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29/11/2002 |
Consultant Réseaux Docteur en Informatique | |||
| Date de soutenance de thèse : 1996 | Durée d'activité en entreprise : depuis 1998 |
- Soutenance de thèse en 1996
- 2 ans ATER
- Après de nombreuses tentatives aux concours de maître de conférences et chercheur, et avoir approché plusieurs fois et de près le but, j'ai fini par être obligé de partir
- 1998 : société de service, ingénieur système
- 2000 : startup, ingénieur réseaux
- 2001 : SSII, consultant réseaux
Pourquoi avoir choisi de faire une thèse ?
Par goût profond et immodéré de la connaissance (ça existe encore) uniquement. Je voulais simplement faire de cet état d'esprit mon métier. Et participer à la contribution générale.Pourquoi avoir choisi de travailler en entreprise ?
Je ne l'ai pas choisi. Je me suis adapté. Je ne pense pas que «choix» soit un mot adapté.Quels sont les plus gros apports de votre expérience de doctorant ?
D'un point de vue professionnel, aucun. Je me heurte même à des personnes qui ont des complexes d'infériorité parfois : c'est très dur à supporter quand ce sont des supérieurs car ils font tout ce qu'il faut pour se soulager. Bref de la casse psychologique.D'un point de vue humain : les «puissants» ne sont bien souvent que d'habiles politiciens... Les «obscurs» peuvent être parfois géniaux. Bref je suis devenu un brin cynique quant à la pureté affichée du corps des chercheurs quant à la science et à son éthique.
Ne me parlez pas de grève «au nom de la science» j'y vois «mon pré carré».
En quoi votre sujet de recherche vous aide-t-il dans votre travail au quotidien ?
Aucunement.En quoi votre expérience de chercheur vous aide-t-elle dans votre travail au quotidien ?
En rien. Cela serait même plutôt rédhibitoire. L'habitude prise de vérifier ses sources, de référencer son travail, de ne rien prendre pour argent comptant, de comprendre ce que l'on fait est perçue comme une perte de temps.Pire, souvent il vaut mieux affirmer avec une bonne dose de culot des choses que l'on ne connait pas, au risque de se planter, plutôt que de perdre son temps à le faire rigoureusement. Ca s'appelle naviguer en eaux troubles. Si on se plante, on sort la carte «diplomatie» au client.
Quels enseignements tire-t-on d'un projet de recherche ?
Il faudrait définir la phrase plus précisément. Je répond donc sur la base des définitions suivantes :
- Un projet, c'est quelque chose qui est construit et prévu de prime abord pour amener en un temps donné un objectif donné à sa réalisation.
- La recherche, c'est de deux choses l'une :
- la recherche d'une solution technique adaptée à la réalisation des objectifs du projet,
- la recherche de nouveaux concepts, de nouvelles connaissances, de la compréhension d'un domaine.
Une activité de type a est une activité d'ingénierie et ne devrait pas donner lieu à la délivrance d'un diplome de doctorat. C'est cette activité que je pratique actuellement et pour laquelle on me considère actuellement comme surdiplomé (ou pire comme inadéquatement diplomé bien que je travaille dans le domaine de l'informatique)
Une activité de type b est tout simplement un oxymoron. Au bout de trois ans de thèse, on s'arrête, on regarde le travail fourni et on essaie de bâtir une synthèse potable qui constituera le document de thèse ; si on a fait avancer la connaissance même d'un epsilon, c'est déjà bien. Je n'appelle pas ça un «projet».
La question eut sans aucun doute été mieux posée avec l'emploi de la locution «activité de recherche».
Dans ce cas je répond : le plaisir est la source d'un bon travail. Quand au reste, je dirai que la politique et les petits intérêts de pouvoir peuvent détruire ce plaisir, vous laisser avec un goût aigre dans la bouche et détruire toute possibilité de faire un bon travail dans l'avenir.
Que vous apporte la connaissance du monde de la recherche ?
Rien professionellement.Humainement : le type qui va chercher à me bluffer avec un discours volontairement abscons ne m'impressionne pas.
Bref l'argument d'autorité ne joue plus : si machin est Docteur ou autre, quand il dit une bêtise, il dit une bêtise. Point.
Avez-vous été engagé au sein du milieu associatif doctorant ? Si oui, quel a été l'apport de cette engagement ?
Oui. Membre fondateur d'une asso de doctorant. Humble participant au rapport Hotdocs.L'apport de l'engagement ? Aucun, c'était gratuit et cela le reste. Ce que j'ai fait je l'ai fait car je pouvais et voulais le faire au moment où on devait le faire. J'ai fait peu mais je l'ai fait.
Pour vous, un doctorant est-il un étudiant ?
Assurément. Etudier et comprendre pour pouvoir produire.Par ailleurs son travail contribue (peut-être) au rayonnement de son labo. En ce sens c'est une participation à l'activité du labo et donc un vrai travail.
Disons qu'une thèse est un «long» contrat d'apprentissage en laboratoire de recherche.
Quant à prétendre que le doctorant est un «superman» qui fait de la gestion de projet, améliore les connaissances, prend des responsabilités, fait de l'industriel et va monter sa startup pour voler au firmament, c'est tout simplement de la gonflette ridicule.
Tout le monde ne peut pas être Ernest Antoine Einstein.Comment avez-vous trouvé du travail ?
Personne ne m'a pris par la main ou coopté, d'où une «attaque» de type «force brute» :
- innondation de CV
- appels téléphoniques
- participation à des salons
- nombreux entretiens
Ca permet de trouver rapidement un boulot, mais pas forcément un boulot adéquat. J'étais assez pressé à l'époque de laver mon échec aux concours. La morale de l'histoire est qu'il faut peut-être prendre un peu plus de temps, si on peut le faire. Et puis la situation aujourd'hui n'est plus la même. Je ne suis pas sur que cela marche encore...
Comment avez-vous réussi à déterminer ce que vous souhaitiez faire comme travail ?
Je ne le sais même pas encore... Vaste question qui pose le problème de la contingence dans une vie. Je doute qu'il y ait des choix réels : juste des occasions saisies qui correspondent à sa personnalité et à sa capacité à rebondir.Selon vous, quels sont les critères à prendre en compte pour accepter une proposition d'emploi ?
- L'ambiance dans la boîte qui vous embauche,
- la santé de la boîte,
- le salaire.
1. est très important : il faut absolument éviter les individus toxiques.
Avez vous réussi à valoriser votre thèse ?
Non. J'ai même abandonné toute tentative en ce sens. J'essaie de ratrapper le retard par mon boulot. Ca gaspille moins d'énergie.Quelle est la perception de votre environnement professionnel (chef, collègues, etc.) par rapport à votre diplôme ?
On regarde surtout ce qu'on sait faire en un minimum de temps. La thèse est plutôt vue comme une curiosité ou un hobby d'une époque passée (au mieux).Quel travail faites-vous ?
Consultant réseaux.Tu prends un problème posé par ton client. Tu l'examines et tu ponds une ou des étude(s) censée(s) renseigner les solutions possibles pour qu'une décision puisse être prise.
Pour la spécialité, tu engages ta compétence sur le fait que tu ne dis pas trop de conneries dans le domaine des «réseaux».
Pas beaucoup de points commun avec la recherche. L'essentiel n'est pas de faire valoir une idée neuve, mais de proposer un pannel de solutions acceptables en regard du problème posé. Ce qui est très frustrant car tu navigues souvent au bord de problèmes ouverts. Tu as une envie très forte de t'y plonger (c'est quand même bien cette envie qui pousse à faire une thèse au départ) mais tu ne dois surtout pas !
Qui plus est, la plupart du temps tu n'es pas censé «décider» de la solution mais en pratique tu la suggères. De fait on attend d'un consultant une présence discrète et efficace. Quand vient le moment de récolter les lauriers, on doit s'effacer et prendre juste la contrepartie financière de la prestation. Ce qui, vu l'habitude prise en thèse de défendre «son nom» sur «ses idées» est un exercice de style... disons difficile... au début (je doute encore d'y réussir parfaitement).
Quel sont les points positifs / négatifs par rapport au monde de la recherche publique ?
Problème sémantique : de quoi par rapport à quoi ?On va dire que c'est l'entreprise par rapport à la recherche publique.
Difficile de répondre : il faudrait une base de critères communs. Je doute qu'il y en ait de significatifs. On va essayer un ensemble suffisamment vaste :
Entreprise Recherche publique Possibilité de travail désintéressé - + Technicité - + Possibilité d'améliorer ses connaissances - + Satisfaction intellectuelle - + Stabilité - + Responsabilité + - Maturité des individus + - Absence d'hypocrisie de l'environnement + - Réalité des projets menés + - Diversité des choix = = Paye = = (et oui) Quelles ont été vos plus grosses surprises par rapport à ce que vous imaginiez sur le monde de l'entreprise ?
Tu es fixé tout de suite pour savoir si on veux ou non de toi dans la boîte, ça ne prend pas des mois ni ne nécessite de faire des ronds de jambes.Le salaire : pas si haut que voudraient le faire croire les «pauvres» maîtres de conférences. Pour la plupart de ceux que j'ai vu, à diplôme et âge égal, tous avantages pris en compte, ils touchent plus. Et en plus ils ne connaitront jamais le chômage.
Qu'est-ce qu'un «plan de carrière», quelle importance y accordez-vous ?
Ce genre de question est bonne en périodes de vache grasses. Quel est le sens de «faire un plan» quand l'économie mondiale virevolte du «tout va bien on va par là» au «tout va mal on arrête tout» en l'espace de 6 mois, tous les 5 ans ?En conclusion, la thèse, ce fut une bonne expérience, non ?
Encore un problème sémantique. De quelle expérience parle-t'on ?Je dirais donc oui et non. Mais d'un point de vue professionnel, assurément, ce fut une perte de temps.