Laissez-moi vous raconter l'histoire d'un jeune Indien qui avait un travail
très difficile à faire et qui ne savait pas toujours comment il
pourrait y arriver. Sa détermination étant grande, car il
était brave, il décida de demander de l'aide. Il chercha alors
qui allait bien pouvoir l'aider dans sa tribu.
Sa première pensée fut pour le sage de la tribu, personne
incontestée et incontestable de par ses connaissances tant humaines que
techniques. Or, le sage était généralement peu disponible,
car trop occupé à réfléchir et à augmenter
sa sagesse. Il ne fallait donc le déranger qu'à bon escient ...
Le sage étant peu accessible, le chef de guerre semblait la
personne toute désignée. Très proche de ses guerriers, il
avait le don pour leur remonter le moral et pour leur assigner des tâches
qui conduisaient irrémédiablement à la réussite du
plan d'attaque. Mais le chef de guerre, lui, ne tenait pas toujours compte des
individualités. Il pensait d'abord au groupe et à la
réalisation de projets utiles à la tribu. Alors, on ne le
comprenait pas toujours ...
Restait alors le sorcier, celui qui savait et comprenait ce que les
autres ne pouvaient pas savoir et comprendre. Il était toujours
prêt à aider, mais ne prenait pas le temps d'expliquer. Il
résolvait les problèmes, mais n'enrichissait pas le demandeur de
son savoir. Son aide était bénéfique, mais laissait
toujours un goût amer d'impuissance et d'incompréhension de ce
monde ...
Les guerriers, quant à eux, avaient déjà subi le
baptême du feu et ils vous disaient très souvent que tout le monde
doit souffrir pour arriver à ses fins.
Les proches, eux, étaient toujours prêts à vous aider
de tout leur coeur, par leur amour et leurs témoignages de soutien
inconditionnel, mais ne pouvaient rien pour votre affaire.
Il pensa aussi aux échanges possibles lors de réunions avec
les autres tribus, mais le voyage était long et la sélection
des jeunes guerriers candidats était rude.
Finalement, le jeune Indien comprit qu'il ne pouvait compter que sur lui
même et que jamais sa tribu et ses membres ne changeraient leurs habitudes.
Il mena donc son travail à bien et quitta définitivement sa tribu,
heureux de s'en être sorti tout seul.
Dédié à tous les doctorants.
William El Kaim (william@masi.ibp.fr), Août 1994.