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Guide du doctorant : mode d'emploi

Ce guide est le fruit du travail bénévole de doctorants et jeunes chercheurs. Tout comme le logiciel libre sur Internet, il a vocation à évoluer et se remettre à jour grâce à vos contributions. Si vous voulez participer, voici la description du mode de travail utilisé. Pour nous aider, pour faire une suggestion, ou si vous n'y trouvez pas une information que vous possedez et jugez utile, contactez : gdd-guide@jeunes-chercheurs.org.

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10 La gestion de stress pendant la thèse

Pourquoi la préparation d’une thèse est-elle stressante ? La thèse est à la fois une expérience professionnelle et une épreuve terminale qui conditionne les débouchés professionnels. Comme nous l’avons souligné c’est un moment où vous devrez mobiliser votre pouvoir de création et vos capacités d’adaptation. En même temps, tout doctorant est confronté à la réalité quotidienne du travail de chercheur, avec ses aspects positifs et négatifs et doit, un peu comme dans n’importe quel métier, renoncer à une part de ses rêves.

Cet état correspond à la définition même du stress qui se définit comme une situation d’interaction entre un sujet et son environnement au cours de laquelle l’individu évalue cette situation comme pouvant déborder ses capacités d’adaptation et pouvant mettre en danger son bien-être.

On trouve aussi parfois une référence au mot “burnout”, qui a été inventé par le psychologue New-Yorkais Herbert J. Freudenberger. Ce terme désigne un état de fatigue et de frustration induit par un surinvestissement dans une activité, une action ou une relation qui n’a pas produit les bénéfices escomptés. Le syndrôme de burnout peut être vu comme une conséquence du stress. Il est souvent invoqué dans des contextes comme les “start-ups”, pour désigner l’effondrement brutal de certains employés après quelques années d’immersion totale dans leur travail. En général, les personnes atteintes sont les plus enthousiastes au départ.

Nous pensons que cette notion est pertinente dans le cas des doctorants et jeunes chercheurs qui s’investissent lourdement dans leur travail et qui, trop souvent, n’en retirent pas les satisfactions escomptées.

Parmis les configurations qui induisent un stress important et qui peuvent conduire à un burnout, citons16 :

  • le conflit de priorités : vous avez de mutiples activités dans des directions différentes mais vous n’arrivez pas à définir des priorités. Peu à peu vous vous sentez tiraillés entre vos diverses obligations de manière insupportable.
  • l’abscence de rôle clairement défini : personne ne vous guide dans votre activité. Vous sentez d’autre part que votre entourage attend beaucoup de vous mais vous ne savez pas comment structurer votre activité. Peu à peu s’installe le sentiment que vous n’avez rien fait de bon.
  • la surcharge : on vous en demande toujours plus, vous ne savez pas dire “non” et vous implosez sous la charge de travail.

Ces trois situations sont fréquentes dans une activité de recherche, que ce soit en thèse ou après. La compétition scientifique internationale, l’archaisme des méthodes de gestion de projets dans le monde universitaire, les relations humaines parfois ambig"u  es dans les laboratoires sont autant de facteurs qui peuvent vous piéger. Pour cette raison, l’activité de recherche peut être considérée comme “à risques”.

Les quelques conseils qui suivent ont pour objectif de vous aider à comprendre ces situations de stress afin de mieux y faire face. Ne vous dites pas que vous ne serez pas concerné. Tout le monde connait des épisodes stressants donc autant être armé pour y faire face.

10.1 Le stress comme élément moteur

Face à des situations de stress, chacun développe des techniques destinées à les maîtriser. Le stress convenablement maîtrisé peut alors jouer un role moteur et positif, en conduisant chacun à se depasser. Ces techniques de maîtrise du stress sont :

  • La gestion de la situation, qui comporte plusieurs étapes :
    • cibler les objectifs
    • rechercher les informations
    • élaborer un plan d’action
    • rechercher un soutien et des conseils

    C’est à dire essentiellement tout ce qui est développé dans le tome II du Guide du Doctorant !

  • L’entraînement à la situation : c’est une activité fondamentale que vous pratiquerez sans le savoir et qui constitue un véritable apprentissage des situations de stress. C’est par exemple, discuter et exposer vos projets de recherche, préparer des communications, communiquer avec le reste de l’équipe, ou encore enseigner... En clair les activités de communication et d’échange dans le contexte professionnel sont le meilleur entraînement au stress qui existe.

Savoir se dégager de la situation stressante Quelle que soit votre capacité de travail et de concentration, vous ne pouvez pas pendant plusieurs années vous consacrer uniquement à votre travail. Il est nécessaire de prendre des temps de repos pour récupérer :

  • Savoir faire des pauses : Ces moments de pause vous permettront de recharger vos batteries. Un week-end sans documents à la mer ou à la montagne, une soirée avec des amis ou au cinéma sont nécessaires à votre équilibre. Vous ne devez surtout pas culpabiliser quand vous vous les accordez. Le temps en apparence perdu sera amplement regagné par un travail plus efficace ensuite.
  • Garder votre réseau de relation sociales et familiales : C’est votre bouteille d’oxygène, ce qui vous maintient dans la vie au délà des murs du labo et des collègues de travail. Il y a une vie en dehors du labo et vous ne devez pas l’oublier.
  • Veillez à votre forme physique : Dormez bien, mangez convenablement, faites une activité physique. Veillez à ne pas consommer trop de stimulants (café, thé, coca cola...).

Ce qu’il faut absolument éviter Ne vous enfermez pas dans des emplois du temps rigides du style ”je fois avoir écrit 100 pages à telle date”. La planification de votre travail est nécessaire mais doit être suffisamment souple et adaptable aux circonstances. Ne vous repliez pas sur vous-même en refusant de vous accorder toute pause. N’ayez pas recours à des expédients comme la consommation de somnifère, d’anxiolytique ou de psychostimulants. Ce sont des produits actifs, dont l’utilisation incontrolée peut être très dangereuse.

10.2 Et si le stress n’est plus gérable ?

Malgré tout, il y aura des moments où vous vous sentirez dépassé, mal en point, vous aurez l’impression que vous n’y arriverez jamais, vous sentez que vous craquez.

Avant d’arriver à cette phase, des signes précurseurs apparaissent et sont des signaux d’alarme que vous devez savoir repérer. Ce sont les difficultés de sommeil, l’irritabilité, le sentiment de tension intérieure. Ne négligez pas ces symptômes et ne vous en culpabilisez pas. Parlez-en franchement à votre directeur de thèse et à vos collègues car vous devez vous aménager un temps de repos.

Se mettre au vert quelques jours L’apparition des symptômes de stress aigü signifie qu’il est grand temps de faire une pause. Ignorez les et les choses vont se dégrader assez vite et de manière plutôt désagréable...

Il vaut bien mieux s’éloigner plusieurs jours, sans bouquins, sans documents ni ordinateur, histoire de manger, dormir, voir vos proches et prendre l’air. En gros, prenez parfois le temps de ne rien faire : c’est salvateur. Ceci vous permettra de prendre du recul, de récupérer et suffira le plus souvent à vous remettre en selle.

Si les difficultés persistent ? Vous vous sentéz débordés, vous partez une semaine buller dans un paysage bucolique, à regarder les vaches brouter et à votre retour, rien n’a changé. C’est toujours l’enfer, le sentiment que vous allez imploser et que tout vous gonfle...

Dans ce cas, vous avez besoin d’aide extérieure pour mieux gérer le stress. Des méthodes comme la relaxation ou les thérapies cognitives peuvent vous aider. Il y a dans toutes les villes d’une certaine importance des psychologues et des psychiatres formés à ces techniques. Vous pourrez facilement vous procurer leurs coordonnées auprès de l’Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive (AFTCC)17 :

AFTCC, Secrétariat Administratif
100, Rue de la Santé,
75674 Paris CEDEX 14
Tel : 01-45-88-35-28 / Fax : 01-45-89-55-66
Email : aftcc@wanadoo.fr
Site Web : http://www.aftcc.org/
Il n’y a pas de honte à faire appel à une aide extérieure. Contrairement à certaines idées reçues, toutes les personnes qui pratiquent le yoga ou la relaxation ne sont pas des néo-babs vétus de saris colorés à la recherche de spititualité méta-cosmique. De même, un thérapeute peut se consulter pour autre chose que des angoisses existentialo-sexuelles comme celles de Woody Allen.

En prenant du recul et avec une aide extérieure, vous comprendrez peut être qu’il est temps pour vous de changer de positionnement professionnel. Cela peut aller de la simple mise au point avec vos collègues à un changement plus global. Quoi qu’il en soit, vous devez être à l’écoute de vous même : que voulez vous faire de votre vie ? quelles sont vos priorités ? Le tome Après la thèse de ce Guide vous donnera, nous l’espérons, de multiples ouvertures sur les questions d’orientation professionnelle.

Untel vous prend la tête ? C’est le cas où votre stress provient de difficultés relationnelles avec une personne de votre entourage professionnel. Concrètement, vous avez peut être affaire à une «personnalité difficile », c’est-à-dire quelqu’nu ayant un trait de caractère prédominant qui rend toute relation suivie difficile. Ces types de personnalité sont très variés et on n’en fera pas ici une revue détaillée. Mais dans nombre de situations, certains principes très généraux peuvent vous être utiles :

  • N’oubliez pas que ce sont souvent ces traits de caractère qui vous ont attiré. C’est ainsi que vous avez pu être ébloui par la logique et la cohérence d’une personnalité paranoïaque, ou au contraire par la scrupulosité et le soucis du détail, la façon d’approfondir les problèmes d’une personnalité obsessionnelle. Le choix de ces personnes comme directeur de thèse ou de laboratoire a reposé sur ce qui précisément finit par vous poser problème. Montrez leur que vous savez les apprécier sur certains points.
  • N’adoptez jamais face à eux une attitude de repli et de silence qui ne fera qu’augmenter les tensions. Le conflit explosera un jour. Exprimez clairement et calmement vos demandes. Cela évitera l’apparition de situations inextricables.
  • Montrez vous fiable et efficace tout en gardant votre propre rythme.
  • Evitez l’ironie et les critiques personnelles. C’est le meilleur moyen de tout faire péter sans espoir de réparation.

Pour en savoir plus, vous pouvez tirer profit de la lecture du livre de François Lelord et Christophe André, Comment gérer les personnalités difficiles, édité par O. Jacob.

ANDRÉE DEGIOVANNI ET PHILIPPE GAILLARD,
MÉDECINS PSYCHIATRES AU C.H.U. DE TOURS, AVRIL 2000
COMPLÉMENTS SUR LE "BURNOUT" SIGNALÉS PAR
LAURENCE PELLETIER, SEPTEMBRE 2000
MISE À JOUR DÉCEMBRE 2001


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Dernière modification de cette page: Monday, March 24, 2003