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01/10/2001 |
Internet/Intranet Communication Manager Docteur en Biochimie et Physiologie Végétale | |||
| Date de soutenance de thèse : 15/09/1998 | Durée d'activité en entreprise : depuis novembre 2001 (11 mois) |
Parcours universitaire classique jusqu'en maîtrise, puis 1 an de Recherche dans un labo (Diplôme de Recherche de l'INP de Toulouse), avant d'entrer en DEA, puis thèse, et 2 ans de postdoc en France.
Pourquoi avoir choisi de faire une thèse ?
Par goût d'apprendre, de comprendre et d'expliquer. Et pour toujours être « up to date » dans les domaines qui m'intéressaient.Pourquoi avoir choisi de travailler en entreprise ?
Pour plusieurs raisons : tout d'abord, il était trop hasardeux d'essayer de rentrer dans le public. En plus à partir du moment où j'ai voulu faire autre chose que de la recherche de paillasse, le nombre de structures publiques ou semi-publiques qui le permettaient sont très très réduites. L'entreprise où je suis actuellement m'a aussi proposé au bon moment un poste « sur mesure » me permettant de continuer à rester dans un environnement scientifique.Quels sont les plus gros apports de votre expérience de doctorant ?
Autonomie, apprentissage de la gestion de projet. Savoir faire plusieurs choses dans une journée est indispensable pour le mode de fonctionnement du privé. En une journée type, on peut être amené à travailler sur une 10aine de projets différents, et avoir un nombre d'interlocuteurs équivalent. La capacité de « zapper » d'un sujet à l'autre que l'on peut acquérir durant la thèse est fondamentale en ce sens.En quoi votre sujet de recherche vous aide-t-il dans votre travail au quotidien ?
En rien du tout pour ce qui est du sujet lui-même ! Par contre ma thèse en physiologie me donne le background nécessaire pour comprendre et aborder bon nombre de disciplines. La physiologie, est par nature pluridisciplinaire et à l'interface de beaucoup de disciplines (maths, informatique, physique, écologie, biologie, chimie, etc.).En quoi votre expérience de chercheur vous aide-t-elle dans votre travail au quotidien ?
La RIGUEUR est indispensable tout comme en recherche. Le travail « en urgence » est parfois le lot quotidien du fait que le nombre d'intervenants sur un projet est beaucoup plus important que dans le secteur public. Savoir travailler vite et bien est fondamental, on est en flux tendu la plupart du temps. Pour moi cela ressemble beaucoup à un travail de paillasse ou rigueur et temps de manip sont fondamentaux (cf. l'enzymologie qui m'a occupé une bonne partie de ma thèse). Finalement, ayant fait une thèse en science, je dirai que la « démarche scientifique » et la rigueur que cela nécessite sont 2 éléments très utiles et transposables dans n'importe quelle activité. C'est un état d'esprit que l'on peut ensuite appliquer avec bénéfices sur des activités « non scientifiques ». Par contre, je ne sais pas si cela est aussi vrai pour les thèses en sciences humaines ou autres domaines non scientifiques.Quels enseignements tire-t-on d'un projet de recherche ?
Qu'il faut des bases très solides, sans quoi l'échec arrivera très vite à l'échelle de quelques semaines ou quelques mois. La préparation du projet est primordiale, dans son déroulement, comme en recherche, cela s'applique sur les projets « extra-recherche ». Le planning est aussi une clé du succès. Avoir tout planifié et organisé afin d'être prêt le jour J de sa soutenance, revient au même que de rendre ficelé et validé le rapport RGT-0157 avant mercredi prochain 15h30...Que vous apporte la connaissance du monde de la recherche ?
Sachant que je travaille en interface avec la recherche et les chercheurs, c'est indispensable pour savoir de quoi on parle et comment cela fonctionne. Un peu comme un carrossier qui doit connaître les spécificités d'un moteur pour ajuster la carlingue autour et que l'ensemble soit cohérent...Avez-vous été engagé au sein du milieu associatif doctorant ? Si oui, quel a été l'apport de cette engagement ?
Oui... suivez mon regard. Je suis à la Guilde Des Doctorants depuis fin 1995 ;-))
L’un des apports a été le travail coopératif virtuel. Virtuel au sens utilisation du reseau Internet. Mais surtout, le fait d'être dans une association en menant une thèse (que j'ai soutenu en moins de 3 ans), suppose déjà une bonne gestion de son temps pour pouvoir lever le nez de la paillasse. Et le travail bénévole est aussi un état d'esprit qui même s'il ne se transpose pas directement dans le monde du travail, fait que les anciens actifs du milieu associatif doctorants sont pour beaucoup classés dans la catégorie « homo sapiens hyperactivus ». Dans le privé, même en respectant les accords des 35 heures, la journée d'un cadre hyper-actif ne ressemblera pas à celle d'un cadre « normal » ;-)) Prendre l'habitude de varier ses activités autour de la thèse est une très bonne chose, qui sera profitable par la suite. Cela rejoint la question suivante : il faut être dans sa thèse comme dans un travail « normal », pas comme une vie étudiante pépère et insouciante.Pour vous, un doctorant est-il un étudiant ?
Non, c'est un chercheur à part entière. Un chercheur avec des contraintes particulières en plus, qui enrichissent encore cette période et la rendent encore plus différente d'une vie d'étudiant... La « maturité » n'est pas du tout la même. A l'issue du DEA, on peut commencer à se sentir pousser des ailes, avoir le cerveau qui bouillonne et avoir un certain recul sur la recherche et pour les scientifiques sur la science en général. Donc pour tous ces points, non, un doctorant n'est sûrement pas un étudiant.Comment avez-vous trouvé du travail ?
Par le réseau de connaissance commun avec mon employeur actuel. Ca m'a introduit dans le circuit des « recrutés potentiels », puis j'ai suivi comme tout le monde un long cycle d'entretiens. Je précise que c'est le déclic des Doctoriales, qui m'a fait prendre conscience de l'importance du « réseau humain ». Sans cette prise de conscience, je n'aurai jamais eu un carnet d'adresses assez touffu pour pourvoir être mis en relation avec mon employeur actuel, c'est une évidence. Un carnet d'adresses, qui est bien cultivé et bien entretenu c'est un passeport inégalé pour trouver un job, mais aussi pour « rebondir » par la suite...Comment avez-vous réussi à déterminer ce que vous souhaitiez faire comme travail ?
Par élimination (démarche scientifique apprise en thèse!). Même si demain je pourrais retourner sans problème à la paillasse en tant que biologiste, cela n'était pas la voie la plus probable étant donné mon parcours, mes goûts du moment et la tendance du marché du recrutement. C'est la conjonction des trois qui a abouti à ce travail. Il y avait une niche à occuper, sur les 3 années précédentes mon recrutement, j'ai aligné mon parcours pour atteindre cet objectif, ceci depuis ma seconde année de thèse. Comme je l'ai déjà signalé, j'ai eu la chance de suivre les Doctoriales au début de ma seconde année de thèse. Cela a été un véritable électrochoc qui m'a fait prendre la direction que je continue encore actuellement en étant dans le privé. Non pas que tous les « Doctoraliens » aboutissent dans le privé, mais c'est une prise de conscience qui ne serait pas facilement venu en suivant le cursus « classique » du thésard qui fait une thèse « académique ».Selon vous, quels sont les critères à prendre en compte pour accepter une proposition d'emploi ?
Par ordre d'importance :
- le salaire : Avec une thèse, il faut taper dans le haut du panier, au même niveau voir au-dessus que les « Grandes Ecoles ». Je le place en premier, car même si on accepte un boulot passionnant qui s'avère mal payé ou sous-payé, cela va générer de la frustration qui tôt ou tard se répercutera sur le moral !
- le contexte : être super bien payé, mais travailler avec des cons, c'est pas non plus l'idéal !
- les perspectives d'évolution interne : être super bien payé, travailler avec des gens géniaux, mais se dire que dans 5-10 ans on fera strictement le même boulot, ça peut être un point à prendre en compte, selon les gens, je précise.
- la cohérence avec son propre parcours et ses aspirations dans 5, 10, 15, 20 ans : en se regardant dans la glace, il faut toujours se reconnaître, être en accord avec ce que l'on est. Une rupture n'est jamais profitable, surtout si elle se traduit par un engagement sur une voie à sens unique, sans U-Turn, etc.
Avez vous réussi à valoriser votre thèse ?
Si valoriser signifie trouver un travail du fait d'avoir fait une thèse, la réponse est « oui ». Et je suis convaincu que la valorisation est loin d'être terminée. Avec le recul, je pense que préparer et passer une thèse, c'est comme labourer un champ et semer X plantes différentes. Le résultat ne sera pas forcement immédiat, il y a des plantes annuelles, des plantes pluriannuelles et des plantes pérennes. De plus, en entretenant le champ, il pourra toujours y repousser quelque chose un jour. Personnellement, je n'ai jamais cessé de suivre l'évolution des domaines sur lesquels j'ai travaillé, c'est une sorte d'hygiène de l'esprit ! Je ne me considère donc pas « perdu pour la science » comme certains pourrait le dire ! Je tiens à préciser et à rappeler que la formation universitaire qui abouti à la thèse, tend à faire de nous de bons petits soldats pour faire des posters, des publis, passer une HDR, prendre pleins de stagiaires et d'étudiants, etc. C'est une voie intéressante, mais loin d'être la seule façon de valoriser une thèse.Quelle est la perception de votre environnement professionnel (chef, collègues, etc.) par rapport à votre diplôme ?
Aucun. C'est le pré-requis pour le secteur dans lequel je me trouve qui est important. Ensuite on en parle plus. Il n'y a que quelques Normaliens qui sont là pour nous rappeler qu'ils sont Normaliens et pas nous ;-)))
Dans mon service nous sommes 6 personnes et 5 d'entre nous ont une thèse. Ce n'est pas un hasard, cela signifie bien que notre thèse a une certaine valeur !Quel travail faites-vous ?
Je ne peux pas trop m'étendre sur le sujet, mais en résumé cela concerne les flux d'informations internes et externes, dans le domaine de la R&D.Quel sont les points positifs / négatifs par rapport au monde de la recherche publique ?
Points positifs :Points négatifs :
- la paye à la fin du mois,
- la possibilité d'évoluer très vite, du fait de la pression.
- la pression quasi permanente. C'est vrai que c'est « moins cool » par certains côtés que d'être pépère dans son labo à philosopher sur la mémoire de l'eau ;-)))
Quelles ont été vos plus grosses surprises par rapport à ce que vous imaginiez sur le monde de l'entreprise ?
Les mêmes problèmes relationnels que dans le public, car les « chefaillons », les « mandarins », etc. y règnent aussi. Dans le privé comme dans le public l'équation Information = Pouvoir est connue de tous (bien qu'elle soit fausse à l'usage !!). Ce qui explique les similitudes.Qu'est-ce qu'un «plan de carrière», quelle importance y accordez-vous ?
Un plan de carrière est très facile à faire, mais pour le suivre c'est autre chose. Personnellement, je n'ai pas de « plan de carrière ». Ma devise est de faire ce qui me plait et qu'en me levant le matin j'ai la même excitation à aller au boulot que celle que j'avais en faisant ma thèse. Dernier point quand même : saisir les opportunités quand elles se présentent, ou faire activer les choses si elles ne se présentent pas et qu'on a envie que ça bouge !!. Mon plan de carrière est de rester maître de ce que je fais. Si demain, cela ne colle plus et que mes propositions ne sont plus acceptées, je n'hésiterai pas à démissionner, comme je l'ai fait pour mon précédent job où j'étais en CDD (postdoc). Ce point est important, car en discutant avec certains amis docteurs ou doctorants, j'ai l'impression que pour beaucoup il est maintenant hors de question de rester 30 ans avec le même employeur. Il semblerait que nous ayons « muté » suite à la difficulté de trouver du travail dans le secteur public et que faire un plan de carrière en zappant souvent devienne assez fréquent. Pour illustrer cela, je connais beaucoup d'exemples ou le thésard démissionne de sa thèse si ça se passe mal et en recommence une ailleurs dans un environnement qu'il maîtrisera plus. Pour un job dans le privé, c'est la même démarche.En conclusion, la thèse, ce fut une bonne expérience, non ?
Une excellente expérience, je dirai même une initiation... Une initiation à la liberté de penser, à la liberté d'agir. Bien sur tout n'est pas rose pour beaucoup de thésards, je pense notamment aux sciences humaines et aux lettres, mais comparativement à d'autres, les thésards sont finalement assez privilégiés du fait justement qu'ils arrivent à ce niveau d'étude. Pour moi, la thèse universitaire est synonyme d'autonomie. Cette chère autonomie que je m'efforce de garder tout en étant dans un milieu très « structurant » comme le secteur privé... Et pour l'instant ça marche, la greffe a pris !! Malheureusement tous les doctorants et docteurs ne peuvent pas en dire autant, le chemin à parcourir est encore très important.