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Dernière modification : Wednesday, June, 16, 1999 Actualit´s Dossier : l'insertion extra-académique des docteurs Des données chiffrées, les résultats de l'enquète HotDocs, des analyses de terrain... La contrib de la rédaction : tout ce que vous désirez savoir sur l'entretien d'embauche... L'URIS Ain-Rhône lance une initiative pour rapprocher doctorants et docteurs en entreprises Des témoignages de docteurs dans le secteur extra-académique.


Dossier : les docteurs dans le secteur extra-académique

Entre 1994 et 1997, les doctorants ont pris collectivement conscience que leurs problèmes de débouchés ne seraient pas résolus par une augmentation des nombres de postes mis au concours de la fonction publique. Collectivement, l'ensemble du monde des Etudiants-Chercheurs -- doctorants et post-docs -- s'est ainsi tourné vers d'autres solutions. Le secteur privé est apparu comme la voie la plus naturelle. Mais, et c'est une spécificité francaise, le docteur y est très peu prisé comparé à l'ingénieur.

Du temps des prises de conscience, nous sommes donc entrés dans celui de la recherche de solutions concrètes. Tâhe d'autant plus ardue, qu'à la différence des emplois publics, les emplois privés ne se décrètent pas.

Le présent dossier fait le point sur la situation actuelle, sur les expériences qui sont menées ici et là pour favoriser l'insertion des docteurs dans le privé. L'enquête HotDocs sur la perception des formations par la Recherche dans l'entreprise, et les travaux du CEREQ sur le devenir des docteurs insérés en entreprise complètent cette radiographie. Nous avons choisi de transmettre l'expérience de certains d'entre nous, qui ont choisi de travailler en entreprise, en publiant quelques conseils pour l'entretien d'embauche. Un autre article, signé R.-L. Benichou, insiste sur la nécessité de préparer son après-thèse le plus tôt possible.

Des témoignages de docteurs qui ont choisi d'aller dans le secteur extra-académique complètent ce dossier. Vous verrez que ces parcours sont très diversifiés, ce qui souligne qu'en la matière les possibilités existent et ne se résument pas au mot "industrie".


Témoignages de docteurs dans le secteur extra-académique

La galerie de témoignages que nous présentons ici illustre quelques parcours de docteurs hors du système académique. La diversité des expériences montre que tout ou presque est possible, et que le dynamisme de chacun est pour beaucoup dans les trajectoires individuelles.


Luc Baumstark, chargé de mission au Commissariat au Plan

Luc Baumstark et Fabien Torriéro (auteur d'une contribution dans ce numéro) ont préparé une thèse en économie des transports au Laboratoire d'Economie des Transports à Lyon. Etant sans doute parmi les premiers doctorants en sciences éco connectés au réseau, c'est comme cela que nous les avons rencontré.

Après sa thèse, il a été recruté au Commissariat au Plan pour s'occuper de l'analyse économique des services publics (notamment les problèmes de régulation dans les secteurs comme l'énergie, les télécommunications, les transports....).

Fort de son expérience au sein de la Guilde des Doctorants et dans la mouvance HotDocs, il a transposé un certain nombre de techniques Internet au Commissariat au Plan.

L'espace de réflexion FERLAVENIR est une de ses réalisations. Cet espace WEB présente textes de base et contributions sur les enjeux des réformes ferrovaires en France. Une liste de diffusion sert de lieu de débat. Cette organisation est similaire à celle mise en place par la Guilde et le groupe Action-HotDocs (voir notre espace réflexion par exemple).

Comme quoi, cet exemple original montre que les docteurs ont aussi un avenir dans la haute fonction publique, et que les méthodes de travail acquises pendant la thèse peuvent s'avérer très utiles.

Vous pouvez consulter la fiche de poste (Word PC) sur laquelle Luc Baumstark a postulé.

Je suis entré à l'université assez tardivement (25 ans) sur la base d'un projet professionnel précis et financé par une institution privée. Ce projet intégrait une dimension d'enseignement et de recherche et supposait une formation large et générale en économie ce qui nous avait conduit à retenir l'université.

Ce projet n'a pas abouti et les questions d'orientations délicates se sont posées alors que j'étais en Licence. Plusieurs options se sont présentées, arrêter purement et simplement la formation entreprise, poursuivre le parcours commencé à l'université ou s'organiser pour passer des concours.

En décidant de poursuivre, maîtrise puis DEA, je m'orientais sur le métier d'enseignant chercheur et j'acceptais donc l'idée de faire une thèse que je concevais comme une étape nécessaire.

Assez vite je me suis préoccupé des règles du jeu. D'ailleurs sur ce point, le discours du laboratoire et des principaux responsables (comme celui du CIES par la suite) était très clair. Le pari était risqué et je le savais. Il fallait franchir les étapes les unes après les autres en sachant que le fait d'en franchir une ne présageait en rien la réussite de la suivante.

Ce projet a donc motivé le choix du sujet du mémoire de DEA, puis l'orientation de la thèse elle même, ainsi que les démarches entreprises avec succès pour obtenir un poste de monitorat puis d'ATER.

Je crois pouvoir dire que de très nombreux signaux convergents validaient ma démarche : les résultats étaient au rendez-vous, les responsables du laboratoire ne cherchaient pas à me dissuader de ce projet, les relations avec mes étudiants et le reste de l'équipe pédagogique étaient très prometteuses. Disons pour faire vite que mon profil dans l'ensemble semblait correspondre aux desiderata de l'institution. J'en étais de plus en plus convaincu. Je me suis investi à l'université, dans la recherche et la vie de mon laboratoire. Je ne pense pas avoir fait tout cela par calcul, mais tout simplement parce que je prenais à coeur ce que je considérais déjà être mon métier.

Les premières questions sérieuses se sont posées alors que des signaux venaient progressivement brouiller des prévisions un peu trop optimistes.

Les nombreux témoignages de doctorants se trouvant dans des situations de précarité très fortes que j'ai découvert sur Internet semblaient en décalage complet avec ce que nous vivions dans notre laboratoire. Il m'a fallu la rencontre du noyau dur des militants d'Hotdocs, mon association modeste à quelques projets notamment sur le contrat de thèse pour prendre du recul et devenir plus lucide.

L'interrogation s'est faite plus pressante au fur et à mesure que j'approchais de la sortie et que je voyais les difficultés rencontrées par ceux, très proches, qui s'en allaient de mon propre laboratoire. Alors que ma question principale était celle de la mobilité spatiale à l'université : dans quelle université être recruté ? Elle est devenue celle de la mobilité professionnelle tout court : quel projet professionnel... retour à la case départ.

Ce qui m'a le plus révolté dans cette affaire, c'est moins les difficultés, on m'avait prévenu et j'en étais conscient, que le fait que le recrutement à l'université, contrairement à ce qui est dit dans des formules du style " mettre tous les atouts de son coté ", repose finalement sur un aléa sur lequel aucune prise n'est possible : " être là au bon moment ".

Ceci a généré une angoisse qui s'ajoutait à celle de la fin de thèse et qui paralysa jusqu'à mes travaux. Je me voyais mal subir les vicissitudes des années post doctorales avec ma petite famille (marié et père de deux enfants) pour attendre un hypothétique recrutement. Le coût me paraissait très élevé.

J'ai eu toutefois la chance d'être dans un laboratoire très bien implanté dans un vaste réseau incluant tout aussi bien des entreprises que différentes institutions. C'est finalement une situation relativement favorable qui permet aux responsables de gérer au mieux cet aléa. Ils réussissent à placer tant bien que mal l'ensemble des docteurs et même les anciens du DEA DEA qui de se fait ressemble sous certains aspects à un DESS.

L'interrogation sur mon avenir à l'université est devenu effective le jour où le pilier du laboratoire m'a fait connaître l'existence d'un poste au Commissariat Général du Plan (http://www.plan.gouv.fr), le profil du poste convenait assez bien à ma personnalité et à mes centres d'intérêts qui dépassaient largement le sujet de ma thèse proprement dit. Il a insisté, c'était une opportunité, connaissant bien mon projet, il rajouta la formule magique " c'est toujours bon pour un dossier de recrutement à l'université. "

Ma thèse n'était pas terminée et il fallait se décider immédiatement.

A commencé alors le parcours du combattant. La procédure durera plus d'un an. J'ai rencontré ainsi l'ensemble de la hiérarchie de l'institution allant du chef de service qui a procédé à la première sélection au Commissaire à qui revenait de choisir entre deux candidatures très différentes. Ces entretiens ne représentaient donc qu'une partie de la procédure.

Face à ces entretiens, je me suis trouvé un peu démuni. Je n'ai pas cherché à les préparer plus que cela, même si j'avais quelques questions en réserve au cas où. Je suis arrivé avec des exemplaires de mes travaux qui correspondaient le plus au profil du poste (rapport, travaux de synthèse, j'avais même déjà travaillé pour eux....). Les entretiens se sont déroulés sur la base d'échanges très informels au cours desquels je me suis présenté et j'ai expliqué ce qui me motivait. Mes interlocuteurs, tout en consultant le dossier me concernant, cherchaient à se faire une idée puis à me présenter le Plan, et son avenir. Enfin, si à chaque fois la thèse est revenue sur le tapis, sujet qui porte sur la tarification de l'infrastructure de transport, c'était plus par curiosité : mon sujet de thèse étant: "Tarification de l'usage des infrastructures et théorie de l'allocation optimale de ressources, d'une logique de couverture des couts à une logique de révélation des préférences".

Finalement, ce sont les aspects matériels (contrat, salaire) que j'ai eu le plus de mal à aborder. Mais, c'est une autre histoire. Après quelques péripéties, j'ai signé un contrat de un an.

J'ai soutenu ma thèse peu de temps après. Malgré la qualification obtenue quelques mois plus tard, (c'est toujours bon à prendre) je ne me suis pas présenté aux postes ouverts cette année, et je viens de renouveler mon contrat pour trois ans. Si l'avenir n'est pas encore fixé et si mon statut reste précaire, le projet universitaire initial s'éloigne chaque jour un peu plus même si aujourd'hui dans le cadre de mon travail je n'ai jamais été aussi proche de la recherche universitaire de haut niveau.

Le laboratoire et l'université utiliseront sans doute mon parcours, ne serait-ce dans les statistiques, comme un exemple réussi de débouché de la formation universitaire -je ne me plains pas. Toutefois, on oubliera les détours, le hasard qui m'auront conduit là où je suis aujourd'hui et qui, me semble-t-il, devrait plutôt fortement interroger l'objectif de la formation de troisième cycle. C'est un autre débat.

Bon vent


Pierre-Damien Berger, chargé de mission à l'ARATEM

Pierre-Damien Berger est un docteur en physique qui travaille maintenant comme salarié d'une association financée par une collectivité territoriale (la Région Rhône-Alpes).

L'Agence de la Région Rhône Alpes pour la maîtrise des TEchnologies de Mesure (ARATEM) travaille dans le cadre d'un programme scientifique de la région Rhône-Alpe consacré aux problèmes de mesures physiques. C'est un exemple d'action menée par une région pour le développement de la Recherche, et d'emplois "émergent" (activité de conseil et d'expertise) que ces activités peuvent générer. C'est pour cette raison que nous avons choisi de vous présenter ce témoignage.

Last but not least, Pierre-Damien Berger a été président de l'Association des Doctorants de l'INSA de Lyon (ADIL). Celle-ci organise tous les deux ans un forum docteurs/entreprises avec des tables rondes. C'est à cette occasion que nous avions rencontré Pierre-Damien Berger en 1996.

Parcours

Apres des études en fac : un DEUG puis une Maîtrise de Sciences et Techniques (MST pour les habitués), je sentais que la recherche serait pour moi un bon moyen de faire carrière... J'entreprends donc au retour de mon stage de MST effectué à l'étranger, un DEA en optique, domaine qui m'a toujours attiré et beaucoup intéressé. Intéressé également par les voyages à l'étranger, je me motive pour me trouver une place dans un labo, dans un pays anglo-saxon de préférence, pour réaliser mon stage et mémoire de DEA. Chose dite, chose faite, je pars au Canada (sans aucune aide française que ce soit morale et financière) dans un labo les plus high tech qui soit.

Dès mon retour, je m'aperçois de la difficulté pour être soutenu par les gens d'ici (de France) sachant que j'avais " déserté " ces chers labos français pour mon stage. Bref, de lettres en coups de téléphone, je n'aurai une bourse de thèse que un an plus tard... septembre 94, début d'une thèse en caractérisation optique de matériaux semiconducteurs. Au fur et à mesure du temps, mon envie de " faire carrière au CNRS " disparaissait, premièrement par le nombre de postes disponibles, deuxièmement par le nombre d'années en post doc à effectuer, et troisièmement par la motivation personnelle pour entrer dans le milieu de la recherche qui s'estompait. Je me sentais plus concerné par les applications et retombées des recherches plutôt que les recherches elles-mêmes.

En parallèle à ma thèse, je me suis aussi beaucoup préoccupé de la situation des docteurs, essayant d'organiser des réunions d'information et autres actions possibles pour faire valoir ce pauvre titre de docteur. J'ai été à la présidence d'une association de doctorants, ce qui m'a permis entre autre d'organiser des colloques scientifiques avec table ronde sur le devenir des doctorants.

Bref, bien avant d'avoir la thèse en poche, je me suis mis à prospecter dans le milieu industriel, à me tenir au courant de la situation économique du marché que j'allais devoir affronter. Je me suis lancé à la recherche d'un emploi plein d'espoir et d'optimisme (merci aux gens qui m'ont soutenu), à coup de contact, de formation pour les jeunes docteurs, de réseau à entretenir et faire fructifier au niveau des PME et des grands groupes... Je dois aussi avouer la pensée qui me motivait toujours à 100 %  : pouvoir rester en Rhône Alpes où celle qui allait devenir ma femme avait un job intéressant et fixe... (ce genre de critère faisant aussi partie d'un projet professionnel...)

Actuellement

J'ai donc soutenu ma thèse en octobre 1997. Un classeur de recherche d'emplois bien rempli déjà, et pas mal de lettres négatives. Quelques jours après ce " bouleversement positif " d'avoir quitter le labo, je me suis retrouvé à lire les magazines habituels pour un chercheur d'emplois et à décortiquer les petites annonces. J'ai aussi rencontrer une personne efficace et intéressée par ma situation à l'ANPE Cadres qui m'a bien conseillé et surtout mis en contact avec certaines boites locales... en vain.

Et puis mi - février, j'ai reçu un coup de téléphone d'un directeur d'agence qui avait eu mon CV par une personne de mon ex-laboratoire, personne qui fut à la direction du laboratoire à mon arrivée en 94, avec qui je n'avais pas eu de lien directe sur mon sujet de thèse mais qui nous soutenait dans nos actions au niveau de l'association dont je vous ai déjà parlé. Cette personne a eu le réflexe de me proposer pour le poste que j'occupe aujourd'hui, lors de réunions communes avec ce directeur d'agence. J'ai donc été retenu après une série d'entretiens classiques qui s'est conclue par une embauche.

Je suis embauché à l'ARATEM : Agence de la Région Rhône Alpes pour la maîtrise des TEchnologies de Mesure.
Mon but et plutôt la mission que l'on me propose est de faire le lien entre les entreprises de la région et les laboratoires (pour simplifier). En fait, je vais dans un premier temps m'occuper des laboratoires et connaître leurs compétences, les ressources et le savoir faire dont ils disposent. Ensuite avec une bonne connaissance de ce tissus là nous renseignons les PME/PMI sur tel ou tel besoins. Précision importante, nous nous intéressons à tous les capteurs et technologies de la mesure. Il faut donc que nous favorisions le couplage entre les résultats de la recherche et les activités industrielles. Il est donc indispensable que nous fassions connaître aux acteurs de l'Economie et de la Recherche les avancées scientifiques et techniques dans ce domaine en faisant émerger les thèmes porteurs d'innovation industrielle et en facilitant les échanges entre les acteurs concernés.

Je me suis finalement trouvé dans une association dépendant de fonds régionaux, et finalement pas si loin du milieu industriel puisque nous travaillons pour répondre à leurs besoins. Un boulot intéressant qui mêle des compétences techniques et du relationnel. Style de boulot dont je ne soupçonnais pas l'existence il y a quelques mois... et pourtant qui me convient bien je pense!!!

Les compétences requises pour ce boulot ?

Pour ce poste là, je sais que la thèse était indispensable puisque mon directeur voulait quelqu'un connaissant bien le milieu de la recherche, quelqu'un qui puisse aller dans les laboratoires et se rendre compte du travail effectué par une équipe. Il était souhaité également que le chargé de missions que je suis connaisse une large gamme des laboratoires de Rhône Alpes. Avec mon cursus effectué dans la région, j'avais déjà marqué un point positif. Ensuite, il voulait une personne pour l'organisation de réunions d'information et de colloques, deuxième point positif pour moi, j'avais aussi ce coté dans mon CV... Bref, tout un ensemble de points qui a fait que j'ai été choisi pour ce poste la. Ensuite il faut s'adapter et surtout arriver à être efficace sur un type de travail qui ne peut pas se quantifier immédiatement.


Eric.Jullien@ens-lyon.fr,  27 ans - Ingénieur Systèmes Unix chez AG.com et Bouygues Telecom

Eric Jullien, alias Le Die, a eu tous les emmerdements du post-thèse sans avoir fait de thèse. C'est d'ailleurs comme cela qu'à la Guilde, on l'a rencontré. A l'époque, en juin 1995, Die terminait un DEA de Physique Nucléaire préparé à Strasbourg, savait difficilement se servir d'un ordinateur ("Hach-Teuh-Teuh-Peu, c'est koa ?"), n'avait aucun financement de thèse en vue mais s'intéressait déjà aux problèmes de l'après-thèse.

Après une année passée à attendre un financement de thèse qui n'est jamais venu (comme d'autres attendent en postdoc un poste qui ne viendra pas), Die s'est reconverti en ingénieur système. Maintenant il travaille chez AG.Com une société de service qui le "loue" à Bouygues-Telecom où il travaille dans le service "Information Centrale et réseaux".

Pour ce second numéro, nous lui avons demandé de raconter son expérience, c'est-à-dire son itinéraire initiatique d'un projet de Recherche Fondamentale à l'ingénierie système UNIX chez Bouygues-Telecom... Un chemin d'autant plus intéressant qu'il a été bien vécu.

Comment s'en sortir avec un DEA de physique Nucléaire et quand on aime le Black Doom Death ...

Titre pompeux et hautement respectable isn'it?

Et pourtant je viens de ce milieu impropre à faire de bons ingénieurs, efficaces, compétents et structurés, que sais-je encore : des professionnels ? : La Recherche Universitaire (Beuaaaarghhhhh !).

Pur faqueux de base (y compris à la dégaine louche de cheveux long (très), de raybans Men In Black, et de T-Shirt gore-metal[NDLR : voir photo ci-contre... Eh oui, c'est lui et il bosse chez Bouygues...]), je n'étais intéressé que par la Recherche Fondamentale, (la vraie quoi...) et plutôt méprisant des ingés "top-pros" en costard/cravate.

Du coup pas d'école d'ingé, l'université sinon rien.

En 1995 je décroche un DEA de physique nucléaire (sans bourse ), stage au CEA qui donne le même résultat, Je commence le long calvaire de la recherche de bourse (et dans la foulée d'emploi....) : prises de rendez vous avec des chercheurs, des industriels etc... Dans tous les cas j'arrivais à une conclusion du style :

"Vous nous interessez mais vous n'avez pas [d'expérience | de formation dans tel domaine ] vous êtes trop [théorique | appliqué] commencez par un stage chez nous ... (gratuit tant qu'à faire) ou rappelez-nous dans 3 mois...:

Ça a duré comme ça pendant un an, avec une période (6 mois) stage Collège de France/EdF sur une simulation de réacteur nucléaire financé via... un RMI (sic !) dont le financement de thèse était sempiternellement reporté ad vitam aeternam, de trois mois en trois mois.

Un an après mon DEA, je n'avais toujours pas de bourse, une formation inexploitable sur le marché du travail. Trop qualifié pour la plupart des jobs à ma portée (même les boîtes de travail temporaire (re-sic !)) et pas assez en informatique (pas de vrai d'expérience significative dans un vrai langage comme le C, pas de diplômes....) juste quelques connaissances Unix (et l'habitude de programmer en Fortran, mais le fortran n'est pas "industriel").

Grâce à quelques contacts tissés lors de mes stages et via HotDocs, j'ai pu faire deux courts stages en tant qu'administrateur système dans des laboratoires, histoire d'acquérir les rudiments du métier (et mettre quelques mots clefs sur le CV). Puis refonte du CV, exit la physique, mise en avant de l'informatique, on remplace "Ingé d'Étude" par "Bac +5" (beaucoup plus parlant pour les industriels) et quelques autres trucs du même genre. Enfin, un squatt assidu du forum de news fr.emplois.offre (voir ici pour un acces web) les sites web d'emplois, et quelques journaux (classique, à part que j'ai dû envoyer une lettre, une trentaine de mails, quelques coups de fil ...). Résultats : une dizaine de rendez-vous, dont un qui débouche en moins de quinze jours avec une SSII qui me forme en interne, puis une autre SSII qui me débauche moins de deux mois après...

Aujourd'hui, j'ai toujours les cheveux longs, je porte une cravate, et j'ai un travail qui n'est pas prêt de se démoder... C'est certes moins "fondamental" que la recherche, mais ça reste amusant et intéressant, avec finalemant un aspect de perpétuelle remise en question proche de l'état d'esprit de la Recherche.


Dominique Méra, docteur en astrophysique, développeur dans une PME en informatique.

Polytechnicien de la promotion 1989, Dominique Méra a choisi d'effectuer une formation par la recherche. Après un DEA de physique théorique Rhône-alpin, il commence une thèse en astrophysique à l'automne 1993, qu'il soutient en mai 1996. Après une première candidature malheureuse au CNRS en 1996, il part en séjour postdoctoral aux Etats-Unis. Son laboratoire de thèse s'étant vu attribuer deux postes de maître de conférences au concours 1997, il part avec une " assurance " sur ses chances pour un de ces postes. A son retour, les choses se gâtent : il n'est pas classé premier sur le poste escompté, ce qui entraîne des tensions entre permanents. Du coup, par suite de " règlements de comptes ", le résultat de la commission de spécialistes est invalidé par le conseil d'administration de l'université. Enfin, le CNRS ne le recrute pas, comptant sur ses chances théoriques sur le poste de maître de conférences pour le stabiliser. Après un an comme ATER en 1997 à 1998, il candidate de nouveau comme maître de conférences sur le poste republié, comme chargé de recherche au CNRS en section 14, et recherche un emploi dans le secteur privé. Il a eu le choix entre un poste de maître de conférences et une proposition dans le privé, en informatique. Dominique Méra a finalement choisi d'aller dans l'entreprise.

Cet exemple intéressant montre la nécessité de ne pas prendre pour argent comptant les " assurances " et même les " pronostics " sur les recrutements académiques. Peu à peu, la pression augmentant, les pratiques changent et nous recommandons aux futurs candidats de ne pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier. Certains directeurs de thèse ou de laboratoires peuvent être tentés de fournir des "garanties" à leurs anciens étudiants, mais en pratique, elles s'avèrent de plus en plus aléatoires.

Enfin, l'exemple de Dominique Méra montre comment la valorisation d'une compétence acquise pendant la thèse permet une insertion en entreprise. Néanmoins, même dans un secteur en expansion comme l'informatique, cette compétence ne se vend pas telle quelle : il y a bien longtemps que l'inversion de matrices 2000x2000 en Fortran n'intéresse plus grand monde dans pas mal d'entreprises. Dominique Méra a d'ailleurs été recruté pour ses compétences en programmation C++, sa connaissance de l'API Windows et son intérêt pour le langage objet Java.

Dominique Méra nous a aussi communiqué une lettre ouverte sur les critères de recrutement académique.

Témoignage de Dominique Méra

Je fais maintenant partie des quelques 15% de docteurs ayant trouvé un emploi dans le privé. Il m'a paru utile de résumer le cheminement qui m'a amené à ce résultat afin que mon expérience profite éventuellement à d'autres docteurs.

Polytechnicien depuis 1992, j'ai choisi d'effectuer une formation par la recherche. J'ai donc suivi les cours du DEA de physique théorique Rhône-alpin, puis j'ai commencé une thèse dans le domaine de recherche qui m'intéresse : l'astrophysique. Ce n'est qu'au cours de ma thèse que j'ai progressivement appris la situation dramatique du marché de l'emploi des docteurs ès sciences. A ma sortie de l'X, je m'attendais à ce que la majorité des docteurs trouvent un emploi dans la recherche publique ou privée, et ce n'est qu'en dernière année de thèse que j'ai connu les chiffres exacts. Il me semble que actuellement de nombreux efforts sont faits par les responsables de DEA et de laboratoires pour que ceux qui désirent faire un DEA soient informés correctement.

J'ai soutenu ma thèse en mai 1996. J'ai à peu près à la même époque présenté ma candidature au concours de recrutement du CNRS. Comme prévisible, je n'ai pas été pris, puisque la commission recrute systématiquement les candidats ayant au moins deux ans de post-doc. Ce sont les règles du jeu, que l'on soit d'accord ou non.

Fort heureusement, le laboratoire dans lequel j'ai fait ma thèse s'est vu attribuer deux postes de maître de conférences au concours 1997. L'un de ces deux postes correspond au thème de recherche de l'équipe dans laquelle j'ai fait ma thèse, ce qui tombe bien.

Je pars donc en post-doc aux Etats-Unis avec l'assurance de mon directeur de thèse que j'ai des chances excellentes d'obtenir un poste de maître de conférences. Après les auditions, alors que les candidats restant sont connus, mon directeur de thèse, ainsi que le directeur du laboratoire, m'assurent que j'ai le meilleur dossier. Je me porte aussi candidat au CNRS, bien que n'ayant aucune chance à double titre : le laboratoire a déjà deux postes de maître de conférences, et il paraît que ça fait déjà beaucoup, de plus, je n'ai toujours pas les deux ans de post-doc minimum requis. De plus, la commission du CNRS connaît mes chances favorables sur le poste de maître de conférences.

En juin 1997, la commission de spécialistes de l'Université rend son verdict relatif au poste de maître de conférences : je suis classé troisième. Le premier classé (qui a fait une thèse de physique) a un thème de recherches qui ne correspond pas au profil du poste.

Trois personnes différentes m'ont expliqué les motivations de la commission : il s'agit d'un règlement de comptes entre les membres de la commission et mon directeur de thèse.

Je suis donc revenu des US en tant que chômeur. Le directeur du laboratoire est intervenu, ce qui a eu deux conséquences : 1) le poste de MdC n'a pas été pourvu, le conseil d'administration ayant reconnu la mauvaise foi de la majorité du conseil scientifique, et 2) j'ai obtenu un ATER a compter du mois de novembre 1997, toujours grâce à l'intervention du directeur de laboratoire. J'ai malgré tout connu une période de deux mois sans revenus, juste à mon retour des US, alors qu'il fallait que je trouve un appartement, une voiture...

J'en ai profité pour m'intéresser au marché du travail. Comme j'aime l'informatique, je me suis dirigé tout naturellement vers ce secteur. Une thèse théorique d'astrophysique n'apporte pas de connaissances utiles à une entreprise, sauf justement en informatique.

Avec l'aide d'un ami, j'ai défini un projet professionnel, un CV, et une stratégie.

Par ailleurs, l'emploi de MdC retenu en 1997 est remis au concours en 1998, avec entre temps un changement des commissions de spécialistes. Fort de mon expérience de l'année précédente, je prévoyais maintenant l'éventualité d'un refus. D'autant plus que j'ai encore une fois échoué le CNRS. Dès la fin de mes enseignements, en mai 1998, j'ai repris une activité de recherche d'emploi dans l'industrie. Il s'est trouvé que j'ai eu deux entretiens le même jour, le matin pour le poste de MdC, et l'après-midi pour un emploi dans une société de services. Je n'avais que l'embarras du choix.

J'ai finalement décider de refuser le poste de maître de conférences, pour plusieurs raisons. Globalement, j'ai été plutôt déçu par le monde de la recherche. En particulier par l'obligation, en section 14 du CNRS, d'avoir fait au moins deux ans de post-doc. Ayant une famille, ce n'est pas des plus commodes dans mon cas. Rechercher un premier emploi à 28 ans est une aberration. J'ai aussi gardé un certain ressentiment de la décision de la commission de spécialistes pour le poste de MdC 1997. La commission 1998 n'a d'ailleurs même pas jugé utile d'auditionner le candidat classé premier par la précédente commission : son thème de recherche est quelque peu éloigné du thème demandé pour le poste. Ce fait confirme les motivations peu scientifiques de la première commission. L'idée de me retrouver dans le même laboratoire que les personnes qui m'ont utilisé pour un réglement de comptes ne me séduisait pas particulièrement.

Enfin le salaire versé par une entreprise est sans commune mesure avec celui d'un MdC.

En conclusion, je recommande à tous les thésards de ne pas avoir peur de se diriger vers l'industrie. C'est un domaine où les compétences sont reconnues à leur juste valeur (financière et humaine). Une telle reconversion se prépare longtemps à l'avance; pour ma part, il m'a fallu un an environ entre le moment où j'ai commencé à considérer cette possibilité et le moment où j'ai trouvé un emploi. Les Doctoriales apportent une aide précieuse pour la recherche d emploi. Le marché du travail dans le domaine privé est certes difficile actuellement, mais pas autant que le marché de l'emploi dans le recherche publique. J'ai pour ma part mis seulement un mois pour trouver un emploi, avec au total l'envoi d'une douzaine de CV. Mais je redis que avant d'arriver à un projet professionnel convenable avec un CV adéquat, il m'a fallu presque un an.


Luc SELIG, 27 ans, docteur en biologie, ingénieur agronome, créateur d'une entreprise en biotechnologie (Hybrigenics)

Ingénieur agronome depuis 1993, spécialisation 'Génétique et Biotechnologies' (ENSAIA de Nancy), Luc Selig est aussi titulaire d'un Master of Science 'Plant Breeding and Genetics' (University of Illinois, Etats-Unis). Après son master, il a préparé une thèse de biologie à Cochin (université Paris 5), qu'il a soutenu en 1998. Pendant toute sa formation doctorale, Luc a été actif dans le monde associatif doctorant : abonné de HotDocs et fondateur de Biodocs, il a activement participé aux actions de la CEC.

Après sa thèse, il s'est alors lancé dans la création d'une entreprise de biotechnologies Hybrigenics, un de ces startups comme il en fleurit tant aux Etats-Unis. Cet exemple est intéressant à plus d'un titre : d'une part c'est une création d'entreprise dans le secteur des hautes technologies, et d'autre part c'est un cas où ce sont vraiment les techniques utilisées durant la thèse qui sont valorisées. Il montre aussi l'importance du réseau de relations tissé pendant la thèse. En clair, comme le dit Luc Selig en conclusion, rester seul rivé à sa paillasse pendant trois ans ne permet pas un tel parcours. Dans la Guilde, on le connait assez pour dire que, effectivement, Luc n'est pas du genre à rester tout seul dans son coin.

La création d'entreprise vue de l'intérieur.

Comment trouver un emploi dans le privé ? S'il existait une réponse à cette simple question, ça se saurait. Mon parcours scolaire peut-il expliquer ma réussite d'aujourd'hui ? En partie. En partie seulement.

De mon retour des Etats-Unis, avec une expérience de 2 ans de recherche en biologie et un diplôme d'ingénieur en poche, je me croyais prêt à occuper un poste d'ingénieur de recherche dans l'industrie agro-alimentaire. Après en avoir discuté avec d'anciens professeurs et m'être frotté au monde du travail, j'ai vite compris que le doctorat était un passage obligé pour faire de la recherche.

N'étant pas particulièrement intéressé par un domaine de recherche précis, j'ai choisi la solution de facilité en m'orientant vers une filière à la mode, porteuse, dans laquelle les financements étaient abondants.

Le sujet de thèse que l'on me proposait m'était totalement inconnu, mais présentait l'énorme avantage d'être basé sur une technique encore nouvelle en France en 1995. Les 10 premiers mois ont été passé dans le laboratoire d'un des 2 chercheurs qui ont amené cette technique en France. Cela me permit de la maîtriser parfaitement mais aussi de pouvoir suivre son évolution à travers le réseau de relations que je m'étais tissé avec les spécialistes mondiaux de cette nouvelle technologie.

Au cours de mes 3 années de thèse, je n'ai pratiquement utilisé que cette technique. Je l'ai enseignée en France et à l'étranger. Aujourd'hui, j'en fais mon métier.

Comment passer de l'autre côté ? Il faut avoir le bon profil (ça peut vouloir dire : sujet de thèse et techniques adéquats, spécialisation dans un domaine pointu ou encore avoir personnalité recherchée...), et une bonne dose de chance, c'est à dire se trouver au bon endroit au bon moment. Mon directeur de thèse voulait depuis longtemps monter une entreprise basée sur la technologie du double-hybride, mais l'idée faisait son chemin sans jamais se concrétiser. On a passé des soirées à se l'imaginer. Puis, un jour, on l'a créée. Nous étions trois au départ, puis quatre, puis six. Le catalyseur fut la rencontre avec un entrepreneur, déjà présent il est vrai sur mon lieu de thèse. Le projet l'a séduit et s'est étoffé grâce à l'apport de nouvelles personnes, et enfin s'est concrétisé.

Parmi les fondateurs, nous sommes deux docteurs fraîchement diplômés. La société emploie une quinzaine de personnes dont 2 autres docteurs et bientôt 2 post-docs supplémentaires. Hybrigenics prévoit d'ailleurs encore de recruter activement. Pour avoir accès aux offres d'emploi, consultez le site Hybrigenics.
Seul, je n'aurais rien tenté. J'ai rencontré les bonnes personnes au bon moment.