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Témoignages Recrutement
Pascal DEGIOVANNI-03/08/2000 né le 07/01/1966, chercheur CNRS depuis 1989 Recrutement pour un poste de :Chargé de Recherche au CNRS. Chercheur. J'ai également une mission de formation, que ce soit au travers de cours, d'encadrement de stagiaires de divers niveaux et de formation doctorales (un doctorant encadré depuis 1997). Concrètement, j'ai dispensé des enseignements en Maîtrise de phyisque de 1991 à 1993, puis de 1997 à 1999, puis en DEA depuis 1999. J'ai encadré plusieurs stagiaires de niveau variant de la licence au DEA. Un point à souligner : à aucun moment avant ou après mon recrutement, on ne m'a explicitement décrit le "cahier des charges" de l'emploi que j'allais occuper. A chacun de le trouver ! Depuis, le CNRS a fait un effort dans cette direction en organisant des journées d'acceuil des nouveaux chercheurs recrutés. Caractéristiques de l'entreprise : Organisme de recherche fondamentale. C'est le plus gros organisme de recherche en Europe : 25 000 employés dont 11 000 chercheurs. Budget de 15,5 milliards de Francs annuels. Les chercheurs sont dispatchés dans plus de 1 300 unités de recherche. Je travaille dans un laboratoire associé au CNRS et situé dans les locaux de l'Ecole Normale Supérieure de Lyon. Nous sommes donc au contact d'etudiants de second cycles et de doctorants, ce qui fait que cet endroit est bien placé pour une activité de formation. Type de contrat : Fonctionnaire. Dans des temps anciens (avant 1982), les chercheurs du CNRS n'étaient pas fonctionnaires mais avaient des CDI. Mais cela n'était deja largement plus le cas quand j'ai été embauché. Salaire d'embauche au premier echelon CR2 en 1989 : 8 500 FF nets mensuels. Salaire actuel en 2000 (CR1) : 16 000 FF nets mensuels. Discipline : Physique et plus précisement physique théorique Candidature de type : Le recrutement au CNRS se fait par concours. A l'epoque, ce n'était vraiment pas dans la culture du milieu de publier des profils. Aussi baroque que cela puisse paraître, les gens de votre laboratoire vous disaient de vous presenter et puis voila... Vous étiez appuyé par un laboratoire pour être recruté dans celui-ci. Personne n'allait chercher plus loin. Depuis 10 ans, les choses ont considérablement évoluées : les candidats ne mettent plus leurs oeufs dans un seul panier et prospectent par eux-mêmes les différentes possibilités. Personnellement, je trouve que c'est une excellente chose. Bref descriptif du parcours les années precédentes : Je ne pense pas que cela soit à proprement parler déterminant. En ce qui me concerne, j'ai effectué mes études de second cycle à Paris, en étant élève de l'Ecole Normale Supérieure. J'ai un magistère de Physique comprenant un DEA de physique théorique. J'ai préparé une thèse au sein du laboratoire de Physique Théorique de l'ENS à Paris sur les théories des champs en basse dimension. Mon travail entre 1987 et 1989 a porté sur un sujet "chaud", où il y avait une très forte activité internationale. A priori, je pense que l'élément déterminant a été le souhait de stabiliser rapidement les jeunes chercheurs qui se lançaient sur ce type de sujet. Plusieurs de ma génération ont ainsi été recrutés dans les années 90 sur des sujets voisins. DESCRIPTIF DE L'ENTRETIEN : | En gros, le concours se déroule en deux étapes : d'abord un dépot de dossier vers janvier. Celui-ci comporte les éléments de base comme un CV, un descriptif d'activité et enfin un programme de recherche. J'ai ensuite passé une "audition" de 15 minutes où j'ai présenté mon activité. Dans les 5 dernières minutes j'ai développé mon projet futur et mentionné les choses que j'avais commencées à faire peu de temps avant. J'ai eu quelques questions mais plutôt sur ce que je projetais de faire plus que sur le detail de ce que j'ai presenté. D'après les échos que j'ai eu par des candidats récents, la forme même de l'entretien a peu changé. | CONCLUSIONS PERSONNELLES SUR LE CURSUS, L'ENTRETIEN... : | J'ai été recruté exceptionnellement jeune (23 ans !), ce qui à l'époque était déjà une fluctuation statistiquement rare. Depuis, les choses ont changé : le recrutement s'effectue plus tardivement, après la thèse et très très souvent après un premier séjour postdoctoral à l'étranger. Le nombre de candidats a considérablement augmenté : on est passé de 25 candidats pour 5 postes en 1989, à 80-100 candidats pour 5-6 postes maintenant. L'éventail des sujets s'est considérablement élargi mais c'est spécifique à mon domaine. Un autre phénomène est la multiplcation des lieux de formation doctorale qui fait qu'il y a plus de candidat de bon niveau qu'il y a 10 ans. Comme je l'ai dit, à l'epoque, au moins dans mon domaine, le CNRS recrutait plus jeune et je pense que le fait de travailler dans certains sujets "chauds" était déjà un avantage sérieux. Le choix était probablement plus simple. Le contexte concurrentiel plus fort qui s'est installé depuis rend le recrutement plus difficile. L'ambiance des commisssions chargées du recrutement au CNRS est à mon avis nettement plus conflictuelle qu'il y a dix ans. Mais pour le candidat, ce n'est pas si pertinent que cela : il faut juste se protéger en prospectant toutes les opportunités intéressantes, aussi bien dans le public que dans le privé ! Avec le recul, je pense que le plus important dans une carrière académique n'est pas tant le recrutement (qui peut être difficile) que ce que l'on fait ensuite. La difficulté réside dans le fait que l'on a peu de retour sur son activité. Aujourd'hui le chercheur ou l'enseignant-chercheur doit mener de front plusieurs activités sans réellement bénéficier d'un support "ressources humaines" comme il peut en exister dans les grands groupes privés. Typiquement, un chercheur entre 30 et 35 ans doit assurer les activités suivantes : Recherche scientifique : a priori, c'est ce que tout docteur a appris à faire. J'entend par là le coeur du métier qui consiste à explorer un certain nombre de problèmes ouverts pour mettre à jour de nouveaux phénomènes, les classer, ou les expliquer. Cela implique une activité de communication : il faut "vendre" les résultats obtenus. L'investissement en argent (frais de mission) et en temps que cela représente est devenu tout aussi indispensable que les fournitures pour les expériences! Activité d'enseignement : là aussi, beaucoup de docteurs ont eu l'occasion de participer à des cours, travaux dirigés, etc. Au CNRS, la participation à cette activité se fait sur la base du volontariat. Pour moi c'est un bon moyen d'approfondir ses connaissances sur un domaine ou de découvrir un nouveau domaine. Coordination de projets : encadrement de stagiaires, de doctorants, ce qui est aussi une activité de formation. Cette composante de l'activité monte en puissance quelques années après le recrutement. Là-dedans, il faut aussi mettre la recherche de financements. On est passé en quelques années d'un fonctionnement basé sur des dotations de base récurrentes à un fonctionnement basé majoritairement sur des financements par projets. Il faut donc déposer des dossiers auprès des divers organismes publics ou privés susceptible de financer sa recherche. Ce changement s'est operé même en Physique Théorique, discipline pourtant très éloignée des applications. D'après mon expérience, la pression est toutefois moins forte que dans d'autres disciplines au sens où nous cherchons le financement pour un programme que nous avons défini alors que nombre de chercheurs ajustent leur programme de recherche en fonction des opportunités de financement. Bref, je pense que l'activité d'un jeune chercheur au CNRS en Physique est plus proche d'une activite de "cadre" au sein d'une PME/PMI (l'équipe ou le laboratoire auxquels on appartient) que celle d'un cadre dans un grand groupe. Le CNRS, malgré sa taille, est somme toute assez peu présent auprès de ses employés. Les écosystèmes pertinents au quotidien sont : - l'équipe et le laboratoire d'acceuil
- l'université (quand on est dans une unité associée)
- la communauté scientifique correspondant à son sujet de recherche
Cet "éloignement" entre le CNRS et ses employés est un des problèmes non resolu de l'organisme. Tous ces éléments sont à prendre en compte si vous voulez faire carrière dans cet organisme. Tout dépend de ce qui vous intéresse. Dans mon cas, mais je ne prétend pas à l'universalité, je bénéficie d'un cadre convenable pour développer mon activité du fait de l'endroit où je travaille et de mon appartenance à un organisme national (ce qui m'a permis de faire une mobilité Paris -> Lyon très facilement en 1992). Last but not least, les conditions de travail dans les organismes de recherche évoluent très vite. Il faut donc se tenir au courant ! |
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page: Thursday, December 19, 2002
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