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Guide du doctorant : mode d'emploi

Ce guide est le fruit du travail bénévole de doctorants et jeunes chercheurs. Tout comme le logiciel libre sur Internet, il a vocation à évoluer et se remettre à jour grâce à vos contributions. Si vous voulez participer, voici la description du mode de travail utilisé. Pour nous aider, pour faire une suggestion, ou si vous n'y trouvez pas une information que vous possedez et jugez utile, contactez : gdd-guide@jeunes-chercheurs.org.

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8 Communiquer son travail

8.1 Les différents canaux de communication

Il ne suffit pas de faire une bonne thèse pour être considéré comme un bon chercheur, il faut aussi publier des articles avec une audience internationale et présenter votre travail en séminaire ou lors de congrès.. Une publication est envisageable lorsque le jeune chercheur dispose d’une bibliographie suffisante et de résultats nouveaux et suffisemment pertinents. La publication et le séminaire sont un instruments de marketing : c’est en publiant que votre travail est diffusé et donc, éventuellement, apprécié. Or s’il est souvent facile d’avoir des idées, les concrétiser, puis les mettre en forme et les présenter dans un document de dix pages reste difficile.

Dans cette section, nous essayons d’expliquer quelques trucs en “stratégie de communication”. Cela présuppose que vous ayez effectivement obtenu des résultats suffisemment valables pour être publiés ou exposés. L’objectif est de vous donner quelques repères pour l’étape écriture/soumission et parfois correction (section 8.2). De même, cette section pr´s  esente des conseils utiles en vue de la préparation d’une communication orale (section 8.3). Bref, il s’agit d’expliciter les trucs de base du marketing scientifique, tout en vous encourageant à ne pas tomber dans la mégalo la plus condamnable. Sachez vendre votre travail en professionnels, mais n’oubliez jamais qu’à faire passer des vessies pour des lanternes, vous vous ferez flinguer tôt ou tard et ça sera bien fait pour vous.

8.2 Les publications écrites

Suivant les disciplines, ce que le mot publication recouvre est assez différent. Certaines disciplines vont priviléigier les articles dans des revues internationales (mathématiques, physique, biologie), d’autres la contribution à des conférences internationales (informatique). Dans tous les cas, ce qui est le plus valorisé c’est la sélectivité du comité de lecture qui détermine les contributions acceptées ou refusées. Ce comité, parfois présidé par des éditeurs, désigne un ou plusieurs referee qui vont être chargés d’évaluer votre contribution. Trois cas de figure se pr´s  entent :

  • Votre article est refusé.
  • Votre article est accepté, moyennant un certain nombre de corrections.
  • Votre article est accepté sans corrections.

Plus la sélection est difficile, plus la revue ou la conférence est “cotée” et donc plus votre publication - si elle est acceptée - y aura de l’impact. Nous détaillons en section 8.2.3 l’attitude à adopter si votre article est refusé ou accepté avec corrections.

8.2.1 Déterminer la cible

Choisir une conférence Un jeune chercheur bien encadré ne devrait pas avoir à trouver lui-même ses conférences. En effet, chaque encadrant connaît la plupart des conférences valables et surtout reconnues comme valables (conférence de l’ACM, de l’IEEE, de l’IFIP par exemples). Il se trouve qu’aujourd’hui, il est courant de laisser les doctorants trouver eux-mêmes leurs conférences. Néanmoins, demandez à votre entourage professionnel de vous conseiller. Vous gagnerez un temps précieux.

Il est pratique de s’abonner à certains groupes de news qui diffusent en permanence des ”call for papers” (ou appel à communications). Par exemple, les groupes de news suivant pourront vous intéresser : news.announce.conferences ou ieee.announce en informatique. D’autres existent dans d’autres disciplines.

Reste alors à écrire un article sur un sujet pouvant convenir à l’une des conférences choisies. En fait, les conseils pour la rédaction d’un article pour une conférence sont universels. Donc nous les détaillons plus bas, dans la section 8.2.2 consacré à la rédaction d’articles.

Choisir une revue La plupart des journaux ont chacun un syle qui leur est propre. Ca peut paraître stupide mais c’est comme cela. Après tout, si vous pensez à la physique par exemple, c’est assez logique qu’une revue de physique plutôt expérimentale n’ait pas le même style qu’une revue à la limite entre physique et mathématiques. De même en mathématiques suivant le ciblage des différentes revues. Bref, un travail de ciblage thématique est nécessaire. Vous devez aussi jauger l’importance de votre contribution pour déterminer quelle revue est susceptible d’accepter votre contribution. L’objectif étant de donner l’audiance la plus large à votre travail, sans tomber dans la mégalomanie qui consiste, par exemple, à faire passer un théorème trivial pour la preuve de l’hypothèse de Riemann.

Enfin, dans tous les cas, il existe une différence suivant le format des articles. En gros, on peut distinguer entre :

  • Le format lettre, limité à quelques pages. Il est destiné à la publication rapide de résultats nouveaux et originaux. Souvent utilisés pour “marquer le coup” dans un contexte compétitif, les lettres ont un style concis, sans détails méthodologiques. On insiste plutôt sur les résultats obtenus et leur originalité que sur les détails de la méthode. Pour parler franchement, quand on lit certaines lettres, on se demande parfois si le manque de détails n’est pas volontaire pour laisser la concurrence dans le brouillard...

    Exemples : En physique, Physical Review Letters, en mathématiques Comptes Rendus de l’Académie des Sciences, en chimie Tetrahedron letters ETC.

    Il existe aussi des revues de courtes communications généralistes, comme Science ou Nature. On y trouve des articles de toutes disciplines. Y publier est difficile mais très médiatique. Le style est très particulier : ultra-concis, sensé être accessible à un public très large mais pointu quand même. A relativiser quand on sait que la mémoire de l’eau ou la fusion froide y ont été publiés.

  • Le format article est destiné à donner des résultats détaillés, avec par exemples les preuves complètes dans le cas des mathématiques, les détails de la méthodologie dans le cas de sciences expérimentales. Un article à une longueur typique de 5 à 30 pages suivant les résultats obtenus et la discipline. Parfois, certains articles sont plus longs mais les éditeurs des revues sont alors plus exigeants sur l’importance des résultats obtenus.

    Parfois la stratégie consiste à publier une lettre courte anoncant les résultats obtenus, puis ensuite à sortir les détails dans un article plus conséquent. A titre personnel, nous pensons que ne publier que des articles au format lettre n’est pas une bonne chose. La Science n’a de sens que partagée et donc, tôt ou tard, il faut donner les détails de ce que l’on fait.

    Exemples : En physique, les Physical Review , en mathématiques Inventiones Mathematicae, en biologie Cell,

  • Le format revue est destiné à faire le point sur un sujet. En général, les articles qui y sont publiés ont été sollicités par le comité de lecture qui s’adresse aux experts du sujet pour faire un point synthétique. Les contributions peuvent être très longues et retracent l’ensemble de l’avancée sur le sujet.

    Si on vous demande d’écrire un tel article, c’est que vous êtres bien reconnu dans votre sujet ! Ca n’arrive que très rarement durant une thèse. Sachez aussi qu’écrire un article de revue est très long (plusieurs mois d’équivalent temps plein) et donc réflechissez avant d’accepter.

    Exemples : En physique Physics reports. En mathématique, le très fameux Séminaire Bourbaki joue ce rôle. Il se réunit deux fois par an, et des experts présentent une synthèse soit sur leurs travaux, soit sur les travaux d’autres personnes. Les contributions écrites sont publiées dans les fascicules du séminaire Bourbaki.

8.2.2 Ecrire et soumettre

Comme on l’a vu, il existe différents style de revues et de formats d’articles. Néanmoins, la rédaction d’un article scientifique comporte un certain nombre de pièges dans lesquels tout jeune chercheur tombe. Même si c’est en forgeant qu’on devient forgeron, nous allons essayer de donner quelques lignes directrices à respecter dans tous les cas.

Bien entendu, cela ne doit pas remplacer l’expérience acquise en particulier auprès de votre directeur de thèse. Un bon directeur de thèse doit vous apprendre comment rédiger un article. Ce doit être un relecteur critique mais constructif. Ne vous faites pas d’illusions : le premier jet que vous lui remetrez dans le cadre votre premier article devrait normalement revenir avec plus de corrections qu’il n’y a de texte original. Mais au bout de la quatrième version, ca devrait commencer à être mieux ! Il ne faut pas se décourager même si vous commencez à ne plus voir les annotations de votre directeur de thèse en peinture. De toutes façon, une autre occasion de le ha"i  r viendra avec la rédaction des dossiers de candidatures (voir le tome Après la thèse de ce Guide).

D’après l’autreur de ces lignes, tout bon article scientifique doit comporter au moins trois éléments principaux :

  • Le contexte : quelle est la motivation du travail effectué ? Quels ont été les travaux importants qui l’ont précédé ? Quelles sont les perspectives dans lesquelles votre travail se place.

    Ces éléments doivent être précisés dès l’introduction. Ils posent le cadre et la motivation de votre contribution. C’est ce qui accrochera le lecteur éventuel. S’il baille à ce niveau là, c’est mauvais signe.

    Enfin, le choix de la bibliographie, et la manière dont elle est citée tout au long de votre article sont aussi des éléments de rappel du contexte qu’il faut bien soigner.

  • La valeur ajoutée : en quoi votre travail apporte-t-il une contribution significative au sujet ? Quelle valeur ajoutée avez vous apportée ?

    Après le rappel du contexte, vous répondrez à ces questions pour motiver le lecteur en lui montrant en quoi votre travail a fait avancer le schmilblick. En général, cela vient aussi dans l’introduction, après le rappel du contexte. Mais on peut le rappeler en conclusion, pour introduire les perspectives qu’ouvre le travail présenté dans votre article.

  • La précision  ou l’art de trouver les mots justes, de décrire les points essentiels et rien que les points essentiels avec concision et clarté. C’est la qualité indispensable d’un bon article scientifique.

    L’obtenir est le fruit d’un long travail. Tout jeune chercheur pèche par l’accumulation de détails qui noient les lignes directrices de son travail. Mais en fait, le secret de la rédaction est à l’opposé de l’empilement. C’est l’art du Vide si courant dans la culture Orientale. Gardez à l’esprit ce qu’écrit Kakuzô Okakura, dans Le Livre du Thé :

    ¡¡ Nul ne saurait en effet écouter plusieurs morceaux de musique en même temps. Car c’est la méditation sur le motif central qui rend possible la compréhension du beau. ¿¿

Bref vous l’aurez compris, mettre en forme sa pensée est une véritable discipline. Cela vous semblera difficile, et il est vrai que la compétition scientifique ne laisse guère de temps pour cette ascèse. Mais cela vaut le coup de faire des efforts, non seulement pour épargner les difficultés à vos lecteurs mais aussi et surtout parce que c’est une marque d’excellence et de profondeur.

Au delà de la relecture par votre directeur de thèse, il est très utile de faire relire votre article par le plus grand nombre de collègues avant de l’envoyer. Ils vous fourniront un retour précieux qui vous aidera à supprimer certaines choses inessentiels et à rendre clairement les points délicats et importants de votre travail. La présentation de votre travail à des congrès, ou en séminaire dans d’autres instituts doit jouer le même rôle. Après quelques retours, vous devriez normalement apporter des corrections à votre article. Cette méthode peut sembler un peu lente mais elle peut vous éviter d’avoir à réécrire l’article six ou dix mois après l’avoir soumis parce que le referee l’a trouvé très mal écrit.

Si vous désirez des conseils pour écrire des articles, reportez-vous aux références suivantes, citées dans l’édition 1995 du Guide du Doctorant par William El Kaim :

  • G. Tissot, ”Les activités d’un chercheur en Intelligence Artificielle : méthodes et conseils”, Rapport LAFORIA 93/10 (mars 1993),
  • P. Valduriez, ”Some hints to improve writing of technical papers”, Ingénierie des systèmes d’information, Vol 2, ndeg.3, pp 371-375, 1994.

Une fois écrit, il vous reste à envoyer votre article en plusieurs exemplaires (entre un et 13 exemplaires) à l’adresse indiquée sur l’appel à communications ou dans la revue (habituellement sur les pages de couverture). Les laboratoires remboursent les frais d’affranchissement. Si votre article est accepté, on vous demandera de renvoyer dans les trois semaines (parfois moins) la version finale prête à être imprimée (souvent sous la forme d’un document électronique). Cette dernière version prend en compte la présentation imposée par certains organismes comme l’IEEE ou les Physical Review (présentation du texte sur deux colonnes par exemple). Ces éléments de présentation sont souvent définis au moyen de fichiers de style (terminologie LATEX) ou de modèles de document (terminologie Micromou). Vous les trouverez de plus en plus sur les sites WEB des éditeurs de la revue, ou des organisateurs de la conférence.

8.2.3 En cas de problème avec le comité de lecture

Mon article est refusé La première chose à faire, c’est de garder son calme et de se détacher de cet évennement un peu désagréable. Ca arrive à plein de gens, l’enjeu est dérisoire (la planète continuera de tourner) mais c’est énervant. Donc, avant toutes choses, passez une soirée sympa entre copains, un bon ciné, une soirée dans un pub ou un super resto pour féter l’évennement. La beuverie grave est une solution mais elle présente divers inconvénients que tout le monde connait bien. La fête cool, qui vous montrera que la vie c’est pas que le boulot, est préférable. Vous verrez, on se sent mieux après et du coup, vous serez plus à même de bien réagir.

L’étape suivante consiste à analyser le rapport du referee. Cela doit être fait avec votre directeur de thèse car vous n’ètes pas forcément rompu à ce sport. Avec notre mince expérience, nous avons pu dégager une sorte d’algorithme pour définir la stratégie à adopter. Vous devez en gros vous poser les questions suivantes :

  • Est-ce que le papier est gravement jeté ?

    En gros, si le referee vous dit (à mots couverts) que ce que vous faites n’a pas d’intérêt pour la revue, et le démontre de manière claire, c’est mal barré. Deux sous cas sont possibles :

    • 1. Vous vous êtres trompé de revue : c’est le cas le moins grave. Vous pouvez avoir fait le mauvais choix thématique ou dans le niveau de la revue. Bon, c’est pas dramatique.

      Réunissez les coauteurs et reflechissez collectivement à une autre revue mieux adaptée à votre travail (voir section 8.2.1).

    • 2. Le referee montre que vous avez fait un truc faux ou que ca a déjà été fait (référence à l’appui).

      Là, c’est plus grave. Si l’argumentation du referee est juste, c’est que vous vous êtes vautré. Dans ce cas, eh bien, une remise au boulot s’impose ainsi qu’une sérieuse autocritique sur vos méthodes de travail et de recherche bibliographique.

  • Est-ce que le referee n’a rien compris ?

    Ca arrive plus souvent qu’on ne croit. En général, ca se détecte facilement car le referee commence par faire un résumé de ce que vous avez fait. Si le résumé est manifestement à coté de la plaque, c’est qu’il n’a rien capté.

    Une variante du même phénomène est l’allergie méthodologique. Ca se manifeste par des remarques visiblement irrationnelles concernant le choix de vos méthodes. Tel physicien dira “Pourquoi utiliser l’intégrale de chemins dans ce cas ?” ou tel biologiste montrera une aversion prononcée pour la méthode d’extraction que vous avez choisi.

    Dans ces deux cas, vous pouvez argumenter auprès de l’éditeur en démontant précisément ce qui ne va pas dans le rapport du referee. Si il y a deux referee et qu’ils ne sont pas d’accord, c’est évidemment quelque chose à souligner et qui peut aller dans votre sens. Vous pouvez demander à changer de referee (cela dépend des revues). Mais dans tous les cas, votre argumentation doit être soignée. Votre directeur de thèse, qui a déjà surement vécu cela, doit participer à ce travail de manière active. cela peut prendre une ou deux semaines plein temps, parfois plus si vous devez entrer dans des détails très techniques.

Mon article est accepté modulo corrections C’est en fait le cas le plus fr´q  uent. On peut classer les demandes de corrections en quatre catégories :

  • Les remarques bibliographiques : vous n’avez pas cité Untel. Bon, histoire de rigoler un peu, sachez que si Untel est cité plus de, disons trois fois, dans le rapport du referée, alors c’est que le referee est Untel ou son grand copain. Mais cela n’a aucune importance. Devant cette demande, le plus simple est de céder et de rajouter ce qui est demandé. C’est de loin le plus chronoéconomique.
  • Les remarques syntaxico-orthographiques ! Les faute d’orthographe, c’est comme les cafards : quand on en fait, c’est pénible et on ne sait pas comment s’en débarasser. Heureusement, comme pour les cafards, y’a Baygon, c’est à dire les relecteurs. Ca peut être un coauteur (il y en a forcément un plus doué que vous pour ce genre de choses), un collègue anglophone fort utile pour s’exprimer dans la langue de Shakespeare, ou en dernier recours votre logiciel favori.
  • La demande de compression : en clair votre papier est deux à trois fois trop long. On vous demande donc de raccourcir, souvent en rajoutant plein de choses au passage. Passez allègrement sur la contradiction du referee et enclanchez votre sixième degrè de métazénitude. Avec un peu de méditation, et une fois replongé dans le bain, vous devriez - le temps aidant - voir clairement des éléments inessentiels dans votre prose. N’hésitez pas à les éliminer sans remords, même si vous en avez chié six mois auparavant pour les rédiger proprement. En vous faisant un peu violence, vous devriez atteindre le volume demandé.
  • La réorganisation : le referee aurait écrit les choses autrement. C’est le cas le plus défavorable car, pour y remédier, vous aller devoir changer votre logique et vous replonger dans ce satané papier que vous n’avez pas touché depuis 9 mois. Là encore, il faut réfléchir posément et faire le tri entre les critiques justifiées et les critiques de vieux maniaque obsessionnel. Demander l’avis de collègues, d’autres doctorants qui ne font pas la même chose que vous (et donc ont un regard plus neuf que le votre) vous aidera dans cette décantation. Enfin, vous avez tout intérêt à prendre en compte les critiques justifiées.

Si vous traitez ces différentes catégories de demandes différemment, vous devriez pouvoir corriger votre texte efficacement. Evidemment, il est fortement recommandé de terminer par l’orthographe, une fois que tout le reste ne bougera plus.

8.3 Les communications orales

8.3.1 Préparer une communication orale (séminaire, congrès)

Avant toute chose, vous devez savoir qu’il existe plusieurs types d’exposés, suivant le public, la durée et le cadre dans lesquels ils se déroulent. La langue est également un paramètre important à prendre en compte. Nous discuterons ici principalement des exposés à caractère scientifique, mais sans parler des ¡¡ entretiens d’embauche ¿¿ que sont les auditions de recrutement dans un organisme de recherche ou une commission de recrutement d’une université. Ces exposés là sont très spécifiques et seront discutés dans le tonme Après la thèse de ce guide.

Dans le cadre d’exposés scientifiques, les trois paramètres à prendre en compte sont, dans l’ordre :

  • L’auditoire : s’agit t’il d’experts du sujet ou d’un public plus hétérogène incluant des non experts ?
  • La durée : est-ce un exposé long (30 minutes ou plus), court (15 minutes) ou une communication rapide (5 minutes) ?
  • La langue : utiliserez vous votre langue naturelle (français) ou l’aglais ?

Les questions les plus critiques sont évidemment les deux premières. La langue joue au niveau de la durée : comptez que vous irez moins vite en anglais que dans votre langue maternelle, et veillez à répéter suffisemment pour avoir un debit fluide. Il n’y a rien de pire qu’un français ahanant péniblement un anglais approximatif. Même si vous avez un accent pourri ou si vous n’en avez pas, la fluidité de votre discours et la correction grammaticale sont les éléments primordiaux car ce sont eux qui permettent d’enrichir et de préciser ce que vous voulez dire.

Cerner l’auditoire Un auditoire d’experts attend de la précision et ne demandera pas forcéments certains éléments pédagogiques. Ceci dit, tout le monde aime bien entendre rééxpliquer quelque chose qu’il comprend par une autre personne, surtout si c’est bien fait. Votre exposé devra donc montrer la problématique à laquelle vous vous êtes attaqué, rappeler les travaux existants et discuter leurs succès et échecs et surtout, montrer l’originalité et l’importance de votre contribution. Les experts n’auront pas forcément envie d’entendre les détails techniques, mais vous devrez être préts à les dévoiler en cas de question. Dans un tel exposé, c’est la précision qui doit être votre objectif. ne cherchez pas forcément à en dire trop mais dites le très bien.

Un auditoire non expert a des exigences différentes. L’introduction au domaine devra montrer avec pédagogie quels sont les enjeux. La difficulté est évidemment de trouver les mots qui trouveront une résonnance dans le background commun de tous les spectateurs. Disons le clairement, c’est un exercice de vulgarisation et c’est cela qui fait toute la difficulté. Considérez que ceux et celles qui vous écouteront n’ont probablement pas plus qu’un petit niveau second ou premier cycle sur le sujet que vous aborderez. Il s’attendent à comprendre le premier tiers de votre exposé à partir de leurs connaissances de base. Les éléments historiques seront particulièrement appréciés.

Concernant votre propre travail, vous ne devrez donner aucun détail technique, mais présenter vos résultats le plus simplement possible et surtout en montrant ce qu’ils apportent de plus dans la perspective historique du sujet. Appuyez vous sur des images simples, et n’hésitez pas à faire des analogies (justes bien sur) avec d’autres problèmes. Cette seconde partie de votre exposé demandera plus d’efforts de la part des spectateurs mais ils devraient avoir l’impression d’avoir saisi le message, même si certains détails leur ont échappé.

Vous pourrez alors conclure et élargir le sujet en donnant quelques directions de recherche futures, et en citant quelques questions ouvertes. Les gens ne vous en voudront pas si ils pedrent un peu pied, mais évitez absolument le ¡¡ coup de turbo ¿¿ final pour caser les 17 transparents restants. On ne vous le pardonnera pas.

La durée Elle influe sur le contenu. Disons le clairement, tout exposé de moins de 30 minutes ne doit contenir aucun détail technique. Vous ne devez que donner vos résultats. Ce n’est que dans un exposé d’une heure que vous pourrez éventuellement décrire un peu la méthode utilisée.

Répéter votre exposé Soyons clairs : votre première présentation orale sera une catastrophe si vous ne la préparez pas. Et c’est quelque chose de long et douloureux. En effet, plongé dans votre travail, le stress aidant, vous exploserez le temps imparti, votre exposé sera confus, noyé dans les détails et in fine incompréhensible. Pour éviter le naufrage, comptez 10 à 15 jours de préparation avec votre directeur de thèse.

En général, on procède par itérations : vous éfinissez un plan de l’exposé avec votre directeur de thèse, puis vous préparer les transparents et autres supports dont vous aurez besoin. Enfin, vous organisez une répétition. Le directeur de thèse doit y participer pour vous faire part de ses remarques, mais il peut être utile de demander à un autre chercheur qui est moins spéciliste du sujet de venir vous écouter. Celui-ci pourra faire des remarques sur la pédagogie de votre exposé, alors qu’un spécialiste sera moins sensible à cet aspect des choses.

D’ordinaire, il faut entre quatre et six répétitions pour faire converger un exposé, surtout s’il est en langue anglaise. Vous devrez sans doute reprendre vos transparents ou vos visuels mais c’est nécessaire. Bien entendu, le timing est une choase importante et vous serez chronométré pour suivre votre progression. D’une manière générale, il est préférable de cibler un timing légèrement inférieur au temps dont vous disposez. En effet, quelqu’un est susceptible de vous poser des questions, et le temps de redémarrer l’exposé est à prendre en compte. Typiquement :






Durée prévue15’30’45’1 h





Durée à viser12’25’40’55’





8.3.2 Présenter une communication orale (séminaire, congrès)

Voila, ca y est : vous êtes dans l’arène avec les lyons. Devant vous, un aréopages de vénérables professeurs vous contemple. D’un regard angoissé vous réalisez qu’ils ne sont pas tous en somnolence post-prandiale. Certains ont peut être un air austère, vous allez devoir commencer votre exposé.

Les conseils qui suivent vous permettront de ne pas trop foirer la chose, sous réserve bien sur d’avoir convenablement préparé l’évennement, comme expliqué dans la section précédente.

Le trac Le trac, c’est la hantise des acteurs mais aussi des doctorants. La nuit blanche d’avant le séminaire, la migraine ou le mal au ventre juste avant votre exposé, vous connaissez ?

Rassurez vous, vous n’ètes pas le seul et surtout, ça se gère très bien. Pour cela, nous vous renvoyons à la section sur la gestion de stress (section 10) du présent tome car finalement, le trac, c’est une manifestation particulière du stress...

Ce qu’il ne faut pas faire Voici quelques pièges grossiers sont à éviter au niveau de la forme :

  • Parlez d’une vois posée, assez forte mais pas trop. Evitez de causer comme un chihuaha coca"i   nomane récitant un micelle ou de parler dans votre barbe en regardant vos godasses. Votre respiration doit être normale, inspirez, exprirez, inspirez, expirez... Regardez le public : ils ne vont pas vous manger et vous évaluerez leur degré de compréhension et d’intérêt.

    Une bonne technique consiste à fixer son attention sur un spectateur, qui évidemment vous rendra un sourire béat mais légèrement crispé. Vous pourrez jauger l’état de compréhension de l’auditeur. Il est néanmoins conseillé de changer de victime toutes les dix minutes.

  • Ne cherchez pas à battre le record du 10.000 m pendant un séminaire d’une heure. Il n’y a rien de plus ennervant que de voir un excité rebondir sur les parois de la salle pendant une heure. A l’opposé, évitez d’avoir l’air totalement amorphe ou désabusé.

    Votre gestuelle doit refléter votre enthousiasme, pas les 15 tasses de café du matin ni le somnifère de la veille (qui sont à éviter de toutes façon). Evitez absolument de regarder vers le bas en annoncant que la quantité machin-chose augmente ou de lever les bras au ciel pour parler de vanishing quantities. Ne pointez pas un transparent sans le regarder. La danse du ventre autour du retro-projecteur est à proscrire absolument.

  • Faites des transparents lisibles. La taille des caractères doit être d’environ 5 mm. En dessous, c’est illisible. Evitez les successions de transparents couverts de formules : c’est soporifique au possible. Un transparent doit rester visible au moins trois minutes !
  • Si vous écrivez au tableau (pratique courante en mathématiques), écrivez gros14 et ordonnez votre tableau. Ne commencez pas un raisonnement en bas à droite pour le continuer en bas à gauche puis en haut à droite ! Les formules qui se terminent en accordéon contre un bord du tableau sont aussi à proscrire.

Répondre aux questions Vous aurez inévitablement des questions. D’ailleurs, c’est plutôt bon signe. Si les gens posent des questions, c’est que vous ne les laissez pas indifférent. Voici une petite typologie des questions en séminaires :

  • La demande de précisions : on vous demande de préciser une notation ou un point technique. C’est le cas le plus facile. Ne délayez pas : donnez la précision demandée ou si la réponse est susceptible de prendre beaucoup de temps, expliquez l’essentiel et précisez que vous pouvez apporter les précisions en privé pour une raison de temps.
  • Le malentendu : un des auditeurs a mal compris ce que vous disiez et se bloque. Dans ce cas, reprenez le point obscur ou, si il n’apparait pas de manière évidente dans la question, demandez des précisions et soyez à l’écoute. Vous pourrez alors, par une réponse précise et adaptée, lever le malentendu.
  • L’attaque directe : parfois ce n’est que la ¡¡ version hard ¿¿ du malentendu, mais parfois c’est plus grave. Dans le premier cas, ne vous démontez pas mais répondez clairement et fermement. Dans le second cas, si on suppose que votre démarche scientifique est correcte dans l’état actuel de la Science, le mieux à faire est encore de répondre en indiquant précisément les hypothèses sous jacentes à votre travail.

Au moment où vous répondez, faites bien attention à avoir toute l’attention du celui ou de celle qui vous à interrogé. N’hésitez pas à attendre quelques secondes que les a parte entre spectateurs s’arrêtent. Votre réponse doit réaliser le meilleur compromis entre exhaustivité et concision : faites court et précis. Si on ne vous laisse pas achever votre réponse, reprenez la parole poliment mais fermement pour terminer votre argument. Enfin, n’hésitez pas à dire que vous ne savez pas répondre. Ca fera meilleur effet que d’essayer de noyer le poisson...

PASCAL DEGIOVANNI, 1999-2000

8.3.3 Les démarches administratives liées à une mission

Reste maintenant à savoir si votre laboratoire peut vous payer votre mission. Normalement, cela doit être le cas. En effet, en vertu de la Charte des Thèses modèle fournie par le Ministère en charge de la formation doctorale, le laboratoire d’acceuil doit fournir aux doctorants les mêmes facilités qu’aux membres permanents. Si les membres permanents du laboratoire ont leurs frais de mission couverts, alors il doit en être de même pour vous.

A vous de préparer le voyage et de payer de votre poche tous les frais (voyages, hôtels et inscription au congrès). En effet, ce n’est qu’au retour de votre mission que l’on vous remboursera. Surtout conservez précieusement tous les justificatifs : billets de transport, notes d’hotel et de restaurant. Si vous êtes gérés par l’ADFAC, comptez entre deux semaines et un mois minimum pour être remboursé. Pour le CNRS, c’est très variable. Le délai minimum est de deux ou trois semaines mais les maximas peuvent atteindre l’année.

Il est néanmoins possible de demander que le transport soit payé par un bon de commande émanant du laboratoire, que ce soit pour un voyage en train ou en avion. On peut aussi obtenir une avance sur frais (limitée en général a 80 % des frais prévus) dans le cas de voyage très coùteux.

Lors de votre première mission, prévoyez de fournir un Relevé d’Identité Bancaire (ou un Relevé d’Identité Postal) et une photocopie de votre contrat de travail, que vous joindrez avec le formulaire appelé ordre de mission. Ce formulaire est à remplir avant de partir et doit être signé par un responsable de votre laboratoire, avant que vous puissiez le porter au bureau des missions de votre laboratoire ou université.

Les départs en mission se font très rarement avec votre propre véhicule, pour des raisons d’assurance. L’état étant son propre assureur, en cas d’accident grave de la route, cela lui coùterait trop cher. Si vous arrivez à justifier le fait de prendre votre voiture, des documents supplémentaires sont nécessaire : photocopie de la carte grise et du certificat d’assurance. Notez que l’assurance que vous avez souscrite sera la seule sur laquelle vous pourrez compter en cas d’accident. D’autre part, il est bon de savoir que les frais de péage peuvent être remboursés mais vous devez garder les reçus. En ce qui concerne les remboursements de frais d’essence, un tarif au kilomètre est prévu. Enfin,on vous demande de fournir une raison qui rend nécessaire l’utilisation d’un véhicule personnel. Les raisons les plus valables sont le transport de matériel (vous emportez un ordinateur avec écran 21” par exemple), ou le covoiturage qui permet de diminuer les coûts.

DERNIÈRE MISE À JOUR FÉVRIER 2000

8.3.4 A propos du dépot des sujets de thèse

Une des questions posées à la Guilde concernait le dépot des sujets de thèses. Nous avons pu, à partir de mails de Jo"e  l Marchand et de Richard Gallois, faire le point sur cette notion.

D’après J. Marchand, dans les sciences de l’Homme et de la Société, la notion de dépot de sujet de these a un sens : quelqu’un qui a une problématique intéressante peut très bien déposer un sujet, pour ensuite revenir travailler dessus. Cela vise à protéger le champs d’investigation, car dans ces disciplines, la conception (très mandarinale) de la thèse est de faire l’oeuvre definitive, exhaustive et complete sur LE sujet. Alors que le doctorant de sciences dites exactes ne fait qu’apporter plus modestement UNE contribution a un sujet, qui s’inscrit avant tout dans un long (bien avant et bien apres la thèse) processus de recherche du laboratoire. En sciences sociales et humaines au contraire, une these c’est un ”objet autonome” qui n’a bien souvent que peu de rapports avec un passé, un présent ou un futur d’une équipe de recherche. En lettres, il semble même que des gens ”grillent” ainsi des sujets, en les déposant, ... sans forcement les traiter après. Le dépot doit s’effectuer auprès du fichier central des thèses, qui est disponible sur Internet à l’adresse :

Evidemment, qui dit procédure de dépot dit exclusivité. Enfin, en théorie parce que en pratique, l’auteur de ces ligne imagine assez que le temps passant, un sujet déposé puisse très bien être traité par quelqu’un d’autre. Tout le monde n’est pas beau et encore moins gentil...

En sciences dites exactes par contre, il n’y a pas d’exclusivité. On connait un exemple dans un même labo, de 2 thésards avec le même directeur de thèse qui ont un sujet de thèse très très similaire, mais avec des approches méthodologiques différentes. Ceci s’explique lorsque les sujets sont suffisament larges pour mettre plusieurs personnes dessus.... et tant qu’il y aura un chapitre ”perspectives” dans les thèses ca sera le cas. Pour ce qui est de la thématique, la réponse est la meme, dans la mesure ou le terme thématique est plus ”vaste” que celui de ”sujet”...

Par contre, il faut préciser que mettre plusieurs personnes sur un meme sujet de recherche est un moyen utilise par certains laboratoires de ”biologie” (essentiellement aux Etats-Unis, mais en France aussi) comme presse-citron des postdocs. L’objectif est de tirer un maximum de quelques personnes qui vont se battre pour avoir les meilleurs résultats dans les meilleurs délais... Mais je ne pense pas que ca soit l’intérêt pour une thêse dans la mesure les resultats obtenus découlent egalement de l’implication du DrT, ca peut donc lui retomber dessus, mais ca pourrait ne pas déranger certains.

En conclusion, si vous relevez des sciences dites exactes, c’est pas vraiment quelque chose de pertinent pour vous. Evidemment, fuyez comme la peste les petits malins qui essayent d’augmenter leur liste de publi en mettant plusieurs doctorants et postdocs en concurrence sur un même sujet... Si vous relevez des sciences de l’Homme, cette notion de dépot vous concerne plus. Evidemment, ca peut sembler une évidence, mais si vous déposez un sujet et que vous le laissez au frigo pendant dix ans, faut pas s’étonner si quelqu’un le traite à votre place. Donc notre conseil est de déposer un sujet que vous avez vraiment l’intention de traiter...

D'APRÈS RICHARD GALLOIS ET JO"E  L MARCHAND
NOVEMBRE 1999


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Dernière modification de cette page: Monday, March 24, 2003