| Édito | L'Actualité | Infos pratiques |
| Le Dossier | Un autre regard | Sommaire |
Dernière modification : Thursday, July, 2, 1998
Dossier
PRAG : une synthèse des listes de la Guilde
Cette discussion avait débordé largement sur le thème de l'université en général. Si parmi les lecteurs de cet article, il en est qui soient intéressés par ce thème plus vaste et Ô combien intéressant, ils sont évidemment encouragés à aider l'équipe rédactionelle du Magazine de la Guilde en en faisant une synthèse ...
Cette synthèse s'arrête approximativement à l'automne 1997. Elle ne prend pas en compte les discussions postérieures qui ont suivi la pétition contre les 1200 PRAGs du budget 1998. Si un volontaire souhaite combler cette lacune, qu'il nous contacte , il sera le bienvenu.
Le statut de PRAG est celui d'un "agrégé" détaché à l'Université sur un poste créé dans l'enseignement supérieur. Dans la mesure où les agrégés enseignent en classe préparatoire (CPGE), ils ont les connaissances requises pour enseigner en Premier Cycle Universitaire. De plus, les programmes des agrégations sont appuyés sur les programmes de maîtrise, et vont parfois un peu au delà. Le statut de PRAG ne comprend pas de recherche, et leur charge d'enseignement est double de celle d'un MdC, soit 384 h eq. TD par an. Pour cette raison, ils coûtent moins cher à l'administration.Ces postes offrent peu de perspectives de carrière, parce que le secondaire ne sait pas les évaluer, et parce que les universitaires les considèrent mal. De plus, ils peuvent être jusqu'à une fois et demi moins payés qu'un agrégé enseignant en lycée ou en CPGE. Les agrégés qui occupent ces postes sont donc pour la plupart thésards ou docteurs, et ils espèrent obtenir un poste de MdC (voir une des notes de la Direction des Études et de la Prospective, sur les aspirations des agrégés du second degré affectés dans le supérieur).
Le recrutement de PRAG est "laissé libre à l'arbitrage du chef d'établissement" qui peut notamment accepter des non-agrégés sur ces postes. Dans les disciplines technologiques, par exemple, ce sont des titulaires du CAPET qui sont recrutés. Il n'existe pas non plus de CNU pour les PRAG.
Enfin, dans certaines disciplines comme l'informatique, il n'existe pas d'agrégation. Ceci pousse à recruter sur les postes de PRAG les agrégés d'une discipline connexe, en l'occurrence les mathématiques. Si cette situation pouvait paraître logique il y a quelques années, quand beaucoup de chercheurs en informatique étaient mathématiciens, ça n'est plus le cas aujourd'hui. Ce point a fait couler beaucoup d'encre (d'informaticiens qui ne l'acceptent pas) sur HD. Toutefois, un appel à discuter sur la nécessité de créer ou non une agrégation d'informatique n'a eu aucun écho.
Les Maîtres de Conférences, pour leur part, sont recrutés parmi les docteurs, et sont aussi qualifiés que les PRAG pour enseigner en Premier Cycle. Dans la mesure où un docteur a reçu une formation à l'enseignement (monitorat, ATER), il est aussi compétent qu'un PRAG en matière de pédagogie, cependant, tous les docteurs ne reçoivent pas cette formation. Il faut également noter que le cursus Maîtrise - DEA - Thèse conduit plutôt à une hyper-spécialisation, alors que l'enseignement en Premier Cycle requiert une large culture générale. Les disparités d'opinion relevées sur les listes reflètent ainsi la diversité disciplinaire et les variations individuelles.
Les missions de l'Université
Les missions de l'Université sont de deux ordres : recherche et enseignement. Plus spécifiquement en ce qui concerne l'enseignement, elle a pour mission deVoir le texte fondateur, qui est la loi sur l'Université de 1984 (loi Savary).
- Communiquer des connaissances remises à jour par les avancées de la recherche et des technologies ;
- Assurer des acquis minimaux aux étudiants en termes de méthodes et de connaissances ;
- Aider les étudiants à développer leur autonomie et leur responsabilité.
En dehors de l'acquisition de connaissances de base, ces missions sont assez différentes de celles assignées aux classes préparatoires.En marge de ces missions, peuvent se poser plusieurs questions : sont-elles respectées par les personnels enseignants ? comment les faire respecter le cas échéant ? sont-elles adaptées aux attentes des étudiants ? Pour répondre à ces questions, il semble que la remise à jour des connaissances ne soit que rarement effectuée, et que la mission d'"autonomisation" des étudiants ne soit assurée qu'au prix de nombreuses "pertes" (voir les taux d'échec en DEUG).
Avantages et désavantages des MdC et des PRAG
Comme nous l'avons dit, un PRAG effectue un double service d'enseignement par rapport à un MdC pour un salaire à peu près identique. Un avantage d'employer des PRAG est donc que cela permet d'assurer la mission d'enseignement de l'Université à moindre coût. Les PRAG sont détachés dans le supérieur, ainsi on peut les faire réintégrer le secondaire si les effectifs de lycéens augmentent ou si les effectifs d'étudiants diminuent, ce qu'il n'est pas possible de faire avec des MdC.Dans les Universités récentes, le besoin de personnels enseignants est un besoin immédiat du fait de la présence des étudiants, alors que pour des raisons de coût dans certaines disciplines, la recherche ne peut se mettre en place rapidement. Dans de tels cas, l'embauche de PRAG est une solution pratique. Il est toutefois nécessaire de s'assurer qu'à terme, la recherche se mette en place et que des postes d'enseignants-chercheurs remplacent l'essentiel des postes de PRAG, afin d'éviter que ces Universités ne se transforment en collèges universitaires. En effet, pour mener à bien la mission universitaire de réactualisation des connaissances, il faut que les enseignants soient en contact avec la recherche, ce qui n'est pas le cas des PRAG. Pour que l'Université puisse assurer sa mission de recherche, la proportion de PRAG doit rester faible.
L'afflux de PRAG à l'Université pose problème par la rivalité qu'il introduit entre docteurs et agrégés d'une part, mais aussi entre PRAG et MdC, ce qui est plus grave et dont les étudiants pourraient pâtir. Cela pose aussi une difficulté au niveau de l'évaluation des enseignements puisqu'ils sont fait par deux corps différents.
Le témoignage d'une doctorante agrégée en sciences de la vie et de la terre montre que la préparation de l'agrégation apporte une autonomie par rapport à l'acquisition des connaissances, un esprit de synthèse et d'analyse, et une actualisation poussée des connaissances. Elle considère qu'en DEUG le jeune agrégé peut apporter un regard neuf sur l'enseignement, et que sa compétence dans plusieurs matières (dans son cas : géologie, biologie animale et végétale) lui permettra de faire le lien entre elles. Pour ce qui est de l'esprit de la recherche, il ne lui sera pas familier, et il ne pourra s'en imprégner qu'à travers ses contacts avec les enseignants-chercheurs, ce qui nécessite qu'il soit rattaché à un laboratoire.
Cette position a suscité des commentaires. Tout d'abord, la prédominance des agrégés parmi les enseignants de l'Université est une spécificité des matières "littéraires" qui ne se retrouve pas dans les matières scientifiques. Ensuite, si l'idée d'un statut pour les agrégés souhaitant passer une thèse est une bonne chose, le statut d'AMA semble plus adapté que celui d'ATER compte tenu d'une charge d'enseignement plus réduite. Une fois docteurs, ils doivent candidater "comme tout le monde" (i.e. sans passe-droit) sur les postes de MdC. Quand à l'idée que l'ATER constitue un pré-recrutement de MdC, c'est tout à fait faux, et il faut se préoccuper des débouchés de ceux qui ne seront pas MdC.
Des extraits du rapport du Sénat postés sur HotDocs montrent que les sénateurs sont sensibles au problème d'une "certaine secondarisation des premiers cycles" dont les inconvénients "l'emporteraient sur les avantages attendus". Ils recommandent de maintenir et développer l'implication des enseignants chercheurs en premier cycle où ils doivent demeurer les principaux acteurs (au lieu d'enseignants du secondaire). Ils considèrent également anormal que seule l'activité de recherche des enseignants chercheurs soit "prise en compte dans leurs perspectives de carrière".
La position de l'association ADOC de Rennes à également été postée sur HotDocs. Cette association est opposée à un afflux massif de PRAG à l'université ; elle souhaite que les agrégés qui veulent passer une thèse puissent le faire sans interférer sur le nombre d'allocations attribuées aux non-agrégés ; elle refuse l'existence d'un concours réservé aux PRAG pour devenir MdC.
Un message posté sur HotDocs présentait une réflexion de fond très intéressante sur les différents types d'enseignant qui existent ou devraient exister dans les Universités. L'Université de masse plaide pour la création d'un corps d'enseignants purs.Compte tenu des deux missions de l'Université d'enseignement et de recherche, il existe a priori trois métiers possibles pour les universitaires : chercheur pur, enseignant-chercheur et enseignant pur. Statutairement, les MdC sont tous des enseignants-chercheurs, mais dans la pratique, ils sont nombreux à privilégier fortement l'une ou l'autre des facettes de leur métier. Il serait bon que ces trois métiers de l'universitaire soient reconnus de façon officielle, avec des critères de recrutement et d'évaluation clairement définis qui leur soient propres, et soient en rapport avec les compétences requises (comme la pédagogie pour les enseignants purs). Pour tenir compte de changements d'aspiration de ces personnels au cours de leur carrière, des passerelles entre les trois déclinaisons du métier d'universitaire seraient souhaitables.
Dans les universités actuelles, les enseignants purs sont des PRAG, et aucun critère d'évaluation n'est prévu pour ces types d'enseignants. Pour les chercheurs purs (des organismes de recherche) et les enseignants-chercheurs (MdC), l'évaluation existe, mais possède des lacunes (les MdC ne sont pas évalués sur leur enseignement) et mériterait d'être améliorée.
De la discussion qui a suivi (mais qui n'a pas mobilisé beaucoup de monde), il ressort que les PRAG ne peuvent pas constituer en l'état actuel ce corps d'enseignants purs. En effet, il est nécessaire compte tenu des missions de l'Université que les enseignants purs soient en contact avec la recherche, or les PRAG n'ont pas reçu de formation par la recherche et l'osmose entre les enseignants-chercheurs et les enseignants purs au sein des équipes pédagogiques ne peut pas se développer si ces derniers ne disposent pas de bureaux dans les laboratoires.
S'il doit exister des enseignants purs à l'Université, deux voies sont possibles pour y parvenir :
Si on refuse l'afflux de PRAG à l'Université, les enseignants purs sont nécessaires pour assurer la mission d'enseignement, car beaucoup de créations de postes de MdC seraient nécessaires pour aboutir à un taux d'encadrement convenable, ce qui n'est pas réaliste.
- Créer un nouveau corps d'enseignants purs
Il faut ouvrir un nouveau concours réservé aux titulaires du doctorat, il faut pouvoir évaluer ces personnels sur leur enseignement et leur proposer des perspectives de carrière (passerelle vers la recherche ?);- Imposer aux MdC de réduire leur activité de recherche pour se consacrer essentiellement à l'enseignement pendant une période de leur carrière.
Il faut introduire une évaluation de l'enseignement, pour que cette période consacrée à l'enseignement s'intègre dans l'évolution de leur carrière.
Cette affaire a démarré à partir d'un message qui présentait sur HotDocs l'annonce de la création d'un poste de PRAG "à dominante essentiellement recherche", alors que le statut de PRAG ne contient pas de recherche et que les contraintes d'enseignement ne permettent pas d'en faire. Ce poste était créé avec l'accord de l'Université Joseph Fourier de Grenoble.De vives réactions ont été exprimées sur la liste. La personne recrutée sur ce poste n'aura pas le temps de faire de recherche à moins d'obtenir une décharge d'enseignement. Si le besoin en heures d'enseignement n'est pas réel, et que l'Université compte accorder cette décharge d'enseignement, pourquoi ne pas recruter un MdC ? Quoi qu'il en soit, si cette personne effectue de la recherche elle ne sera pas évaluée pour ce travail. De plus, n'étant pas officiellement rattachée au laboratoire, elle n'est pas éligible au conseil de laboratoire et ne peut rien dire sur la marche du laboratoire et ses orientations en terme de recherche.
Un extrait de la justification de l'équipe de recherche qui avait obtenu ce poste a été posté sur Hotdocs. L'idée est que ce sont les présidents d'Université qui négocient les créations de postes avec le ministère, et que le laboratoire "n'a pas le choix, autant prendre le bon coté des choses même si on peut militer contre".
Enfin, un fax à envoyer au responsable de l'équipe de recherche et au président de l'Université de Grenoble a été élaboré sur la liste pour protester contre ce poste. Il était proposé que les abonnés qui le souhaitent l'envoient. Il n'y a pas eu de suite marquante à cette opération.