Retour témoignages docteurs en entreprise

 
  Pierre-Damien BERGER
01/06/2001
  Ingénieur d'Affaires (R&D semi-conducteurs)
Docteur en optoélectronique
 
  Date de soutenance de thèse : 23/10/1997   Durée d'activité en entreprise : depuis mars 1998  
  Email : pdberger@atmel-grenoble.com    

Après un parcours universitaire entre Saint-Etienne et Grenoble, des stages à l'étranger, et une thèse à l'INSA de Lyon dans le domaine de l'optoélectronique, j'ai obtenu un emploi 5 mois après cette thèse, nous étions début 1998... La fin de la période noire 1994-97...
Le point de départ de ce témoignage se situe au moment ou j'étais sur le point de quitter mon premier emploi. J'ai travaillé pendant deux ans et demi dans une agence du conseil régional Rhône-Alpes - association regroupant industriels et laboratoires travaillant dans le domaine des technologies de mesure (ARATEM). Mon travail consistait à créer des liens entre ces entreprises de la région et les laboratoires de recherche, dans le domaine des capteurs et de la mesure en général. Un boulot (hyper) intéressant qui mêlait des compétences techniques et beaucoup de relationnel.
C'est ce relationnel, et surtout les nombreux contacts que j'ai pu avoir avec les industriels de la région, qui m'a permis de rebondir et de trouver ce second emploi... Je travaille depuis un an dans une entreprise privée dans le domaine du semi-conducteur au sein de l'équipe de R&D, en tant qu'Ingénieur d'Affaires sur les programmes d'études R&D. Ma mission : supporter le développement de l'activité Produits de la société, sur les domaines stratégiques.


  1. Pourquoi avoir choisi de faire une thèse ?
    Une certaine envie au départ de faire carrière au CNRS, qui bien vite a disparu au fur et à mesure que ma thèse avançait. Par contre une volonté ferme de toucher du doigt la recherche (que j'estime toujours beaucoup), de pouvoir approfondir (ne serait-ce qu'une fois dans ma vie !) un projet scientifique... Plus le temps passait, et plus je me sentais concerné par les applications et retombées des recherches plutôt que les recherches elles-mêmes. C'est le discours que je tenais vers la fin de ma thèse et qui finalement m'a ouvert des portes.

  2. Pourquoi avoir choisi de travailler en entreprise ?
    Il est vrai que je n'appartiens pas à la «grande famille des chercheurs universitaires», mais d'une part j'ai quand même travaillé à son service pendant deux ans et demi (mon expérience à l'ARATEM), et en plus, dans ce nouveau poste, j'espère bien avoir des contacts avec certains labos et même en créer si cela m'est possible...
    Une petite remarque : j'aurai plutôt parfois tendance à dire que c'est la recherche publique qui abandonne ses docteurs, sans avenir à leur offrir ! Mais là je m'avance sur un terrain plus que glissant... D'autant plus que cela devient de moins en moins vrai avec les opportunités qui s'ouvrent en industrie...
    Mon caractère m'a sans doute guidé dans cette voie. C'est sans doute le côté concret qui m'attire et me donne l'envie d'aller au boulot chaque matin... Ceci n'est pas un jugement de la recherche publique mais plutôt un sentiment personnel. Sinon, la simple et bonne raison est que l'on m'a toujours proposé des postes qui me semblent très enrichissants (pas seulement scientifiquement) et qui me permettent de rencontrer des gens de divers horizons avec qui j'ai plaisir à travailler.

  3. Quels sont les plus gros apports de votre expérience de doctorant ?
    La façon dont je dois prendre du recul pour appréhender un sujet. Comprendre très vite le contexte et avoir suffisamment de connaissance générale pour être «productif» très vite. Je n'ai pas un métier ou je dois approfondir, aller en détail dans le sujet mais voir si le sujet colle aux objectifs de la société et voir quels sont les points positifs des éventuels projets à mettre en place et en obtenir le maximum.

  4. En quoi votre sujet de recherche vous aide-t-il dans votre travail au quotidien ?
    De façon globale, les sujets que je traite n'ont rien à voir avec mon sujet de recherche. Un peu par hasard, par contre, une nouvelle activité est parfaitement connexe avec ce que j'ai pu faire, et du coup, je peux aller discuter en direct sans avoir à me faire expliquer les choses...

  5. En quoi votre expérience de chercheur vous aide-t-elle dans votre travail au quotidien ?
    Une connaissance technique qui me permet de pouvoir discuter sur des sujets très high-tech, et surtout de pouvoir rebondir sur certains points, tout cela afin de pouvoir organiser des projets R&D en accord avec les partenaires, et ce autant sur un plan technique, que financier, etc.

  6. Quels enseignements tire-t-on d'un projet de recherche ?
    De la patience et du zen...

  7. Que vous apporte la connaissance du monde de la recherche ?
    Savoir qu'un projet de R&D nécessite un long temps de gestation, mais qu'aussi il faut bien donner les règles de départ et savoir ou l'on veut aller pour arriver plus vite.

  8. Avez-vous été engagé au sein du milieu associatif doctorant ? Si oui, quel a été l'apport de cette engagement ?
    Oui. Cela m'a apporté un enrichissement :

    • au niveau relationnel : il est vérifié que dans la vie professionnelle le contact avec les collègues, partenaires ou clients contribue à plus de 50% dans la réussite du travail. C'est aussi cette implication en association qui m'a permis de rencontrer des personnes, de me faire connaître et de pouvoir accéder à des infos qui m'ont plus qu'aider à trouver le premier emploi.

    • en termes d'expérience : les différentes manifestations que nous avons pu organiser montrent une certaine motivation, mais aussi le côté «réseau» qui plait beaucoup pour le type de travail que je fais actuellement.

    • en termes d'ouverture : voir d'autres choses, prendre position sur des sujets qui ne sont pas seulement techniques.

    Dernier point, le mode de travail en association n'a rien de hiérarchique, c'est plutôt une coordination, il faut démontrer aux autres que ses idées sont bonnes et faire ressortir les points importants. Il faut aussi accepter et reconnaître que les idées des autres sont bonnes. Aujourd'hui, on me demande de travailler avec des personnes de positions hiérarchiques variées au sein de l'entreprise, mais où les liens de hiérarchie n'existe pas entre eux et moi. Il faut donc influencer ces personnes, les guider sans pouvoir imposer quoi que ce soit !

  9. Pour vous, un doctorant est-il un étudiant ?
    Est-il encore nécessaire de répondre par la négative ? Combien de fois ai-je entendu le terme d'étudiant attardé ? Mais basta ! Ceux qui pensent cela sont très loin de la réalité «générale» et sont convaincus de cette idée par des on-dit. Par contre, je leur accorde que l'on trouve dans toutes les catégories de la société (celle des docteurs y compris) des gens épanouis et d'autres un peu moins...

  10. Comment avez-vous trouvé du travail ?
    Par le «réseau» ! Une première fois, via une personne qui a proposé mon CV à celui qui allait être mon directeur et qui recherchait un profil correspondant au mien. La deuxième fois, par mon premier travail qui m'a donné l'occasion de rencontrer et de travailler avec celui qui allait être mon directeur actuel.

  11. Comment avez-vous réussi à déterminer ce que vous souhaitiez faire comme travail ?
    Du moment où l'on sent bien le poste (suite aux explications et questions posées lors des entretiens, quitte à redemander une entrevue avec le futur responsable hiérarchique) et les personnes avec qui on est amené à travailler, je pense qu'il ne faut pas hésiter. Il faut aussi bien se connaître et savoir si le style de boulot correspond bien à son caractère. Une fois certain de ces quelques points, foncer et s'affirmer. Et puis il y a des critères qui sont tout aussi importants, celui d'ordre géographique par exemple ! La définition du projet professionnel peut beaucoup aider (un conseil : à faire avant la fin de thèse et avant toute recherche d'emploi).

  12. Selon vous, quels sont les critères à prendre en compte pour accepter une proposition d'emploi ?
    Encore très récemment je discutais emplois avec des personnes de la société, il faut «évidemment» que le poste colle bien avec son passé (plus ou moins selon les disponibilités de la personne à vouloir s'ouvrir vers d'autres horizons), mais l'environnement est capital. Il faut forcement s'entendre bien avec les personnes, les conflits sont catastrophiques dans une équipe. Il faut donc avoir le bon feeling... J'ai une thèse (technique), je fais actuellement un travail très lié avec les finances : je m'entends bien avec mon chef et il a confiance en moi - je croise les doigts pour que cela dure...

  13. Avez vous réussi à valoriser votre thèse ?
    J'ai l'impression que oui. Lors de discussions pour l'embauche de ce nouveau travail, je n'ai pas hésiter à mettre les 3 ans de recherche dans mon expérience. Cela n'a fait aucune difficulté. Quant au travail technique lui-même, c'est plutôt en second plan, surtout pour un deuxième job. Le sujet de ma thèse n'a d'ailleurs même pas été abordé pour ce deuxième poste.

  14. Quelle est la perception de votre environnement professionnel (chef, collègues, etc.) par rapport à votre diplôme ?
    Un peu indifférents du moment où le contact est bon et où la méthode de travail (et les résultats) est satisfaisante.
    Petite anecdote : la carte de visite. J'ai proposé que mon titre de docteur apparaisse sur ma carte de visite, non pas parce que je suis fier de ce titre, mais parce que par expérience certaines personnes (principalement les docteurs - et on en rencontre lorsque l'on fait de la R&D) sont rassurées d'avoir en face quelqu'un qui a un rôle de mise en relation et qui a aussi des compétences techniques. Les gens se livrent alors beaucoup plus facilement et font beaucoup plus confiance. Etablir un rapport de confiance et d'honnêteté est capital. Pour les rencontres où le titre serait un handicap (personne ne supportant pas les «sur-diplômés» - terme déjà entendu), il faut alors faire valoir notre aptitude à s'adapter au cas qui le concerne et lui montrer qu'un docteur peut être très concret.

  15. Quel travail faites-vous ?
    Je m'occupe de monter des projet de R&D, tant avec des partenaires industriels et universitaires qu'avec les administration publiques (étatiques et européennes). Je suis à la recherche de nouveau partenaires, avec lesquels je pourrais engager la société pour un programme de recherche. Ensuite à moi de monter le projet et de le défendre au niveau des administrations.

  16. Quel sont les points positifs / négatifs par rapport au monde de la recherche publique ?
    Points positifs :

    • il faut être très réactif, et cela me plaît,
    • lorsqu'on a la chance d'être sur un marché porteur, on nous donne les moyens,
    • être dans un milieu où l'on a la possibilité (en tout cas l'impression) de gérer sa carrière... chose qui m'effraye dans la fonction publique, ou lorsque l'on est parti dans une carrière universitaire, on avance tel que cela a été défini dès le départ.

    Points négatifs :
    • le côté sans doute aléatoire et variable selon le domaine dans lequel on se trouve et suivant les «conditions économiques mondiales», mais on l'accepte et il faut mener sa barque pour être dans le bon créneau.

  17. Quelles ont été vos plus grosses surprises par rapport à ce que vous imaginiez sur le monde de l'entreprise ?
    Le relationnel et l'environnement entrent pour une bonne part dans la réussite des projets... Simple, mais frappant !

  18. Qu'est-ce qu'un «plan de carrière», quelle importance y accordez-vous ?
    Trop tôt pour le dire... en tout cas pour moi. Je pense qu'il y a tant de choses à découvrir, que je préfère découvrir les choses, ouvrir bien grand les yeux et rebondir sans avoir de contraintes avec tel ou tel objectif. C'est agréable de se dire que l'on peut décrocher un métier en ne sachant pas qu'il existait...

  19. En conclusion, la thèse, ce fut une bonne expérience, non ?
    Bien sur, expérience excellente et unique ! C'est quand même passionnant de consacrer 3 ans de sa vie sur un seul sujet, et d'avoir pu mettre en évidence des phénomènes nouveaux. Les moments durs oubliés (ou presque) , j'ai trouvé une voie dans laquelle je me sens bien !