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Guide du doctorant : mode d'emploi
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2 Le travail de recherche
2.1 Bien mener sa thèse...Cette section est largement inspirée d’un document écrit par Patrice Quinton, directeur de recherche CNRS à l’Irisa, pour les thésards de son équipe. Il a ensuite été largement complété par diverses personnes, avec des modifications sensibles. Nous avons essayé de le dégager des spécificités de sa discipline d’origine mais aussi de le compléter par une expérience plus proche du vécu de divers doctorants. Le but de ce document est d’indiquer ce qui se passera au cours de la thèse, et de définir les conditions pour que ceci se passe le mieux possible, pour le thésard comme pour l’encadrant. Une thèse dure normalement trois ans. Même en comptabilisant l’année du DEA (lorsque celui-ci est effectué sur un sujet proche de celui de la thèse) c’est court; un minimum de planification est donc indispensable. En sciences humaines, les thèse sont en général plus longues. Dans tous les cas, vous avez tout intérêt à ne pas faire trop durer le plaisir. Disons qu’au delà de cinq ans, ce n’est pas très sain. Mais la encore, même avec des durées plus longues, une planification est nécessaire. Le plan de cette section reprend les principales étapes d’une thèse «standard ». On peut distinguer trois étapes dans une thèse : l’amorçage du sujet de thèse, le développement des recherches, et enfin la rédaction et la soutenance.
2.1.1 Amorcer le sujet de la thèseContrairement à une idée assez répandue, le sujet de la thèse qui est proposé par le directeur de recherche (dans ce document, le directeur de thèse est la personne qui effectue le suivi scientifique du thésard durant sa thèse et qui en assume la responsabilité pleine et entière) est souvent différent de ce qui sera en définitive réalisé au cours de la thèse. Le sujet initial peut paraître flou : il l’est souvent. La raison en est simple. Si le directeur de thèse savait en détail en quoi consistait la recherche qu’il propose, il n’y aurait plus beaucoup de recherche : tout serait joué d’avance. Néanmoins, même si le sujet présente des zones d’incertitudes, il est plus que souhaitable qu’il soit solidement étayé. Plus précisément, le sujet doit comporter une perspective et des motivations claires qui le situent dans son champ disciplinaire. En clair, son impact potentiel doit être cerné au départ : cela implique bien sur d’avoir effectué une étude bibliographique s’assurant que ce sujet n’a pas déjà été traité ou épuisé auparavant. Sur des sujets un tant soit peu compétitifs, il est fortement recommandé que le directeur de thèse ait une idée de ce que font les équipes concurrentes, de leur potentiel et de leur niveau d’avancement. En effet rien n’est plus désagréable de se faire “griller” par un rouleau compresseur situé de l’autre coté de l’océan... Bref, il s’agit de savoir en gros si vous vous lancez dans une bataille perdue d’avance ou si vous avez vos chances. En revanche, ne soyez pas surpris si vous n’obtenez pas un programme détaillé sur trois ans: c’est impossible car il y a toujours des imprévus, et ce n’est pas forcément souhaitable : cela peut être le signe qu’il n’y aura pas beaucoup de liberté ! En admettant que vous disposiez d’un sujet bien cerné, la première année de thèse reste l’année d’amorcage. Cette notion à un sens différent en sciences dites exactes et en sciences humaines :
Actuellement, aucune échéance précise ne vient marquer la fin de cette première étape. Il peut être intéressant pour le thésard de se fixer une date à l’issue de la première année, où il rédigera et présentera oralement à son équipe de façon précise les objectifs de sa thèse. Ce document, qui peut être conséquent, doit:
Ce document n’est pas un but en soi : il n’est qu’un moyen d’énoncer de façon précise le contenu de la thèse, et d’obtenir un retour de la part des membres de son équipe. La rédaction de ce document doit être la conséquence normale du travail de la première année. Vous devez y passer un peu de temps, mais pas trop. Il peut être judicieux d’y consacrer entre une et deux semaines à plein temps, mais pas plus. Si vous vous concentrez véritablement dessus, cela ne devrait pas prendre plus de temps d’ailleurs. Pour résumer, votre première année de thèse doit comporter différente facettes comme :
Vous devez entrer en contact avec d’autres thésards et d’autres groupes de recherche afin de vous faire une idée de la communauté scientifique qui travaille sur des sujets voisins du votre. Ce réseau de relation sera indispensable au bon avancement de votre thèse et surtout à l’après-thèse.
Si au bout d’un an de thèse vous avez l’impression d’être encore loin d’y voir clair. Bref, si vous ètes dans le brouillard, si vous vous sentez isolé, englouti dans une bibliographie dont vous ne voyez pas la fin, alors tirez la sonette d’alarme. L’amorcage de votre sujet n’a pas eu lieu et il est important de réagir maintenant. N’entamez pas la seconde année sans réagir. La première des choses à faire si votre sujet n’a pas décollé est d’en parler. Ne vous enfermez pas dans une culpabilité silencieuse, c’est une voie sans issue. Les autres doctorants, l’association locale quand elle existe, pourront vous permettre d’extérioriser vos difficultés et vous donneront des conseils. Mais il faut aussi en parler avec le directeur de thèse, ainsi qu’au directeur de laboratoire et de l’école doctorale. Avec ces trois personnes, vous essayerez de trouver une solution de rechange. Ce n’est pas forcément simple mais l’expérience montre qu’il faut prendre le problème à bras le corps pour le résoudre. Nous vous renvoyons en section 5.5 pour des conseils plus détaillés sur la marche à suivre.
2.1.2 Le développement de la thèseA l’issue de la première année... vient la seconde année. En un peu plus d’un an, l’objectif du thésard est de mener à bien l’entreprise qu’il a décrite dans sa proposition de thèse, et de présenter son travail dans des conférences. Ménager son corps et son énergie C’est la période centrale de votre thèse, celle pendant laquelle vous allez avancer sur votre sujet. Vous êtes maintenant pleinement dans le bain, et vous commencer à prendre plus d’assurance en vous. Durant toute cette période, vous devez gérer votre temps de manière optimale si vous voulez arriver au bout du projet défini durant la première année. Le piège le plus fréquent est la dispersion d’énérgie : elle peut provenir de votre boulot ou bien de sources extérieures. Elle est potentiellement fatale car les journées n’ont que 24 heures et l’année 365 jours. Et il faut bien dormir, manger etc etc... N’espérez pas vous en sortir en poussant la machine à fond tout en vous dispersant au
maximum. Vous risquez de mettre votre santé en péril et finalement de vous planter. Il est
fortement recommandé d’avoir des horaires les plus régulières possibles, de dormir
suffisemment, de bien s’alimenter. Bref d’agir comme un coureur de fond avant un marathon.
Ces conseils peuvent vous sembler na Surmonter ses angoisses La dispersion dans le boulot provient de multiples sources. Le danger est grand de papillonner d’un problème à un autre surtout quand les obstables apparaissent. On bute sur une manip, un programme, un calcul alors on se met à un autre problème, ou on survole les derniers articles parus. C’est bénéfique à dose modérée et destructeur quand c’est un moyen de fuir la difficulté. Disons le franchement, il y a des moment où il faut en chier pour que ca passe et vous n’y échapperez pas. Sachez que votre capacité à surmonter les difficultés est un paramètre essentiel de votre capacité à la recherche. Votre directeur de thèse est là pour vous aider à gérer votre temps, sans vous confiner sur la paillasse ou au bureau. Un bon directeur de thèse ne doit pas vous hyperfocaliser mais vous aider à gérer des priorités, ce qui peut conduire à en abandonner certaines pour un temps. Mais vous devrez aussi regarder en vous même pour trouver la ténacité nécessaire. Cette qualité est indispensable pour faire de la recherche. Tel l’apprenti Jedi dans Star Wars qui sent la Force apparaître à ses cotés au fur et à mesure de son apprentissage, vous devez sentir votre ténacité se renforcer devant les difficultés. Vous devrez apprendre à faire le vide devant votre peur de l’échec, devant l’angoisse du manque d’idées ou de la feuille blanche, mais aussi devant l’ivresse du succès facile. Vous devrez affronter vos propres limites, vos complexes et vos frustrations et apprendre à passer à travers ces murs qui vous enferment. Si vous y arrivez, alors c’est que vous avez la capacité d’être un véritable chercheur. Si cela s’avère absolument insurmontable, alors c’est que ce métier n’est pas fait pour vous. Ceci dit, cela ne doit pas vous conduire à complexer. Une thèse conduit à plusieurs voies et l’important est de choisir celle dans laquelle vous serez le plus heureux. Ensuite, et c’est le plus important, nous pensons que faire autre chose n’est pas moins bien qu’être chercheur. Comme on peut l’entendre dire, avec beaucoup de bon sens : A chacun son métier, les vaches seront bien gardées. Enfin, plusieurs qualités doivent être mobilisées dans les différents contextes professionnels. La tenacité et la capacité à dépasser son “angoisse de créativité” en est une parmi d’autres. Nous reviendrons sur d’autres aspects dans ce guide, comme le contact humain, la capacité à communiquer et à travailler en équipe. Sur ces points là aussi, votre progression doit vous conduire à préciser ou à révéler ce que vous êtes. On a touché ici au nœud psychologique de la formation doctorale. Tout le monde y passe, et c’est nécessaire pour affiner son projet profesionnel. Le tome Après la thèse explique les problèmes concrets liés à l’insertion professionnelle. Mais vous devez vous y préparer pendant la thèse et cette plongée en vous même dont nous avons décrit ici un aspect précis est un élément important que vous ne devez pas éviter. Une gestion du stress associé est un moyen important pour surmonter cette épreuve fondamentale de la formation doctorale. Vous trouverez des conseils de bon sens en section 10. Gérer son temps Les sources de dispertion extra-profesionnelles existent aussi. A priori vous le savez déjà. Essaayez quand même de vous discipliner. Il est bon de faire quelque chose en dehors de sa thèse, mais en ce domaine aussi “qui trop étreint mal embrasse”... Choisissez des priorités et menez vos projets à terme. Evitez le papillonnage exponentiel. Bref, une des principales difficultés concrètes dans cette période, c’est la gestion du temps. Nous y reviendrons dans la section consacrée aux formations complémentaire et à l’enseignement.
2.1.3 La rédaction et la soutenanceLa dernière partie de la thèse est un peu une course contre la montre, pour le thésard et pour le directeur de thèse. C’est pour cette raison que quelques rêgles s’imposent. Elles sont dictées par les contraintes administratives (délais de dépôt de la liste des membres du jury, de la thèse, etc.) et la nécessité que le mémoire de thèse soit relu en détail par le directeur de thèse et les rapporteurs. La date de référence, d, est la date de soutenance prévue par le thésard. Dans la plupart des cas, elle ne doit pas être au delà de la durée de financement de la thèse. En plus, il faut prévoir 15 jours aprês la thèse pour effectuer les corrections.
Bien sûr, les délais ci-dessus sont indicatifs. L’expérience montre qu’ils ne sont pas surévalués, loin s’en faut. De plus, l’organisation globale de la thèse est inspirée de ce qui se passe dans certaines Universités étrangères, où le suivi d’une thèse est parfois beaucoup plus réglementé qu’il ne l’est en France. Voir section 9.1 pour plus de conseils. DOCUMENT ORIGINAL AOÛT 1996 RÉVISION OCTOBRE 1999
© Guilde des Doctorants 1997-2003 Dernière modification de cette page: Monday, March 24, 2003 |