résiduel dépasse
les 1500 docteurs par an. À ce niveau, il convient de préciser que parmis tous les
docteurs dans le ``flux résiduel'', un certain nombre, principalement dans la
DS 6, sont en fait déjà inserrés (voir page
).
Une amélioration possible de nos simulations consisterait à exclure la DS 6. Toutefois, les conclusions auxquelles
nous arrivons ont peu de chances
d'être modifiées : une crise grave de l'emploi
des docteurs devrait se développer à partir de 1996.
Si la croissance du nombre de docteurs devait se poursuivre à un rythme plus soutenu, les résultats obtenus empireraient. Dans toutes nos simulations, l'effet des docteurs en fin d'ATER ou de retour de stages post-doctoraux compte dès 1995 pour près de 25 % dans les arrivées sur le marché du travail. Dans les années précédentes (1992 à 1994), cette proportion apparaît nettement inférieure. L'effet ``postdoc'' auquel le rapport COALLOC 95 fait allusion est donc une réalité qui pèse lourd sur le marché de l'emploi des docteurs !
Nous estimons qu'un flux résiduel de cet ordre de grandeur -supérieur à
1500/an- signale
un problème de débouchés des docteurs sur le marché du
travail
.
Il y a actuellement une surproduction de docteurs. Le débouché réel prévisible pour les prochaines années se situe aux alentours de 6500 à 7000 par an. Une répartition probable est : 3000 dans le secteur académique, 1100 dans le secteur privé, 1000 dans l'enseignement secondaire et les administrations, et environ 1400 retours au pays.
Plusieurs solutions peuvent être envisagées pour permettre de ramener le système à une situation proche de l'équilibre. Par exemple :
La première proposition pose quelques problèmes de cursus pour les étudiants. Ils n'ont souvent pas l'occasion de passer le concours de l'agrégation, contrairement aux élèves des écoles normales supérieures, choisissant un cursus de type DEA+agrégation+thèse. Enfin, rappelons que pour absorber un excédent d'environ 1000 docteurs, la proportion de docteurs parmi les agrégés doit dépasser 35 %. C'est pour le moins une modification radicale de la composition des promotions d'agrégés !
L'envoi d'une proportion toujours croissante de docteurs dans des circuits post-doctoraux ne nous semble pas judicieux pour les raisons suivantes :
Enfin, il est possible que l'on assiste à un effet d'aspiration des docteurs qui sont partis en séjour post-doctoral dans certains pays comme les États-Unis : sachant qu'ils auront de grandes difficultés à leur retour, certains seront sans doute tentés de rester sur le lieu de leur séjour post-doctoral. Ainsi, les postes d'``assistant professor'' américains permettent une prolongation naturelle de cinq ans du séjour post-doctoral. Il ne fait aucun doute, et c'est déjà le cas, que les docteurs français qui ont donné satisfaction se verront offrir de tels emplois. Souvent fixés affectivement sur leur lieu de séjour post-doctoral, conscients des difficultés du retour, de la situation de l'emploi scientifique en France, certains accepteront ces offres. Puis, plus agés, ils reviendront éventuellement en France mais avec l'espoir d'obtenir un poste de ``rang A'' (professeur ou directeur de recherche). Dans l'intervalle, de 7 à 12 ans se seront écoulés. À l'heure actuelle, nul ne sait si un tel retard de retour des postdocs (effet ``post-postdoc'') se produira et quelle ampleur il prendra.
Un tel effet ``post-postdoc'' n'est pas sans présenter des risques importants.
D'une part, on peut se demander si un tel comportement serait plus issu d'une
aspiration profonde ou d'une douloureuse nécessité.
D'autre part, du point de vue de l'État, l'opération est un vaste gaspillage. En
effet, le séjour post-doctoral a pour but d'apporter un complément de
formation, une nouvelle expérience au jeune docteur avant (ou plus rarement après) son
intégration dans le secteur académique ou industriel français.
L'État investit dans la formation doctorale
, avec l'espoir d'en retirer les dividendes soit par
le renouvellement de ses organismes de recherche et de ses industries, soit
via le tissu industriel français.
On objectera à ce raisonnement que les échanges
post-doctoraux se font dans les deux sens : nous envoyons de jeunes chercheurs
à l'étranger et nous recevons de jeunes chercheurs étranger en
séjour post-doctoral. Mais si l'effet ``post-postdoc'' se développait,
il n'est pas du tout clair que le solde net de compétences serait en
faveur de la France. Un jeu totalement ouvert donne évidemment un
avantage décisif aux puissances économiques dominantes.
Il est donc clair pour nous que l'augmentation excessive du taux de séjour post-doctoral ne serait pas une bonne chose pour la recherche et l'enseignement supérieur. En fait nous pensons qu'il sera nécessaire de jouer sur les quatre autres leviers simultanément pour résoudre la crise actuelle :
À moins d'une chute du nombre de doctorats débutés en 1993, 1994 et 1995, il semble difficile d'éviter un retour de plus de 1700 docteurs par an des circuits d'attente postdoc et ATER pendant et au delà de la période 1995-97. Il convient donc de fixer dès maintenant une politique claire en matière de formation doctorale jusqu'en l'an 2000 afin de gérer au mieux cette crise de l'emploi scientifique.
Des propositions concernant la valorisation de la thèse
sont avancées dans ce rapport. En ce qui concerne l'augmentation du nombre
de postes, nous
sommes conscients des difficultés potentielles que cela soulève, en
particulier au niveau
budgétaire (voir sections 3.3.1 et 3.3.4 ainsi que
les prévisions
de départs en retraite 3.4). La marge de man
uvre
apparaît bien
faible. Ne pas recruter suffisamment serait néfaste à l'ensemble du
système de la formation supérieure et de la recherche, mais recruter sans
donner aux enseignants et chercheurs les moyens de travailler
n'est pas forcément préférable. Au delà des questions numériques,
la régularité de la politique de recrutement sera plus que jamais
nécessaire
pour les années à venir. Elle est rendue nécessaire vu la
situation de
l'emploi scientifique (la marge de man
uvre est désormais très
réduite),
mais aussi afin d'assurer le bon fonctionnement des laboratoires et des
unités
d'enseignement.