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Dernière modification : Monday, November, 22, 1999


Dossier : les personnels enseignants de l'Enseignement Supérieur

Depuis janvier 1996 et le plan d'urgence de F. Bayrou, la question des PRAGs avait fait l'objet de moultes discussions chez les doctorants. De tous ces débats, sur le Net et dans le Monde Réel, a peu à peu émergé la conviction que la question PRAGs n'était que le haut d'un iceberg. En fait, la question posée est celle des personnels de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, de leur mission et de leur évaluation.

Le présent dossier est le fruit de la réflexion conduite par le groupe Action-HotDocs dans ce domaine entre janvier 1996 et décembre 1997, date de sa cessation d'activité. Elle se base sur la lecture de multiples contributions sur le sujet, dans les listes de la Guilde ou dans les divers rapports sur l'Université. Elle se base aussi sur de multiples interviews d'enseignants-chercheurs, d'agrégés, de doctorants et d'étudiants. Partant de l'exérience de doctorants, jeunes chercheurs et enseignants-chercheurs, agrégés et agrégatifs, il est volontairement limité aux personnels enseignants et chercheurs.

 


Quelques faits et chiffres

Les faits : 24 septembre 1997, l'annonce du budget

Claude Allègre, ministre de l'Éducation Nationale, de la Recherche et de la Technologie, présente son projet de budget pour l'année 1998. Ce projet de loi de finances se trouve exposé sur le site Web du ministère :

[ http://www.education.gouv.fr/actu/univ7.htm ]

On y découvre les mesures relatives aux créations de postes :

C'est la création de 1200 postes de PRAGs qui nous a profondément choqués.

Les chiffres: répartition des personnels dans le supérieur

C'est hélas en comparant avec les années précédentes que le bât blesse, comme le montre le tableau suivant :
 

Année MdC PRAGs Profs
1996 712 1150
1997 796 540 152
1998 1200 1200 600


Ce qui apparaît clairement, c'est que l'essentiel de l'effort de créations de postes n'a pas porté sur les enseignants-chercheurs (+400) mais sur les postes de professeurs agrégés affectés dans le supérieur (+700) !!!

Pour se faire une idée des personnels du supérieur actuellement en poste, on peut consulter les graphes suivants qui détaillent l'évolution des effectifs depuis le début des années 80 (Source Direction des Personnels de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche [DPESR]) :

[ Effectifs 1981-1995 ] [ Proportions relatives 1981-1995 ]

Le premier phénomène évident est l'augmentation des personnels, surtout à partir de 1989 (plan Université 2000). On note en parallèle une recomposition : le corps des assistants s'est peu à peu éteint, mais une nouvelle catégorie est montée en puissance : celle des personnels du second degré affectés dans le Supérieur. Notons qu'il s'agit principalement d'agrégés et de certifiés. La DPESR connaît la répartition par disciplines et corps de ces personnels :

[ Personnels du second degré ]

Très peu exercent des fonctions d'enseignants-chercheurs. Ils sont en général sur des postes de PRAGs. On note qu'ils sont en majorité dans les disciplines relevant des Sciences de l'Homme et de la Société (Lettres et Droit). Leur nombre total, qui est d'environ 11000, est non négligeable comparé au nombre total des Maîtres de Conférences et des Professeurs. Rappelons que la Direction des Études et de la Prospective a effectué une enquête sur les motivations et le positionnement des agrégés du secondaire affectés dans le Supérieur.

On consultera également les serveurs suivant pour plus d'information :

Un complément d'informations utiles pourra être trouvé dans la Boîte à idées HotDocs qui contient le fond documentaire d'Action-HotDocs. On y trouvera en particulier des synthèses des rapports suivants :

Le lecteur est aussi invité à consulter les pages de Nicolas Singer sur les  métiers de l'Enseignement Supérieur.


La contribution de la rédaction

Le présent article constitue, en un sens, le coeur de ce dossier. Il s'agit de la synthèse des travaux du groupe Action-HotDocs sur la question des personnels de l'Enseignement Supérieur. Fruit d'un travail collectif effectué entre janvier 1996 et décembre 1997, il vise à explorer quelques uns des problèmes liés au positionnement des différentes catégories de personnels enseignants par rapport à leurs missions dans le supérieur.

Bien entendu, il nous a été impossible de produire une étude exhaustive, mais nous pensons avoir mis en évidence quelques uns des problèmes et dysfonctionnements les plus flagrants. Nous avons présenté quelques pistes de réflexions sur le sujet. Nous espérons que ces quelques réflexions pourront contribuer de manière utile à faire avancer le débat sur ce vaste, mais explosif sujet.

L'article, intitulé "Quelques remarques sur les personnels enseignants et chercheurs du Supérieur", provient d'un gros dossier de près de 30 pages en cours de finalisation et qui sera mis sur le serveur ultérieurement. Néanmoins il existe pour le moment en version  abrégée:

[ Résumé en HTML ]

Auteurs : Pascal Degiovanni et Maurice Vidal

Contributions de : E. Bringuier, Ch. Chaubet, Cl. Gimaret, N. Neiertz et G. Vidal

Remerciements à Fabrice, Renaud, Véro, Le Die, Joel, Benoit, Hélène, Ludo, les trois Nicolas, Pat, Totofe, Miniroot, ainsi que Nadège Minois qui a bien voulu rédiger une béta version de ce qui suit, Richard et Pascale pour leur relecture experte. Nous rendons aussi hommage à la mémoire de J.-M. Caron (ancien directeur du CIES de Lyon). Plusieurs discussions avec lui, toujours intéressantes et pertinentes ont contribué à nos travaux et, en particulier à cet article.

Quelques remarques sur les personnels enseignants et chercheurs du Supérieur

Un constat douloureux

En décembre 1995, le Ministre de l'Education Nationale, F. Bayrou, annonçait un plan d'urgence pour pallier, entre autres, aux déficits d'encadrement des universités les moins bien dotées. Ce plan comprenait le recrutement de 1000 PRAGs, agrégés du second degré affectés dans le Supérieur.
Dans un contexte d'emploi scientifique au niveau doctoral difficile, cette mesure mit instantanément le feu aux poudres chez les doctorants, déclanchant moultes manifestations et aboutissant finalement à la création de la CEC.

Outre le problème immédiat du débouché des docteurs, un tel plan, tout comme le budget 1998, s'avère dangereux à moyen et long terme. En effet, le risque est grand que l'impression de pallier les carences en termes d'encadrement par des agrégés du second degré ne fasse sombrer dans une douce torpeur toute velléité de réflexion sur les statuts des personnels de l'Enseignement Supérieur. Nous craignons que ne se dessine une fracture sociale au sein de l'université entre enseignants-chercheurs et personnels du second degré : le premier cycle irait aux PRAGs, les second et troisième cycles restant le domaine des enseignants-chercheurs.

Les conséquences à long terme de cette séparation de fait seraient désastreuses : elle aurait pour effet de mettre à mal le réseau complexe de diffusion de la connaissance scientifique, qui part de la production de connaissances et méthodes nouvelles dans les laboratoires, pour aller vers des enseignements disciplinaires de base. Le présent article vise à proposer quelques pistes de réflexion pour éviter une "secondarisation" larvée.

Ceci conduit à analyser plusieurs questions :

C'est à partir d'éléments de réponses à ces questions que nous avancerons quelques pistes de réflexions sur les personnels enseignants du Supérieur.

La mutation du Supérieur

Ces questions ne peuvent être examinées sans une rétrospective historique de l'évolution du système universitaire. Le fait marquant de ces vingt dernières années est l'ouverture considérable à des publics nettement plus diversifiés et nombreux que par le passé. Cette ouverture, il convient de le souligner, étant le résultat d'une demande sociale très forte. Les deux effets majeurs de cette évolution sont :

Le fait historique majeur est donc que l'Université est passée d'une logique académico-centrique à une logique d'insertion professionnelle extra-académique. C'est un changement qui a profondément heurté la communauté universitaire. A l'obstacle psychologique s'est rajouté le défi organisationnel, bien lourd pour un monde qui n'y était pas préparé (et qui n'a pas toujours eu les moyens suffisants).

L'Université doit maintenant donner à la fois des méthodes et connaissances générales, mais aussi préparer efficacement à l'insertion dans la vie active en apportant des connaissances. Cela nécessite une très forte capacité d'une part à synthétiser et à formater les nouvelles méthodes et connaissances fondamentales, et d'autre part à nouer des contacts avec le monde socio-économique.

Le premier objectif ne peut être atteint que par une dualité étroite entre recherche et enseignement, qui s'exprime par un processus complexe de production et de diffusion des méthodes et savoirs au sein de la communauté scientifique, puis de synthèse et mise en forme en vue d'enseignements fondamentaux.
Le second ne peut être atteint que par l'existence de formations professionalisantes performantes, et de liens avec le monde extra-académique tissés au travers de stages, et de rencontres entre étudiants et intervenants du monde socio-économique. Enfin, il convient de laisser un minimum d'enseignements généralistes dans les filières professionnelles afin d'assurer aux étudiants le socle méthodologique sur lequel s'appuieront leurs compétences et leur capacité d'adaptation et de formation continue.

Le blues des chercheurs et enseignants-chercheurs

Ces bouleversements ont entrainé peu à peu un sentiment de déclassement chez les enseignants du Supérieur. Une très belle analyse en est faite dans l'ouvrage de D. Lapeyronnie et J.-L. Marie intitulé Campus Blues (1992).

Ce désenchantement touche d'abord la fonction pédagogique. L'augmentation du nombre et les difficultés matérielles qui s'en suivent constituent un facteur évident de démotivation des enseignants. Mais au delà, c'est le changement qualitatif du public qui a entrainé un sentiment de déclassement :

"Mais, au fond, c'est le prestige des universitaires dans la société qui s'est considérablement affaibli. Si les étudiants ne sont plus des apprentis intellectuels, les universitaires ne sont plus, non plus, des intellectuels et n'appartiennent plus à l'intelligentsia."
J.-L. Marie et D. Lapeyronnie, dans Campus Blues

L'analyse d'Alain Touraine aboutit à des conclusions simailaires :

"L'histoire de l'Université depuis le début de la grande poussée des effectifs n'est donc au total que celle de la désagrégation d'un système trop corporatif pour se réformer lui-même et trop soumis à l'administration pour répondre aux demandes nouvelles de l'environnement social, économique et culturel."
A. Touraine, dans Lutte étudiante

A partir de là, ce sentiment n'encourage pas les personnels à des expérimentations pédagogiques qui pourraient ouvrir de nouvelles voies et permettre de mieux prendre en compte la diversité des publics étudiants. Les conduites de routine, sans risque d'incertitude, sont alors privilégiées. La participation des hommes aux tâches administratives des services pédagogiques est découragée par la mauvaise prise en compte de cette activité dans l'évaluation, et aussi par l'inertie qui règne dans les multiples réunions d'organisation pédagogique et qui contribue à leur inefficacité.

Outre la dévalorisation de la fonction pédagogique, l'Université a également de grandes difficultés à assurer sa mission de recherche.

Parmi les facteurs qui sont souvent invoqués pour évoquer les difficultés de la double mission des enseignants-chercheurs, la lourdeur des charges pédagogiques revient très souvent. Mais peut-on passer sous silence les cohortes d'enseignants-chercheurs qui ne font plus de recherche depuis des années, et dont la carrière est toujours évaluée principalement sur une mission de recherche ? De même, que penser de ceux dont le talent pédagogique est voisin de zéro ? Ces personnels sont-ils bien évalués, sont-ils bien à leur place ? Nous pensons que la réponse à ces dysfonctionnements réside dans un meilleur rééquilibrage des critères d'évaluation entre recherche et enseignement, ce qui est, dans l'état actuel des choses, du ressort exclusif des universitaires eux-mêmes (évaluation par les pairs).

Le manque de moyens et la difficulté d'obtenir des soutiens financiers pour la recherche est aussi un des facteurs de dégradation de la recherche universitaire. Il existe ainsi de nombreux laboratoires de recherche dite fondamentale qui ne fonctionnent plus que grâce à une contractologie à plein temps. Dans de nombreux exemples, ce sont les non-permanents (doctorants, ATER et post-doctorants) qui font avancer la recherche et parfois se chargent du défrichage des sujets les plus risqués, alors que les permanents font la chasse aux crédits et aux contrats, le tout sans être formés aux questions juridiques et financières qui en découlent.
Ce mode de fonctionnement ne nous semble pas sain. Là encore, si le manque global de moyens peut être invoqué, on ne doit pas non plus oublier la pratique courante des instances d'évaluation qui consiste à "refiler" à la commission suivante le dossier d'un laboratoire qui manifestement ne fonctionne plus correctement. Qui n'a jamais vu ces conclusions de commissions d'experts en forme de voeux pieux incantatoires ?
Ainsi, la confusion des fonctions (chercheur/manager/gestionnaire financier etc...), l'absence d'évaluation claire et courageuse des hommes et femmes contribuent pour beaucoup au mauvais fonctionnement des corps de chercheurs et d'enseignants-chercheurs. Somme toute, le malaise des PRAGs (voir plus bas), n'est qu'une illustration un peu plus kafkaienne des dysfonctionnements habituels du système.

Finalement, outre le choc de la massification et les difficultés matérielles qu'elle a entraîné, et au delà du manque de moyen dont a souffert l'Université, une des principales causes de dégradation du positionnement des chercheurs et enseignants-chercheurs est l'absence de toute gestion des ressources humaines. Les évaluations se font uniquement sur la base des travaux de recherche et la dimension humaine est totalement oubliée : on évalue les titres et travaux de "purs cerveaux" désincarnés, mais rien n'est fait pour sonder le vécu de l'individu, son degré d'accomplissement dans son activité et dans son cadre de travail.

Les agrégations et l'Enseignement Supérieur

Le groupe a analysé différentes agrégations : physique, histoire et géographie, sciences de la vie et de la terre. Pour cela, ont participé à notre réflexion des agrégés et agrégatifs, et des responsables de préparation à l'agrégation. L'objectif était de déterminer les atouts et lacunes génériques de l'agrégation pour l'Enseignement Supérieur.

Nous avons pu mettre en évidence de très grandes différences entre disciplines. Néanmoins, des dénominateurs communs peuvent être extraits. Il apparaît que le principal atout de l'agrégation pour l'Enseignement Supérieur réside dans une préparation qui est d'abord une excellente formation généraliste et, accessoirement, une bonne préparation à l'exercice de style du concours. Certaines préparations à l'agrégation y parviennent mais c'est loin d'être toujours le cas.

Il apparaît également que l'agrégation ne prépare en rien à la recherche. Souvent trop proche de l'exercice de style, sa préparation ne familiarise guère aux tatonnements d'une véritable recherche. Au contraire, on y apprend à exposer un savoir déjà structuré, décanté et compilé. Dans certains cas, les programmes sont parfois quelque peu poussiéreux et ne sauraient constituer un état de l'art avancé de la discipline.
Son apport métodologique n'est pas non plus pédagogique : de la leçon de physique où on se trouve devant des élèves infiniment intelligents mais qui sont censés ne rien connaître, à celle d'histoire qui demande une érudition quasi-délirante, on est bien loin de la réalité de l'enseignement dans le secondaire, ou même en premier, deuxième et troisième cycles.
Sont en revanche positifs les apports en termes de méthode de travail (bibliographie, rigueur expérimentale) et de culture générale (point souligné dans plusieurs disciplines). Souvent la préparation à l'agrégation est perçue comme un bon moyen de faire le point sur les bases d'une discipline.

Mais il ne faudrait pas croire qu'elle en ait le monopole, et cela ne doit pas faire oublier ses lacunes. En clair, nous considérons que l'agrégation, en l'etat actuel des choses, ne saurait constituer une formation adéquate à la recherche, ni même à l'Enseignement Supérieur. Elle peut en constituer un élément, mais il ne saurait être obligatoire ni exhaustif.

Le vécu des personnels du second degré dans le Supérieur

Une enquête de la Direction des Etudes et de la Prospective (DEP) montre que, parmi les agrégés enseignant dans le supérieur, moins d'un tiers d'entre eux se déclarent satisfaits de leur statut. La moitié vit mal son positionnement par rapport aux enseignants-chercheurs et une proportion élevée aspire à intégrer ce corps, par exemple après la préparation d'une thèse.

Cette insatisfaction est d'ailleurs bien exprimée par les positions de plusieurs organisations comme la Société des agrégés, le collectif PRAG/PRCE ou encore le Syndicat des Agrégés SAGES. Le groupe Action-HotDocs avait d'ailleurs émis de très fortes réserves sur le statut PRAG, en soulignant en particulier le danger de créer une catégorie de personnels "entre deux chaises" et donc, insatisfaite. Enfin, plus encore que pour les chercheurs et enseignants-chercheurs, rien n'est prévu en matière de gestion des ressources humaines pour ces personnels. Avant même les questions d'accomplissement dans leur fonction, leur appartenance à l'enseignement supérieur n'est même pas claire : aucune participation à l'évaluation de la fonction pédagogique, confinement hors des laboratoires, certains se sont même retrouvés sans boîte aux lettres car rattachés à aucun laboratoire. Comme on peut le lire dans un compte rendu du Collectif PRAG-PRCE (voir aussi notre rubrique Un autre regard où se trouve une constibution du SAGES) :

"Nous appartenons, de part notre affectation à une structure entièrement régie par la recherche, or les conditions qui nous sont faites ne nous permettent pas de mener à bien des projets dans ce domaine. Nous n'avons donc aucune perspective de carrière."
Collectif PRAG/PRCE, compte rendu de la seconde rencontre nationale

Il importe donc de répondre aux inquiétudes légitimes de ces personnels. Néanmoins, nous pensons que cette réponse ne doit pas venir d'un simple palliatif comme un allègement de service des PRAGs, ou d'une mesure d'intégration par concours réservé dans le corps des Maîtres de Conférences. La réponse doit relever d'une vision plus large qui traite la question plus vaste des personnels enseignants du Supérieur. Ceci passe par une réflexion plus vaste sur la fonction pédagogique dans l'enseignement supérieur, ses déclinaisons, sa connexion à la recherche et au monde socio-économique.

La fonction pédagogique dans l'Enseignement Supérieur

Un entretien avec un responsable de préparation à l'agrégation en sciences de la vie et de la terre nous a conduit à esquisser les contours de la fonction pédagogique dans le Supérieur.

L'idée sous-jacente est simple : un certain nombre de travaux indispensables à la mission pédagogique de l'Université ne sont pas toujours effectués avec le soin nécessaire par les enseignants-chercheurs. Pourquoi ne pas affecter des personnels à plein temps sur ces missions ? Parmi ces tâches, citons par exemple :

Mais pour éviter tout "encroutement", il est important que les personnes qui assumeraient ces fonctions soient connectées à la recherche. Elles doivent avoir eu une expérience de la recherche (au travers par exemple d'une formation doctorale), puis être hébergées au sein de laboratoires de recherche, participer à des séminaires de formation, des groupes de travail. On peut imaginer qu'elles participent à une activité de recherche limitée via des collaborations.

La question est de savoir comment former de telles personnes et quelles carrières leur donner dans l'Enseignement Supérieur.

Propositions

Pour développer la fonction pédagogique dans l'Université, il nous semble donc important d'imaginer des solutions alternatives à la nomination d'enseignants du second degré dans l'Enseignement Supérieur.

Partant de la nécessité de redonner des perspectives à la mission pédagogique au sein de l'université, deux pistes de réflexion ont été explorées. Dans les deux cas, notre idée est de permettre une meilleure valorisation et une meilleure évaluation des différentes facettes du métier universitaire : recherche et mission pédagogique (enseignement, encadrement).

Les différents statuts des personnels universitaires doivent être conçus de manière à permettre à chaque individu d'exercer ses talents de manière optimale, suivant ses aspirations qui peuvent évoluer au cours de sa carrière. Ils doivent correspondre aux différents métiers que l'on peut distinguer dans l'Université. Les modalités d'évaluation et de progression de carrière devraient dépendre de l'activité de la personne évaluée. Ceci implique de mettre en place une évaluation de la fonction pédagogique que nous avons esquissé plus haut. C'est un point crucial qui a trop longtemps été laissé de côté. L'Université française ne peut plus l'ignorer.

À partir de là, nous avons dégagé deux voies :

La première consiste à créer un corps d'enseignants, sans mission de recherche, dans l'Université. Ils devraient bien entendu être connectés à la recherche par la participation à des colloques, congrès, qui constituerait une sorte d'obligation de formation continue. Il conviendrait que ces chargés d'enseignement possèdent une expérience préalable de la recherche. Le plus naturel consiste à imposer qu'ils aient suivi une formation par la recherche et donc, par exemple, qu'ils soient titulaires d'un doctorat.
Leur évaluation se ferait au vu de leurs activités d'enseignement, mais aussi de leur effort de mobilité thématique dans les enseignements, et de leur effort de formation continue. Il faudrait évidemment prévoir des possibilités de mobilité entre ce nouveau corps et celui des enseignants-chercheurs, et ce dans les deux sens. Ainsi, les personnels actuellement chercheurs ou enseignants-chercheurs ne faisant plus de recherche et intéressés par une activité d'enseignement pourraient y trouver une place valorisante. Inversemenent, des détachements vers les corps d'enseignants-chercheurs ou de chercheurs pourraient être accordés sur la base d'un projet de recherche cohérent et bien construit.

La seconde voie consiste à développer la logique contractuelle au sein du corps des enseignants-chercheurs. Il serait intéressant que tous les enseignants-chercheurs aient à définir tous les quatre ans leurs projets personnels en ce qui concerne leurs activités de recherche, d'enseignement, de formation doctorale et de valorisation de la recherche. Le renouvellement périodique des contrats permettrait aux individus d'adapter leur métier aux évolutions de leurs aspirations. L'évaluation et l'avancement seraient effectués en fonction du contrat individuel. Là aussi, l'idée importante est d'aboutir à une meilleure prise en compte des différents aspects du métier universitaire.

Dans les deux cas, nous pensons qu'une politique de gestion des ressources humaines doit de toutes facon être développée. Quelques soient les modalités d'évaluation, les corps et grades, aucun systève ne résoudra la problème de l'"usure" et de la démotivation des personnels si il ignore la dimension humaine, c'est à dire, si rien n'est fait pour sonder et améliorer le degré d'accomplissement des individus dans leur fonction.

Comparaison des deux pistes de réflexion, conclusion

Le second système à l'avantage de se baser sur des structures et statuts déjà existants. Néanmoins, au vu de la formidable inertie du monde universitaire, il n'est pas évident qu'il catalyse une évolution des mentalités assez forte pour être efficace.

Le premier système est moins conservateur et provoquerait un "choc" dans le monde universitaire qui pourrait faire bouger les mentalités. Ajoutons pour conclure qu'il permettrait peut-être d'apporter une solution élégante au problème des PRAGs : d'une part les agrégés docteurs futurs seraient parmi les candidats naturels pour ce nouveau corps (on peut imaginer un statut d'agrégé doctorant permettant, un peu selon le principe des Allocations/Monitorat, aux agrégés de suivre une formation doctorale, tout en enseignant dans le supérieur pendant quelques années, pour ensuite concourir à ce corps.). D'autre part, les PRAGs actuels pourraient tout à fait postuler sur ces emplois ou être réaffectés dans le secondaire en cas d'échec, jusqu'à disparition des agrégés du second degré affectés dans le Supérieur. Le nouveau corps les remplacerait, mais avec cette fois une véritable place dans l'Université. S'y côtoieraient des docteurs agrégés et non-agrégés et des enseignants-chercheurs en mobilité.

Pour conclure, rappelons que ces éléments demanderaient à être considérablement approfondis. Le probleme des personnels universitaires est difficile, et n'a pas encore trouve de solution satisfaisante. Neanmoins, nous espérons que notre très modeste contribution contribuera à catalyser d'autres réflexions sur le sujet, qui mérite vraiment que l'on s'y attarde.

Compléments d'information

Le lecteur est aussi invité à consulter les deux textes suivants, écrits par le groupe Action-HotDocs entre 1995 et 1996, qui sont centrés sur des thèmes proches de celui de notre dossier :

[ Texte sur le monitorat (octobre 1995) ]
[ Texte sur les PRAGs (janvier 1996) ]