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Marie-Pierre QUÉRÉ 04/12/2001 |
Ingénieur méthodes et outils pour l'informatique embarquée Docteur en Informatique (calcul formel) | |||
| Date de soutenance de thèse : juin 1997 | Durée d'activité en entreprise : 3 ans | |||
| Email : mpstuchlik@laposte.net |
Après des études d'ingénieur en Mathématiques Appliquées à l'ENSIMAG, j'ai intégré l'ENS Cachan en troisième année avec la ferme intention de devenir universitaire. Ce financement m'a permis de faire une thèse d'informatique (officiellement au LIP6 à Jussieu mais encadrée réellement au LMC de Grenoble) en Calcul Formel sur un sujet difficilement « vendable » dans le privé. J'ai ensuite « tenté » le concours de maître de conférence une seule fois en 1998, année durant laquelle je me suis posée de sérieuses questions sur ma volonté de rester dans le milieu universitaire. J'ai été qualifiée en mathématiques appliquées mais pas en informatique (alors que tout mon enseignement avait été fait dans cette matière...), auditionnée sur deux postes, classée sur aucun poste.
Pourquoi avoir choisi de faire une thèse ?
Après le DEA, je voulais devenir universitaire. J'aimais le milieu, l'enseignement m'attirait, et j'ai une très haute opinion de la fonction publique !Pourquoi avoir choisi de travailler en entreprise ?
Diverses raisons plus ou moins valables m'on fait partir dans le privé :
Je pense qu'il est fondamental pour un enseignant-chercheur de faire de l'enseignement ET de la recherche. Si je pensais pouvoir « tenir » sur la durée pour l'enseignement, je n'étais pas sûre que ce soit le cas pour la recherche.
Le milieu universitaire est en fait assez « dur » en ce sens que c'est officiellement « l'intelligence » qui fait évoluer les gens (même si cela n'est pas toujours vrai dans les faits). Là aussi, j'avais des doutes sur mes capacités à « briller » et à passer professeur et je savais qu'à cause de mon caractère, il me serait difficile de ne pas évoluer et donc de ne pas être reconnue par mes collègues (dans ce milieu ou on valorise l'intellect) [non mais quelle sale caboche !].
J'avais 27 ans et une petite fille, donc faire à nouveau le concours impliquait d'accepter un statut temporaire encore (au moins) un an, et je voulais un « vrai » boulot.
J'étais vexée comme un pou de ne pas avoir été qualifiée en informatique [je vous l'ai dit : sale caboche...].
Je voulais faire quelque chose de plus « pratique » et avoir une connaissance de la vie « ailleurs qu'à la fac ».
Je pensais pouvoir valoriser quelques qualités (organisation, efficacité - si, si, je suis tout ça) dans le privé.
Les carrières proposées dans le privé me paraissaient plus variées (dans le temps) et vu que l'on doit travailler au moins 40 ans, c'est un sérieux avantage !
Quels sont les plus gros apports de votre expérience de doctorant ?
Essentiellement l'autonomie et une bonne dose de recul.En quoi votre sujet de recherche vous aide-t-il dans votre travail au quotidien ?
En rien.En quoi votre expérience de chercheur vous aide-t-elle dans votre travail au quotidien ?
Je pense qu'il est très intéressant d'avoir fait un travail totalement différent de celui que je fais actuellement (c'est cela qui m'apporte un certain recul sur mon travail actuel). D'autre part, mon travail actuel me demande une grande autonomie et des capacités rédactionnelles qui sont des aspects que l'on travaille pas mal en thèse !Quels enseignements tire-t-on d'un projet de recherche ?
Heu... Joker !Que vous apporte la connaissance du monde de la recherche ?
J'ai gardé quelque liens avec ce « monde de la recherche » puisque je suis amenée à travailler avec des laboratoires de recherche dans le cadre de contrats. La connaissance que j'en ai me permet de comprendre un peu mieux les contraintes de ce milieu. Cependant, mes contraintes « d'industriel » sont bien sûr prioritaires ! Ceci dit, le fait d'être « docteur » me permet sans doute d'être plus à l'aise lors de la mise au point des contrats et le tout se fait dans une plus grande transparence.Avez-vous été engagé au sein du milieu associatif doctorant ? Si oui, quel a été l'apport de cette engagement ?
Oui. L'apport en a été très important. Durant ma thèse tout d'abord : cela permet de relativiser son travail et d'avoir d'autres points d'accroche lorsque cela va mal. Cela permet aussi de développer des capacités de communication, de négociation et de travail en équipe qui ne sont pas forcément les points forts en thèse (par exemple, c'est lors de ces activités associatives que je me suis rendue compte d'un truc marrant à savoir que ce n'était pas parce que l'on mettait dans une pièce dix ou quinze personnes de bonne volonté que leur point de vue sur une chose allait converger : bon d'accord, j'étais un peu naïve !).
L'équivalent de cette activité me manque maintenant (l'alternative ici, ce sont les syndicats, mais ce n'est pas très folichon ! Et puis, le temps me manque).Pour vous, un doctorant est-il un étudiant ?
Oui : il a les réducs au ciné ! Plus sérieusement, je pense qu'il est à la fois étudiant et enseignant-chercheur (NB : ou bien chercheur uniquement s'il n'a pas l'occasion d'enseigner). Et cette dualité est très enrichissante (notamment pour le travail d'enseignant d'ailleurs, puisqu'un doctorant n'a pas encore oublié le temps où il était étudiant). Dans la partie « enseignant-chercheur », il dispose en plus des grandes libertés que procure ce boulot (et qui sont les mêmes pour les profs, les MdC, les profs de lycée) à savoir qu'il n'est pas obligé de faire ses courses, passer à sa banque, passer à la préfecture, etc., aux heures ou toute la planète le fait [ça sent le vécu...].Comment avez-vous trouvé du travail ?
Le marché de l'informatique commençait sérieusement à être favorable au demandeur d'emplois. J'ai déposé mon CV à l'ABG et à l'APEC, écrit une douzaine de lettres de candidature spontanée dans des gros groupes industriels. J'ai été relativement déçue par les offres provoquées par mon dépôt de CV sur l'ABG car elles étaient nombreuses mais pas typiquement adressées à un docteur (c'était les mêmes SSII que par l'APEC...). J'ai été contactée par de nombreuses SSII et deux de mes candidatures spontanées ont débouchées sur un entretien et une proposition ferme. Dans un des deux cas, j'avais demandé à voir plusieurs postes : j'ai eu le choix entre deux entreprises et quatre postes.Comment avez-vous réussi à déterminer ce que vous souhaitiez faire comme travail ?
Au début c'était le flou artistique le plus total : je ne savais pas si je voulais travailler dans une grosse ou petite société, ni dans quel secteur, ni si je souhaitais aller dans une SSII ou non. Je savais juste que je ne souhaitais pas particulièrement continuer à faire de la « recherche ».
En passant plusieurs entretiens pour des SSII, j'ai réussi à mieux cerner ce que je voulais (faire de l'informatique dédiée produit dans le secteur industriel). D'autre part, je ne savais absolument pas ce que l'on allait me proposer et ce à quoi je pouvais « prétendre »...Selon vous, quels sont les critères à prendre en compte pour accepter une proposition d'emploi ?
Le tiercé gagnant (dans l'ordre) c'estSachant que si deux de ces éléments sont défaillant, même si l'autre est très bon, ça devient vite intenable. Un critère que je n'ai pas mentionné (il ne joue pas pour moi), mais qui peut avoir aussi de l'importance, ce sont « les perspectives d'évolution ».
- Le cadre de travail (collègues sympathiques et sur qui l'on peut compter, horaires non délirants...).
- L'intérêt du boulot.
- Le salaire (en partie pour ce qu'il représente socialement).
Avez vous réussi à valoriser votre thèse ?
Incidemment et partiellement. Je suis rentrée dans un grand groupe industriel avec un système de grille de salaire et dépendant de la convention de la métallurgie : au niveau salarial, cela impliquait un certain salaire (dépendant de mon école) plus trois ans d'expérience professionnelle (valorisation de la thèse dans la convention de la métallurgie). Sur ce plan je n'avais pas trop de marge... En revanche, même si je n'y suis pour rien, je pense que mon diplôme a joué un rôle lors de ma rencontre avec l'un des opérationnels.Quelle est la perception de votre environnement professionnel (chef, collègues, etc.) par rapport à votre diplôme ?
Inexistante... Et ce n'est pas plus mal. Entre collègues, nous accordons très peu d'importance aux diplômes et/ou écoles des uns et des autres. D'autre part, la hiérarchie et la DRH accordent de l'importance à certains diplômes (ou plutôt certaines écoles...) pour repérer les futurs « dirigeants », mais ce ne sont ni la thèse, ni mon école d'ingénieur.Quel travail faites-vous ?
Je suis grouillot de base dans une équipe qui s'occupe des méthodes et outils pour l'aide à la conception de systèmes embarqués : il s'agit d'une part de traiter « la vie courante », et d'autre part de dénicher des « nouveaux » outils ou méthodes en fonction d'un besoin émergeant. C'est un boulot très varié et où l'on a une grande autonomie. On rencontre à la fois les utilisateurs, les éditeurs d'outil, et les universitaires. On est amené à encadrer des stagiaires et des prestataires, mais on reste proche de la « technique ».Quel sont les points positifs / négatifs par rapport au monde de la recherche publique ?
Points positifs :Points négatifs :
on travaille souvent à plusieurs,
on a des échéances à court terme, ce qui peut être contraignant mais ce qui permet de bien mesurer le travail que l'on a effectué,
les relations hiérarchiques sont claires.
A part cela, les gens que l'on rencontre dans le privé sont exactement les mêmes que dans le public (je veux dire qu'on y trouve aussi des ambitieux, des flemmards, des rigolos, des coincés, des incompétents, des bosseurs, etc.).
on est moins indépendant : c'est sans doute le prix a payer pour les avantages ci-dessus, mais pour l'instant je pense que ce n'est pas trop cher !
Quelles ont été vos plus grosses surprises par rapport à ce que vous imaginiez sur le monde de l'entreprise ?
Eh bien, je suis dans une grande société. Et ma plus grande surprise c'est de voir que ça fonctionne un peu comme... une administration. En réalité, on dit souvent que l'université (ou l'éducation nationale) concentre une grande quantité de planqués, d'individualistes, de gens non efficaces, d'aigris, etc. Enfin bref, le discours limite populiste des gens qui en ont marre de payer leurs impôts. Eh bien le monde de l'entreprise (pour une grosse société comme la mienne) n'est pas non plus un concentré à 100 % de gens efficaces et performants, il est même étonnant de constater que certains se maintiennent si longtemps (et même à des postes hiérarchiques élevés) alors qu'ils ne participent pas réellement au « bien » de la boîte. Le seul truc gênant, c'est que « dans le privé » ce sont un peu moins les « clients » qui trinquent lorsque quelqu'un travaille mal et un peu plus les collègues.Qu'est-ce qu'un « plan de carrière », quelle importance y accordez-vous ?
C'est un truc qui permet de tenir 40 ans dans le monde du travail. On a de la chance de faire des boulots que l'on ne fait pas que par nécessité, alors il faut de temps en temps se poser des bonnes questions pour que cette chance dure 40 ans...En conclusion, la thèse, ce fut une bonne expérience, non ?
Oui. D'ailleurs (voir point précédent) ça a été une façon de m'occuper différemment pendant les premières années des 40 ans à tirer ! Ensuite (ça c'est le coté rite initiatique) cela permet de bien se tester et de savoir si oui ou non on souhaite devenir chercheur ou enseignant-chercheur. Cependant, il faut faire attention de ne pas tomber dans le piège qui consiste à ne plus voir que les débouchés académiques : il y a d'autres jobs intéressants ailleurs ET un docteur a au moins autant de qualités qu'un autre pour faire ces jobs.