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Marc LEJEUNE 04/12/2001 |
Chef de projet informatique Docteur en Informatique | |||
| Date de soutenance de thèse : juin 1999 | Durée d'activité en entreprise : 6 ans (dont la thèse) | |||
| Email : marc.lejeune.home@free.fr | Fiche DocNet : oui |
Informaticien de formation, j'ai choisi un partenariat entre le LORIA à Nancy (INRIA) et l'Irsid du groupe Usinor pour travailler pendant mon doctorat sur l'aide à la conduite de hauts-fourneaux.
Mon expérience validée, mon doctorat en poche, j'ai souhaité valoriser ma connaissance du milieu sidérurgique, riche de problèmes réels. Je suis donc parti dans une autre société du même groupe. J'ai été durant 2 ans chef de projets, responsable d'une équipe de 5 personnes, internes et sous-traitants, en charge de tous les projets d'un domaine fonctionnel. Depuis peu j'ai intégré Cap Gemini Ernst & Young, la reine des sociétés de service et de conseil, pour m'occuper toujours de la conduite de projet et de l'architecture des systèmes d'information. Mes missions chez différents clients me permettent de découvrir des environnements très différents aussi bien en terme de technique, d'organisation que de métier.
Pourquoi avoir choisi de faire une thèse ?
C'était un vieux rêve : faire avancer la science, faire avancer la résolution de problèmes réels qui n'avait pas de solution. Néanmoins, suite à mon DEA sur un sujet théorique qui m'ouvrait les portes d'une thèse « classique » avec allocation du ministère, j'ai choisi de partir d'un problème concret, réel, celui d'une entreprise, c'est-à-dire l'informatique de demain plutôt que l'informatique d'après-demain !Pourquoi avoir choisi de travailler en entreprise ?
Ce n'est pas un abandon, c'est plutôt une prolongation : apporter à l'informatique de terrain les méthodes rationnelles de la recherche, la connaissance des dernières avancées et des solutions possibles.Quels sont les plus gros apports de votre expérience de doctorant ?
Ce qui me sert le plus est la conduite d'un projet propre (le projet de recherche), aussi bien à court terme avec les publication, les analyses, les développements, les présentations ou les compte-rendu d'avancement, à moyen terme pour faire avancer chacune des pistes de travail, qu'à long terme sur 3 ans pour arriver à l'échéance avec un projet fini. C'est donc cette aptitude à faire le compromis entre l'avancement au jour le jour et l'objectif long terme dont je me sert beaucoup aujourd'hui.En quoi votre sujet de recherche vous aide-t-il dans votre travail au quotidien ?
Comme la majorité des docteurs, je ne travaille pas directement sur des suites de mon sujet de recherche, celui-ci était trop ciblé. Néanmoins, avoir été jusqu'au fond d'un sujet pour lequel il n'y avait pas de solution existante (comme tout sujet de thèse), avoir analysé avec pragmatisme et méthode toutes les possibilités est vraiment une expérience qui m'aide aujourd'hui.En quoi votre expérience de chercheur vous aide-t-elle dans votre travail au quotidien ?
C'est principalement la capacité à prendre du recul, à « sortir la tête du guidon ». Mais c'est aussi la capacité à appréhender sans crainte tout sujet, par exemple les contraintes liées au métier de mes clients. Il est très intéressant de ne pas être rebuté par un sujet, de savoir analyser les concepts cachés derrière un outil technique ou un discours commercial.
Mon expérience m'a aussi appris que « fermer » une possibilité technique comme une piste de recherche est une réponse très intéressante, c'est un acte positif de dire « cette solution ne marchera pas ».
Les deux points majeurs, très utiles au quotidien, sont donc : savoir prendre du recul et comprendre rapidement un nouveau sujet.Quels enseignements tire-t-on d'un projet de recherche ?
Le principal enseignement est la confrontation à l'échec. Cet échec oblige à être humble, réaliste et savoir repartir sur une autre piste. Je pense que tout doctorant est plusieurs fois confronté à l'échec, à des petites ou grosses impasses. Il devra réfléchir aux causes de son échec, l'analyser et apprendre à rebondir. C'est une expérience que connaissent très rarement les ingénieurs sortis d'école ou avec une première expérience. C'est un enseignement important dans la construction d'un système d'information où notre principale valeur ajoutée est d'anticiper les futurs problèmes. Il nous arrive régulièrement d'avoir quelques heures disponibles suite à un problème risquant d'arrêter toute la production. Il ne faut pas paniquer et trouver absolument une solution de dépannage, puis analyser ultérieurement et corriger la source du problème.Que vous apporte la connaissance du monde de la recherche ?
J'ai profité de mon temps dans l'un des 5 plus grands laboratoires français de recherche en informatique pour écouter, apprendre, discuter. J'ai donc une connaissance large de l'informatique, des domaines de recherche, des possibilités qui arriveront demain. Je sais donc mieux que mes collègues de quoi sera fait l'informatique de demain. J'ai aussi appris où chercher l'information et comment appréhender un nouveau sujet.Avez-vous été engagé au sein du milieu associatif doctorant ? Si oui, quel a été l'apport de cette engagement ?
Mon implication au niveau local ou national m'a beaucoup apporté : dans la gestion de projet associatif, la manière de diriger diplomatiquement les doctorants bénévoles, la négociation avec les directeurs d'équipe, de laboratoire ou d'université, le travail en équipe dispersée, la communication, la recherche de compromis, la rédaction de documents synthétiques, la connaissance du fonctionnement de la recherche... Ca m'a aussi ouvert l'esprit, appris à comprendre les contraintes des autres, fait découvrir énormément de gens d'horizons différents. Etre acteur de son environnement est un point fort que reconnaissent beaucoup les recruteurs.Pour vous, un doctorant est-il un étudiant ?
C'est une personne qui apprend beaucoup, comme toute personne qui apprend à toute âge. C'est un salarié, qui s'assume financièrement et professionnellement, autonome, producteur (de résultats, d'une thèse, de publications voire de brevet). Un doctorant est souvent en plus encadrant de stagiaire, enseignant à l'université, y compris en 3ème cycle. Non vraiment, il a beau être dans un cycle de formation, on ne peut pas considérer qu'il ne soit qu'un étudiant.Comment avez-vous trouvé du travail ?
Pour mon premier travail, ma thèse, j'ai contacté les équipes de recherche dans des thèmes qui m'intéressaient pour obtenir des contacts. Puis j'ai été passé une série d'entretiens (assez classique, DRH, manager, ingénieur technique) dans l'entreprise intéressée comme tout recrutement. A la suite de cette expérience de recherche de 3 ans et demi, j'ai cherché en interne au sein du groupe qu'aussi bien en externe en ciblant les entreprises qui m'intéressaient et les cabinets de recrutement.
Pour mon 3ème poste, j'ai énormément utilisé internet. Je n'ai envoyé que des lettres par mails.
J'ai eu la chance de toujours décrocher plusieurs opportunités d'emploi, ce qui m'a aidé à faire accélérer les processus de recrutement, à mettre la pression pour la négociation salariale.Comment avez-vous réussi à déterminer ce que vous souhaitiez faire comme travail ?
C'est le point le plus important. Il ne sert à rien de chercher un emploi si vous n'avez pas identifié à l'avance quel type de poste, dans quelle entreprise et quel environnement.
Il faut prendre le temps de bien réfléchir, questionner tous ses contacts sur des emplois proches, beaucoup discuter et lire avant de se lancer.Selon vous, quels sont les critères à prendre en compte pour accepter une proposition d'emploi ?
Les critères que j'ai pris en compte sont :mais aussi
- le type de poste,
- l'entreprise,
- la localisation du poste (ville, entourage),
- le salaire,
J'ai donc toujours pris en compte le poste que je cherchais et les possibilités qu'il m'offrirait demain lorsque j'aurais envie de faire autre chose.
- les possibilités d'évolution en interne,
- la valorisation du poste pour les évolutions ultérieure.
Malheureusement c'est toujours un compromis à faire entre ces critères, je crois qu'il n'y a pas d'emploi idéal, il y a toujours un point qui cloche. Il faut donc bien sentir quels sont pour vous les critères majeurs et ceux pour lesquels vous êtes prêt à lacher un peu de leste.Avez vous réussi à valoriser votre thèse ?
Oui. Je me suis toujours battu en entretiens d'embauches et dans mon travail pour ça. J'ai toujours défendu et argumenté que c'était une expérience professionnelle à prendre en compte et en plus un diplôme fort. Bien sur il faut parfois faire quelques concessions.
Mais je considère que c'est un point qu'il ne faut surtout pas lacher, un docteur n'est pas un jeune diplômé sortant de l'école. Tout ce qu'il a appris lui servira, cette expérience doit donc être valorisée sous une forme ou une autre. Un docteur qui accepte d'être vu comme un jeune diplômé exprime alors aux yeux des autres qu'il n'a rien appris durant ses 3 ou 4 années de thèse. Il serait étonnant qu'il ait passé 3 ans sans en tirer un seul enseignement.Quelle est la perception de votre environnement professionnel (chef, collègues, etc.) par rapport à votre diplôme ?
Mon doctorat est globalement bien perçu. J'ai souvent vu des collègues ou des clients impressionnés mais je n'ai jamais vu quelqu'un me dire que c'était un diplôme nul (de toute façon je ne l'aurais pas laissé dire sans rien répondre...).Quel travail faites-vous ?
Aujourd'hui je suis architecte de Système d'information (chef de projet sur mon contrat). Je dirige des études, j'assiste des clients, responsable informatique, directeur des étude, responsable de centre de compétence, responsables techniques, des directeurs de projets, des chefs de projets sur la mise en place ou les évolutions de leur système d'information. Je porte la responsabilité technique sur des projets, comme un directeur technique. J'aide aussi des clients à choisir un outil ou un logiciel répondant à leur besoin, c'est-à-dire à comprendre ce qu'il y a derrière le discours commercial des éditeurs, mais aussi à ne pas choisir que sur les critères techniques. Je fais donc des propositions, des recommandations, des choix rationnels, pragmatiques et essaie de comprendre les concepts cachés derrière les produits, etc. Rien de neuf par rapport à ce que je faisais en thèse...
Il m'arrive aussi de diriger des projets, des études, avec une équipe et énormément de relationnel. J'aime beaucoup ce coté relationnel, je ne fais pas d'informatique pour faire de l'informatique, ou de la technique pour la technique mais pour résoudre un problème ou pour répondre à un besoin. La dérive d'une partie de chercheurs est justement d'oublier l'objectif de leur recherche et de faire de la recherche pour la recherche en se cachant derrière l'argument de la recherche fondamentale.Quel sont les points positifs / négatifs par rapport au monde de la recherche publique ?
J'ai quitté le monde de la recherche publique pour les raisons suivantes :En revanche, dans la recherche publique, l'autonomie est beaucoup plus forte, principalement sur le sujet du travail et la pression beaucoup moins forte.
Ca n'allait pas assez vite pour moi, aussi bien pour les projets de recherche que les circuits de décisions, les évolutions (évaluation de la recherche, contrat de thèse, charte de thèse)...
Les chercheurs sont enfermés dans leur sujet de recherche. Je savais déjà que je ne souhaiterais pas faire la même chose plus de 5 ans.
Les problèmes traités sont trop loin des problèmes réels, rencontrés au sein des entreprises ou de tous les individus... Je ne souhaitais pas être un savant cosinus travaillant sur des sujets incompréhensibles par tous (même si c'est toujours difficile d'expliquer ce que l'on fait à quelqu'un qui ne connaît pas le domaine).
Les chercheurs ne sont pas assez valorisés : il faut se battre pour des crédits, pour un bureau, pour des postes. Il faut faire beaucoup de tâches administratives pour l'enseignement ou la recherche et les salaires ne sont pas au niveau du marché.
Il y a au moins autant de « requins » (intéressés par leur carrière coûte que coûte) dans la recherche publique que dans le monde des entreprises. Comme les règles ne sont pas clairement établies, surtout en ce qui concerne les doctorants, c'est la jungle. Ceci ne correspondait pas à ce que j'attendais de la recherche publique.
Le tout est donc de connaître ses souhaits prioritaires : la large autonomie et faible pression de la recherche (avec ses inconvénients) ou la valorisation du travail, les possibilités d'évolution, la rapidité de réaction et le large panel de métier du monde des entreprises (avec d'autres inconvénients). Cela dépend de chaque individu.Quelles ont été vos plus grosses surprises par rapport à ce que vous imaginiez sur le monde de l'entreprise ?
Ma principale surprise est d'y avoir vu beaucoup plus de points positifs que ce que pouvaient laisser entendre les chercheurs ou les enseignants : politique de ressources humaines (entretiens d'évaluation, soutien, formation...), politique salariale, peu de « requins », peu de magouilles...
Mais pour moi ce n'était pas vraiment une surprise puisque je n'avais pas fait ce choix « en aveugle ».
Je n'ai pas l'impression d'avoir eu de surprises, juste des découvertes.Qu'est-ce qu'un «plan de carrière», quelle importance y accordez-vous ?
Je pense qu'il est impensable aujourd'hui de vouloir définir à l'avance un plan de carrière. Le marché de l'emploi actuel évolue beaucoup, il est impensable de prévoir ce qui sera valorisé dans 5 ou 10 ans.
En revanche il est indispensable d'anticiper. Attendre le jour de la démission, de la fin d'un contrat ou de la soutenance de thèse pour commencer à réfléchir à ce que l'on veut faire ensuite est stupide. Il faut discuter, regarder, essayer de comprendre le métier et les tâches de son chef, de ses collègues.
J'ai toujours essayer de comprendre ce qui me plaisait, ce que je souhaitais ou ne souhaitais pas faire, dans quel secteur, quelle type d'entreprise j'avais envie de travailler. Tout cette réflexion demande du temps, ça prend plusieurs mois, il faut donc anticiper. C'est comme ça que l'on peut postuler ensuite à un poste en connaissance de cause et sans avoir trop de surprises.
Je me souviens par exemple d'avoir postulé auprès d'une entreprise en demandant à devenir chef de projet assez vite (environ 1 an). Mon interlocuteur m'a alors demandé quel était d'après moi le métier de chef de projet et quelles étaient ses activités, ses tâches, ou quelles devaient être ses qualités... Sans anticipation, je n'aurais jamais su répondre.En conclusion, la thèse, ce fut une bonne expérience, non ?
Ce ne fut pas une expérience facile, loin de là, mais c'est effectivement une expérience forte, une expérience qui m'a beaucoup apporté que je ne regrette pas.