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Guide du doctorant : mode d'emploi

Ce guide est le fruit du travail bénévole de doctorants et jeunes chercheurs. Tout comme le logiciel libre sur Internet, il a vocation à évoluer et se remettre à jour grâce à vos contributions. Si vous voulez participer, voici la description du mode de travail utilisé. Pour nous aider, pour faire une suggestion, ou si vous n'y trouvez pas une information que vous possedez et jugez utile, contactez : gdd-guide@jeunes-chercheurs.org.

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4 Petit guide underground du candidat CR2 au CNRS

Rédigé par Pascal Degiovanni, CR1 CNRS (section Physique, théorie et modèles) et Nicolas Garnier, CR2 CNRS (section Physique, théorie et modèles). Nous avons également bénéficié de retours informels constructifs de la DRH du CNRS que nous remercions sincèrement.

Les conseils qui suivent visent à aider le candidat au concours CR2 du CNRS en explicitant quelques unes des règles du jeu tacites du concours. Elles sont inspirées que de ce que nous avons pu voir dans les diverses commissions de physique. Les connaitre peut aider le candidat à choisir une bonne proposition d’affectation, et à valoriser son dossier. Ce n’est pas si facile et une erreur se paye parfois très cher. Enfin, encourager les candidats à ¡¡ sortir de leur cocon ¿¿ ne peut qu’être utile pour les laboratoires qui verront ainsi plus de jeunes chercheurs rechercher des affectations en adéquation avec leur profil.

Par ailleurs, le CNRS publie un Guide du Candidat sur son site Web: http://www.cnrs.fr/. Ce Guide plutot institutionnel contient également plein d’informations sur les concours. Avec le présent document, vous aurez la réponse à la plupart de vos questions.

4.1 Concours CNRS versus MdC

Le concours CNRS diffère du concours de recrutement universitaire sur plusieurs points :

  • Le recrutement est fait après une évaluation nationale (jury d’admissibilite par commissions nationales). A l’oppose, le recrutement universitaire fait intervenir des commissions locales (les commissions de spécialistes), qui quoi que l’on dise, ont un poids prépondérant dans la décision (conformement au principe d’autonomie des universités).
  • Certains postes sont fléchés soit thématiquement, soit géographiquement mais beaucoup n’ont pas de fléchage prédéfini. A l’opposé, les postes d’enseignants-chercheurs sont affectés à un établissement donné.

Ces différences entraînent des usages différents. En gros, on se présente au CNRS avec le soutien d’un laboratoire. Cela signifie que vous avez contacté le laboratoire et que ce dernier est interessé par votre candidature. Mais bien entendu, c’est la commission qui décide! C’est elle qui a une vue nationale et une politique d’ensemble pour la recherche relevant de sa compétence,

Néanmoins, une commission regroupe des thématiques variées. Les arbitrages sont parfois difficiles entre des candidats de valeurs en gros equivalentes mais dont l’activité scientifique se situe dans des thématiques différentes. Cet phénomène est devenu quasi systématique avec l’augmentation de la pression au concours (ratio nombre de candidat sur nombre de postes). Chaque membre de la commission a sa propre vision du champ disciplinaire, des priorités scientifiques fondées sur sa propre expérience. Du coup, il arrive parfois que l’interet général émerge douloureusement à partir des points de vue particuliers des divers membres de la commission.

Les conseils que nous donnons ici visent à aider le candidat en lui donnant les éléments pour valoriser au mieux son profil et ses compétences. Mais nous souhaitons aussi expliquer l’absolue nécessité de ne pas compromettre ses chances en se fermant des portes ou en s’auto-censurant. Pour les candidats, c’est en effet la meilleure manière de maximiser ses chances de trouver un emploi.

L’avant concours Donc, la première chose à faire pour candidater au CNRS est d’avoir le soutien de un ou plusieurs labos. Ceci en s’obtient qu’après avoir pris contact de manière approfondie avec le laboratoire d’accueil. Songez que le nombre de postes dans une section est souvent de l’ordre de la demi-douzaine dans toute la France. C’est bien moins que le nombre de laboratoires relevant de ladite section. Un soutien de labo pour le CNRS est donc quelque chose de plus ¡¡ couteux ¿¿ que pour une candidature universitaire car un labo peut difficilement espérer plus d’un recrutement CNRS toutes les quelques années. D’ou la necessité de contacts pris longtemps à l’avance et de manière approfondie. Un sejour de moyenne durée - 1 à 12 mois - et des collaborations avec le laboratoire d’accueil envisagé sont un sérieux atout, et sont de plus des éléments positifs pour la commission de recrutement.

Bien entendu, il ne faut pas non plus mettre tous ses oeufs dans le même panier, ni être naif. Cela ne coûte rien à un laboratoire de vous promettre un soutien ou de se déclarer interessé et que vous pouvez, in fine et sans le savoir, ne pas être soutenu malgrés les sourires et les promesses! N’oubliez pas non plus qu’un membre d’un laboratoire peut, en toute bonne foi, vous assurer de son soutien sans que cela n’engage le laboratoire. Parfois il arrive même qu’un laboratoire envisage de soutenir plusieurs personnes mais qu’il n’arrive pas à converger vers une décision... Et enfin, bien entendu, un laboratoire peut très bien vous soutenir sans que ca marche. En clair, dans ces eaux mouvantes, gardez à l’esprit cette citation d’un homme d’Etat bien connu: «Les promesses n’engagent que ceux qui y croient » et le vieil adage «Un homme averti en vaut deux ».

En conséquence, il importe de chercher plusieurs affectations potentielles: les formulaires de candidatures comportent trois choix; il convient de les préciser tous trois sérieusement. Bien entendu, mettez en première position celui qui a votre préférence (et qui a exprimé un souhait de vous soutenir), mais ne négligez pas les deux autres. Le coup de fil ou le séminaire quinze jours avant la date limite d’envoi des dossiers alors qu’on ne vous a jamais vu avant agace plus qu’autre chose et fait carrément pipeau... Commencez à prospecter durant la thèse, en vous renseignant sur l’activité des laboratoires relevant de la section visée, en y faisant des visites... Pensez à ne pas voir qu’une personne lors d’une visite. Soyez explicites lors des discussions et, si vous recherchez un soutien, demandez le sans détours ni circonvolutions. Nous vous conseillons d’éviter de demander une affectation dont il est clair que l’environnement scientifique ne vous plait pas. Vous risquez fort de vous y trouver affecté, ce qui sera désagréable pour vous, mais aussi pour votre laboratoire d’accueil qui sait très bien que vous repartirez à la première occasion. Evidemment, les candidats qui ne sont ouverts à aucun choix au delà du boulevard périphérique font preuve de l’excés inverse. A vous de faire le tour des opportunités et de vous projeter dans l’avenir pour proposer plusieurs affectations qui vous intéressent réélement.

En résumé, une attitude responsable et claire ne peut que contribuer à vous faire connaître dans la communauté. Et cela ne peut qu’augmenter vos chances.

Pour résumer, candidater en plusieurs endroits, se renseigner, et ne pas s’en remettre aux bons conseils d’une seule personne, fut-ce le directeur de thèse ou un membre éminent du jury d’admissibilité, fait donc partie des précautions élémentaires du candidat averti. Jouez la transparence, faites vous connaître (avec objectivité et sans en rajouter) et voyez large. Bref sortez de votre coquille tout en restant honnête.

Pour diverses raisons, mais aussi dans un soucis de dissocier pour les laboratoires les questions du recrutement de celles du placement des docteurs issus du labo, la section 02 du comité national a eu au milieu des années 90 une initiative originale qui mérite d’être soulignée.

Elle impose en effet une mobilité au recrutement CR2. Le jeune ainsi recruté le serait dans un autre laboratoire que l’unité où il a fait sa thése. Ceci a l’avantage d’une part de permettre une sorte de post-doctorat dans le cadre d’un poste permanent et d’autre part de découpler la question du recrutement des CR de celle du placement des docteurs locaux.

Ceci ne peut que renforcer les conseils précédents. Malheureusement, la mise en place de cette proposition n’a pas pour autant éliminé les perversions. Atisés par le coté obscur de la Force, certains laboratoires et chapelles scientifiques se laissent aller à des apétits insatiables... Tel l’apprendi Jedi, le candidat au CNRS ne doit connaitre ni la peur, ni la colère. Sa tristesse il devra surmonter etc.

4.2 Le dossier

Outre les formulaires officiels, le dossier doit comporter trois éléments importants:

  • Le curriculum vitae : il ne doit pas dépasser une page. Le lecteur doit voir en moins de 15 secondes à qui il a affaire. Evitez de ressortir votre mention au Bac; on vous examine sur ce que vous ètes maintenant, pas sur ce que vous étiez en maternelle, fut elle supérieure ou spéciale.
  • Une liste de publications qui doit être lisible. Pensez à séparer les ouvrages et revues avec comité de lecture (avec referee) des participations à des ouvrages ou colloques sans comité de lecture.

    Enfin vous pouvez donner la liste des séminaires que vous avez donné en précisant ceux où vous avez parlé en tant que conférencier invité.

  • Votre programme de recherche qui constitue le document le plus important du dossier. Vous devez commencer par présenter la motivation générale de vos travaux, puis ensuite exposer les résultats obtenus en faisant référence à vos différentes publications. Indiquez les collaborations et séjours à l’etranger éventuels.

    Enfin, la dernière partie est fondamentale: vous devez indiquer quel sera votre projet pour les prochaines années. Pensez qu’au niveau CR2, on recrute les gens sur leur potentiel et non pas sur leurs opera omnia. La commission veut donc s’assurer que le jeune CR2 sera encore productif dans plusieurs années. Enfin, même si le recrutement CNRS se fait sur des critères de recherche, il est utile de bien présenter vos activités pédagogiques, les formations complémentaires que vous avez suivi (CIES, écoles doctorales, écoles d’été, congrès pour jeunes chercheurs, doctoriales).

    Le programme de recherche complet ne doit pas dépasser les 6-8 pages. C’est une synthèse, pas un roman!

En résumé: CV [1 page ] + publis [1 page] + programme de recherche [6 pages] = 8 pages.

A ces éléments s’ajoutent les lettres de recommandation. Le principe consiste à demander a des experts de votre sujet une lettre de recommandation. Ces lettres jouent un très grand rôle car elles fournissent un avis d’expert objectif. Bien entendu, pour que ce soit le cas, il faut taper juste: l’expert doit etre proche de vous thématiquement pour avoir une expertise sur vos travaux. Mais d’un autre coté, il ne doit pas être le type du bureau a coté. Un certaine distance, garantie d’objectivité, est de mise. La compétence de l’expert doit être indiscutable pour que la lettre ait du poids. Pour cette raison, des lettres d’experts étrangers renommés sont un plus indéniable. Elles montrent aussi que vous êtes connus en dehors de votre laboratoire. Votre directeur de thèse est là pour vous aider à obtenir ces références. En général, on accompagne un dossier par deux ou trois lettres.

Le guide du candidat) du CNRS stipule que, des ¡¡ avis de personalités scientifiques ¿¿ peuvent être joints au dossier. Donc cela suggère que les lettres peuvent être dans le dossier de candidature. Néanmoins, elles ne doivent pas être lues par vous ou par votre directeur de thèse. En effet, d’un point de vue déontologique c’est ce qui garantit leur objectivité. Donc, si elles passent par vous, elles doivent être sous enveloppe cachetéee jointe au dossier de candidature.

Si jamais vous ne pouviez les avoir à temps pour le dépot du dossier, pas de panique: vous faites votre dossier sans les lettres. Puis, vous les envoyez directement au président de la section du Comité National. Vous lui dites que vous avez des lettres de recommandations qui sont arrivées après la date limite de dépot de dossier et vous proposez de les envoyer, par exemple au rapporteur.

Il faut bien comprendre que dans ce cas de figure, les lettres ne sont pas dans le dossier de candidature. A la limite, par soucis d’égalité de traitement des candidats, le président de la section peut décider que les lettres qu’il reçoit directement ne seront pas prises en compte. Bref dans l’idéal le mieux c’est de les joindre au dossier...

Ah oui, la commission est potentiellement interessée par l’avis du directeur de thèse (c’est possible de l’inclure dans le dossier). C’est complémentaire des lettres de recommandation extérieures dont je viens de parler.

4.3 L’audition

Les modalités pratiques de l’audition dépendent de la section. En section 01 (mathématiques), elle se résume à la signature du dossier, car la commission estime que l’examen du dossier est l’instrument d’évaluation. En section 02, elle dure environ 10 minutes et compte de manière importante au sens ou une mauvaise audition est fatale.

Les conseils que je peux donner sont surtout valables pour la 02, mais ils peuvent aussi être utiles ailleurs.

  • Ne jamais déborder sur le timing. Mieux vaut en dire moins que d’abuser de la patience du jury.
  • Pensez que le jury est composé de non-specialistes de votre sujet. Ca peut paraître surprenant mais l’audition est surtout un exercice de vulgarisation: vous devez convaincre le spécialiste de la coquille d’escargot qu’il est intéressant d’étudier les sabots de cheval. Donc, votre exposé doit situer votre travail dans un contexte general et doit montrer clairement l’apport de votre contribution d’une manière accessible au non spécialiste.
  • Ayez l’air convaincu de ce que vous avez fait. Il n’y rien de pire que le candidat qui donne l’impression d’exposer ce qu’il fait pour la première fois sauf peut être celui qui donne l’impression d’avoir travaillé sur son sujet parce qu’il fallait bien faire quelque chose. Il faut un souffle, une perspective, et juste ce qu’il faut d’enthousiasme.

D’une maniére générale, votre exposé peut s’articuler comme suit (sur 10 minutes):

  • [1 min] : Présentez vous
  • [3 mins] : Motivation et contexte général
  • [3 mins] : Résultats principaux (soyez précis mais sans vous perdre dans les détails)
  • [1 min] : Un mot sur l’originalité des méthodes (en quoi ce que vous avez fait est dur)
  • [2 mins] : Votre programme de recherche pour les deux prochaines années

On vous attend sur la clarté, la précision et le programme de recherche. Un trou la dedans et c’est fini.

  • Parlez distinctement et avec un débit calme et posé. Respirez quand vous parlez: le jury n’appréciera pas d’avoir un remake d’Urgences sous les yeux.
  • Dans le même registre, evitez les transparents relativistes (c.a.d qui passent sur le rétro-projecteur en deux secondes), ou qui sont couverts de grosses formules illisibles. Ca ne sert à rien: l’expert sait déjà tout ca, et les autres seront profondément agacés.

    Les pattes de mouches ou les hiéroglyphes au tableau sont également à proscrire: écrivez lisiblement et organisez votre tableau.

  • Les membres du jury peuvent poser des questions. Pour ne pas se démonter, il peut être utile d’y réflechir avant l’audition. Mais comme en toute choses, la modération est de rigueur et il ne sert donc à rien de s’encombrer l’esprit avec le texte précis des 47 réponses que vous aurez préparé à l’avance. Soyez zens et naturels et tout ira bien.
  • Un dernier mot très personnel sur les fringues: le jean à trous avec les traces de camboui de la mob ou la minijupe en cuir rouge vif sont à éviter mais c’est pas non plus le bon plan d’arriver en pingouin ou en clone de Lady Di. Vous serez mal à l’aise et pas naturel(e). Donc soyez clean mais sans être endimanché(e).

Pour conclure, le recrutement CNRS est un exercice spécifique qui se prépare assez longtemps à l’avance. Le caractère national du recrutement fait que le jeu est différent du recrutement des enseignants-chercheurs. Néanmoins, un des enseignement de ces dernières années est que l’augmentation de la pression rend le système plus fragile et que des dérives peuvent être présentes dans les différentes sections du Comité National.

Raison de plus pour ne pas se contenter de candidater au CNRS : n’oubliez pas les emplois d’enseignants-chercheurs ainsi que les propositions que l’on peut vous faire à l’étranger ou en entreprise. Un poste de CR2 au CNRS n’est qu’une opportunité parmi d’autres et il vaut mieux se laisser le maximum de choix.


© Guilde des Doctorants 1997-2003

Dernière modification de cette page: Monday, March 24, 2003