Devenir ITARF !
Dans le registre "que faire en fin de thèse", il existe une possibilité que beaucoup de thèsards ignorent et qui est devenir ingénieur dans un laboratoire de recherche ou dans une université.
1.- Pourquoi devenir ingénieur d'études ou de recherche ?
2.- Les métiers, les grades et le boulot.
3.- Les concours : comment les passer, conseils pratiques et anneries à ne pas dire.
4.- Conclusions et bonjour chez vous.
1.- Pourquoi devenir ingénieur d'études ou de recherche ?
Quand on arrive en fin de thèse, on se rend vite compte que ce que l'on croyait être un passeport avec visa permanent pour le monde de la recherche se révèle n'être qu'un visa touristique de trois ans. En clair, vous êtes face à une impossibilité de continuer vos travaux dans des conditions décentes.
Il existe malgré tout une possibilité de rester dans ce milieu en devenant personne technique de recherche ou de formation dans un laboratoire de recherche ou dans une université.
Un ITARF est une personne qui est chargée de faire fonctionner quelque chose dans un laboratoire de recherche ou dans un UFR d'enseignement. Son travail se fait donc en collaboration avec les enseignants ou les chercheurs, il participe à ce titre à la vie de l'entité qui l'emploie.
Les motivations principales d'une personne pour exercer ces métiers doivent être un goût du service rendu et du travail bien fait. Bien souvent, un docteur a une bonne connaissance du milieu scientifique ou universitaire ce qui lui garantit une bonne intégration dans ses fonctions. Le fait d'être docteur donne en plus une reconnaissance automatique des autres chercheurs, ce qui flatte toujours l'égo. A l'inverse, une minorité de chercheurs imbus d'eux-mêmes vous considérerons d'un point proche du zénith. Mais ne vous offusquez pas : c'est juste qu'ils reportent sur vous leurs frustrations. Cela dit, comme l'ITARF est sencé être la goutte d'huile dans l'engrenage, il ressent la totalité des efforts de cohésion de la structure qui l'accueille.
L'obstacle principal de l'ITARF docteur (ou docteur défroqué) est d'être heureux et satisfait de sa condition. En effet, beaucoup gardent une frustration importante de ne pas être chercheur et s'aigrissent rapidement. Cela les conduit à un mal de vivre, qui les poussent à en faire un minimum et à s'encrouter totalement.
Quelquefois, quand une thèse est dans l'impasse, ces carrières représentent une sortie honorable dans laquelle on ne vous posera pas de questions sur vos origines et sur ce que vous avez pu faire pendant trois ans (ou plus). Cela dit, pesez bien votre décision car votre thèse sera souvent un cadavre encombrant dans votre armoire.
Pour finir, les avantages principaux d'être ITARF sont de recevoir chaque mois un salaire correct et de continuer à travailler dans le milieu où l'on a fait sa thèse. Cela permet de récupérer une partie de l'expérience (en relation humaine) que vous avez acquise et avec un peu de chance et beaucoup de travail vous pouvez continuer vos recherches.
Si maintenant vous pensez que devenir ITARF c'est déchoir, alors passez votre chemin et allez déchoir ailleurs.
2.- Les métiers, les grades, le boulot et les brouzoufs.
Pour quelqu'un poursuivant une thèse, deux types de corps sont accessibles : ingénieur d'études (IE) et ingénieur de recherche (IR) si vous êtes docteur.
La principale distinction entre le grade d'IE et celui d'IR est le salaire. A titre indicatif, un IE débute autour de 8000F nets mensuel et un IR à 10000F nets. Les deux touchent des primes qui vont de 2 mois à 6 mois de salaire suivant la spécialité et le lieu d'exercice.
Il existe 14 branches d'activité professionnelle (BAP), elles-mêmes découpées en spécialités qui représentent l'ensemble des métiers connexes à toute activité de recherche ou de formation.
Sont donc concernés par ces métiers toutes les disciplines scientifiques mais aussi toutes les sciences humaines et les spécialités littéraires. Attendez-vous à des fonctions plus techniques pour les IE et à une composante de gestion plus importante pour les IR.
Le boulot proprement dit varie énormément suivant l'organisme d'emploi : rien à voir entre un bibliothécaire et un spécialiste en zoologie mais dans l'ensemble, c'est du technique et si on est un tant soit peu passionner par ce que l'on fait, on ne s'ennuie pas. Il y a par contre de grosses différences entre les ITARFS des universités et des EPST et ceux employés par les rectorats. L'ambiance de travail et la hiérarchie sont très administratives dans les rectorats (ou dans les services administratifs des universités ou des EPSF) mais les horaires (37h30) le sont aussi ceci compense cela. Les conditions de travail à l'université sont en général bonnes et les ITARFS y disposent d'une liberté qui se paye par une plus grande disponibilité et souplesse au niveau des horaires.
Un ingénieur est souvent amené à travailler en équipe. Suivant la taille de l'organisme cette équipe peut aller de soit seul à quelques dizaines de personnes. Outre les responsabilités d'encadrement il vous sera délégué un certain nombre de responsabilités (spécification, dimensionnement, négociation comerciale, tâche d'organisation, ...). Il s'agit donc bien de poste de cadre. Dans ce domaine et dans l'hypothèse d'un travail en laboratoire, l'expérience acquises durant votre thèse vous sera très utile car vous serez rapidement capable de lire le fonctionnement du jeu de relation existant. Si vous travaillez dans une université vous pourrez éventuellement donner des cours (150 heures équivalent-TD maximum par an) ce qui permet de ne pas perdre le contact avec l'enseignement tout en arrondissant vos fins d'année. Il ne faut aussi pas perdre de vu qu'un ITARF est en général charger d'une ou plusieur tâche bien définit. Il faut donc éviter de ce disperser ettravailler avec toute les personnes de l'entité. Il faut aussi ne pas oublier que vous serez juger par apport à la bonne réalisations des tâches qui vous sont confier et à votre efficacité le tout pondéré par vos qualités relationnelles.
Il ne reste plus qu'à ajouter que les salaires sont dotés d'un système de bonnification à l'ancienneté (dit échelon), que quand vous passez le concours on recalcule votre ancienneté en tenant compte des services publics (1/2) et privé (1/3) sous réserve que leur salaire soit plus important que ceux du 1er échelon du corps pour lequel vous avez réussi le concours. En clair, cela signifie que pour IE ou IR, l'allocation MESR (MENESR) ne compte pas. Les CIFRE doivent être normalement reconnu à 1/3. Pour vous remettre de cette bonne nouvelle, j'ajouterai juste que les vacances sont de 5 semaines à 45 jours suivant les organismes d'accueil. En clair, si toi y en a gagner moins qu'ITARF débutant toi y recupère rien.
En conclusion, on peut dire qu'il s'agit d'un travail avec le statut de fonctionnaire mais que la rareté des ITARF fait qu'il ne s'agit exceptionnellement de petit boulot peinard.
3/ Les concours : comment les passer, conseils pratiques et aneries à ne pas dire.
Il y a deux types de concours : les concours par poste pour les EPST et les concours nationaux pour les universités.
Les concours des EPST (CNRS, INRA, INRIA, etc...) ont lieu une fois par an sauf si les établissements ne sont pas en mesure de recruter. Le candidat demande un dossier par poste convoité.
Le concours des universités est organisé une fois par an. Le candidat se préinscrit par minitel pour un grade et une spécialité et reçoit un dossier par catégorie de poste convoité. C'est-à-dire que si vous souhaitez vous inscrire au concours d'IR en informatique et au concours d'IE en informatique, spécialité "chef d'exploitation", il faut réaliser deux préinscriptions et vous recevrez deux dossiers distincts qu'il vous faudra remplir. Si vous réussissez le concours, vous serez affecté à l'un des postes proposés en fonction de vos voeux et de votre rang au concours.
Dans les deux cas, les spécialités se déclinent en BAP (Branche d'Activité Professionnelle) mais atttention : elles sont différentes suivant les organismes.
Le déroulement du concours est par contre sensiblement le même quelque soit l'administration qui recrute : il y a deux phases : l'admissibilité et l'admission. L'admissibilité consiste en l'examen du dossier par le jury : les meilleurs se voient déclarés admissibles. L'épreuve d'admission est un entretien devant un jury. Ce dernier classe les candidats en trois catégories : admis sur liste principale, admis sur liste complémentaire, et non admis.
Il y a donc deux choses importantes pour les candidats : la rédaction du dossier et l'entretien avec le jury.
a.- La rédaction du dossier :
Il faut la faire avec beaucoup de soin car c'est à son examen que le jury vous déclarera admissible ou non. Dans la pratique, il s'agit d'un dossier en deux parties : une comportant des formulaires d'ordre général (état civil) et une partie plus rédactionnelle dans laquelle vous décrirez vos études, votre savoir technique et votre expérience professionnelle. C'est bien évidemment sur cette dernière partie que vous serez jugé, il convient donc d'éviter certaines aneries dont :
dans la partie rapport d'activité et motivations, évitez les surcharges. C'est-à-dire ne parlez que de ce qui concerne le boulot que vous demandez. Ne parlez surtout pas de votre sujet de thèse sauf si il est en rapport direct avec la choucroute. Dans la pratique, il ne faut pas parler de vos travaux de recherche, mais uniquement des techniques que vous avez dû employer. Faites bien attention à ne pas oublier d'éléments aptes à renforcer votre dossier surtout si ils apparaissent dans le ou les profils de poste.
Dans la partie liste des travaux, indiquez toutes vos publications, rapports, etc. Respectez bien le classement demandé de façon à faciliter l'évaluation du dossier.
Si on vous demande un CV, faites en sorte de faire apparaitre clairement ce qui est utile pour le poste que vous demandez. Si il y a des CV sous forme de formulaire à remplir, faites très attention à la cohérence des informations que vous reportez avec celle de votre rapport d'activité.
D'une manière générale, écrivez lisiblement, faites vous relire (orthographe), respectez la longueur imposée pour les parties rédactionnelles et évitez les polices de caractère trop petites (12 Pts minimum).
Pour conclure, je dirai qu'il faut avoir en permanence à l'esprit le fait que les personnes qui vous lisent ont what 1000 dossiers à se taper et donc auront tendance à déclasser les candidats dont les dossiers sont incohérents ou difficilement lisibles.
b.- Entretien avec le jury :
Dans la plupart des cas, l'entretien se déroule en deux temps : un exposé du candidat (1/3 du temps imparti) et ensuite une série de questions en rafale du jury.
L'exposé doit être préparé avec le plus grand soin tant au niveau du contenu que de son plan et de sa durée. Il doit reflété vos motivations pour le poste, vos capacités à l'assumer techniquement et humainement. Il faut éviter les écueils suivants :
- incohérence avec le rapport d'activités de votre dossier.
- trop de référence à vos activités de recherche. Vous demandez un boulot d'ingénieur, pas de chercheur.
- Faire apparaitre qu'il s'agit pour vous d'une position d'attente et non d'une nouvelle carrière. Il faut que le jury sente que vous desirez rester longtemps sur votre poste.
- Evitez de faire apparaitre votre candidature à ce concours comme la réponse à un échec à vous faire recruter comme chercheur.
Ne parlez surtout pas de chose que vous ne connaissez pas, car le jury risque très fort de vous poser des questions sur chaque mot que vous avez prononcé.
Une façon simple de construire un bon exposé est de prendre comme plan la description du métier correspondant au poste et de faire ressortir vos points forts par rapport à cela.
La phase de questions peut paraitre moins stressante mais il faut y être très attentif. D'une manière générale, il vaut mieux faire des réponses courtes et employer un maximum de mots-clés. Plus on vous pose de questions, plus vous avez de chances de briller : il faut donc répondre vite. De plus, beaucoup de questions sont des coups de sonde : une réponse précise et claire boucle en général le sujet. Attention cependant aux questions évidentes qui auront juste pour but de juger de votre pédagogie. Attention également aux questions sur votre thèse qui ont pour but de débusquer les vrais-faux chercheurs ...
Pour conclure, je dirai qu'il est conseillé d'écrire correctement son dossier, il faut s'habiller correctement pour le jury, sans pour autant paraitre endimanché ou caricatural.
4/ Conclusions et bonjour chez vous :
Pour conclure ce trépidant et passionnant sujet, nous allons vous retranscrire ici l'interviouve du gars N. S., un thèsard sachant thèsé et qui a sauté le pas pour devenir ITARF.
GDD : Bonjour N. S.
N. S. : Bonjour Monsieur.
GDD : Alors, mon gars Nico, pourquoi donc que t'es dev'nu ITARF ?
N. S. : Ben, à la fin de ma thèse, le patron y m'a dit que je pouvais continuer à chercher, mais, bon, fallait surtout chercher du boulot !
GDD : J'en déduis que c'est sur un échec que t'as décider de changer de bord.
N. S. : Mais non, tu y es point du tout ! C'est que le patron y me proposait un poste à l'ATER, alors j'me suis dit que tant qu'à être à l'ATER, autant être chef d'exploitation.
GDD : Chef d'exploitation ?
N. S. : Ouais, c'est moi le chef des vax : je fais attention qu'ils aient du courant, je leur achète des cassettes et je met du fourrage dans les imprimantes, bref, c'est moi le chef de l'exploitation.
GDD : Oui, bon, mais parlons de tes autres motivations.
N. S. : Ben, j'ai passé beaucoup de temps à la fac, alors, bon, on s'attache, donc j'avais envie de rester ! Mais en fait, c'est surtout pour les sous.
GDD : Les sous ?
N. S. : Ben oui, les trucs qu'on vous donne pour acheter des choses !
GDD : Des choses ?
N. S. : Oui, le barbecue et la tondeuse on les donne par chez vous ?
GDD : Non, effectivement. et, entre nous, ca gagne bien ?
N. S. : Ben, ca paye pas beaucoup, mais tous les mois, alors on fait avec.
GDD : Donc, tu t'estimes satisfait.
N. S. : Ben, ca dépend des jours, mais je fais mon boulot et on ne m'ennuie pas. Plus je fais bien, plus je suis peinard, donc ça roule.
GDD : Bien, merci Nico. Au revoir !
N. S. : C'est ça, au revoir. Faut que j'aille voir mes SUN, ça broadcast trop dans l'intertable.
FIN